Vivre et devenir
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Textes de l'Année 2007
Textes de l'année 2006
Textes de l'Année 2005
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La morale du pigeon
LEs contes de fées - les comptes de faits
Certitudes ?... sans doute ! ...
Amour à mère
La tendresse
S'aimer soi-même
La robe de mariée
Paix intérieure, bien-être et soulagement
Qu'es-tu devenue ?
L'autosuffisance
intériorité - intimité
Reconnaissance
Le dialogueur intime.Sommet et abîme.
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Année 2005
Passe moi le sel
Un soumis - Insoumis
Jardin secret
Dieu aussi est mort
Désirs et envies
Créativité
ANNEE 2006
Gratitude (Saison 1)
Gratitude (Saison 2)
Gratitude (Saison 3)
Gratitude (Saison 4)
La montée vers la solitude
L'appel des profondeurs
Le rapport au temps - confiance et liberté
La vie, l'amour, la mort
Mensonge et vérité : une même médaille
Le besoin de reconnaissance
Bienveillance
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ANNEE 2007
La morale du pigeon
Ils sont revenus tous les deux
et je n'en crois pas mes yeux
Voilà plusieurs jours que ce couple de pigeons se pose régulièrement sur le balcon et vient se réfugier derrière le fauteuil replié contre la cloison. Je crois les reconnaître et même je suis quasiment sûr que ce sont eux. Ce couple qui avait fait son nid à cet endroit il y a deux ans, juste derrière ce fauteuil de jardin que nous avions oublié de rentrer dans l'appartement. Nous avions enlevé le nid parce que l'on ne pouvait pas laisser le balcon dans cet état de saleté qui le rendait impraticable. J'avais regretté ce geste et rédigé un texte à l'époque, sur ce petit événement qui m'avait marqué.
À l'époque, les deux pigeons revenaient fréquemment sur le balcon, cherchant en vain le nid disparu. Et voici que deux ans après ils réapparaissent régulièrement depuis quelques jours, comme s'ils étaient encore à la recherche de ce nid qu'ils avaient construit. Peut-être que je me trompe et qu'il s'agit d'un simple hasard, une coïncidence. J'ignore tout des mœurs des pigeons, de leur capacité à "se souvenir", par instinct sans doute, des endroits qu'ils ont fréquentés, des nids qu'ils ont faits. Mais cela ne m'étonnerait pas, combien d'oiseaux retrouvent leurs logis antérieurement construits. Alors pourquoi pas eux, d'autant que les pigeons voyageurs rejoignent leur pigeonnier.
Mon étonnement se mêle d'un sentiment de tristesse et je me sens comme un enfant qui a fait une bêtise, ou comme un adulte imbécile qui a agi inconsidérément. Il m'est facile de me livrer à des réflexions anthropomorphiques en imaginant que ce couple de pigeons revient sciemment lorsque je suis là pour me culpabiliser d'avoir détruit l'endroit de leurs amours féconds ! Et il est vrai que je garde un fond de culpabilité de mon geste destructeur. J'avais longuement hésité puis je m'étais rendu à la nécessité de nettoyer l'endroit couvert de fientes nauséabondes. Nous avions déposé le nid et ses pigeonneaux à peine éclos au pied de l'immeuble, dans l'espoir que leurs « parents » les retrouveraient là, mais il n'en fut rien.
La morale de l'histoire tient à ce non-respect de la nature que le citadin que je suis à peine à reconnaître. Lorsque je suis chez moi en ville, je râle contre les chats du voisinage qui font la chasse aux oiseaux dans mon jardin, je trouve cela injuste et gratuit ; mais lorsque j'arrive ici et qu'un gîte pour volatiles dérange mon petit confort, je me comporte de la même manière...
Je suis pire qu'un chat sauvage !
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Les contes de fées
les comptes de faits
Au temps de l'enfance on aime les contes de fées et toutes ces histoires qui proposent un monde merveilleux dont on se plaît à penser qu'il a une réalité quelque part dans ces avants-mondes que l'on rejoindra plus tard lorsqu'on connaîtra le chemin secret pour y accéder.
Au temps des dernières heures de la vie on aime avoir les comptes de faits. Nos histoires merveilleuses sont devenues des opérations comptabilisés. Nous avons additionné nos actions passées, tenté de soustraire nos erreurs, multiplié nos pardons pour nos actes source de division.
Il est temps de partir vers l'équation à multiples inconnues...
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Pour l'amour du Serpent
(de la nécessité de bien comprendre la Bible)
Il exista un temps où Adam et Ève vivaient tranquilles et peinards au Paradis. C'était que de la balle, pas de problèmes de fin de mois, tout était gratos au pays de Dieu et de son superbe gouvernement généreux qui ne faisait pas payer d'impôt à ses deux seuls contribuables. Adam et Eve n'avaient rien à glander, mais vraiment rien. Bach, Mozart, les Beatles, Johnny Halliday, Calogero, Grand Corps Malade [pauvre homme!], n'avaient pas encore été inventés. Même pas moyen d'écouter de la bonne musique sur un bon vieux MP3.
Eve surtout s'ennuyait, il faut dire qu'Adam était plutôt du genre lourdaud, plus proche du primate que de l'intellectuel de gauche, sa conversation se faisait rare et ses prouesses sexuelles, contrairement à une légende tenace, n'étaient pas convaincantes pour emmener Eve vers des sommets, et d'ailleurs, au septième ciel, elle y était déjà depuis belle lurette, si bien que tous les plaisirs de la chair et du ciel la laissait de marbre.
Elle finit par devenir acariâtre et lui bougon.
Vous qui vivez et souffrez sur Terre, vous ne pouvez pas imaginer à quel point c'est pénible de vivre dans un paradis terrestre où il n'y a strictement rien à faire que de contempler son nombril. Encore faudrait-il en avoir un, car c'est deux là étant nés d'une boule de glaise n'en possédaient même pas. Sur terre ont dit que l'ennui est mortel ! Mais au Paradis point de perspective d'en finir, point de mort salutaire en vue, vous êtes condamnés à l'ennui éternel sous le regard niais et attendri d'un Dieu pleinement satisfait de son invention...
C'est alors que surgit un Sauveur sous la forme du Serpent. Il se lova suavement autour des hanches d'Ève et lui proposa de foutre un peu le bordel chez Dieu qui faisait preuve d'un manque total d'initiative. Ce n'était pas compliqué il suffisait de croquer dans la pomme de l'arbre interdit et le tour était joué. Ève, fine mouche, n'eut aucune difficulté à convaincre ce balourd d'Adam d'y planter également ses dents. Le serpent, psychologue avisé, savait bien que la grande sagesse de Dieu cachait une tendance à la colère qu'il réfrénait tant bien que mal. Ce dernier saisi donc la balle au bond et chassa du paradis Adam et Ève qui dégringolèrent sur la Terre.
Grâce à l'action providentielle du Serpent, Adam et Eve venaient de s'offrir la possibilité d'enfin pouvoir devenir adultes. Ils sortaient ainsi de la vie paradisiaque et infantile dans laquelle Dieu voulait les tenir à sa merci pour toujours. Ils avaient désormais la possibilité d'accéder à la liberté d'existence qui leur manquait cruellement jusque-là. Ils n'étaient plus à la merci d'un Dieu papa gâteau qui leur servait un bonheur frelaté sur un plateau d'argent. Ah ! Évidemment il allait falloir se donner un peu la peine de conquérir cette liberté, car désormais plus rien ne tomberait tout cuit du ciel. Il faudrait verser quelques gouttes de sueur et quelques larmes, mais quelle merveilleuse récompense que de pouvoir vivre enfin libéré et responsable de sa vie !
Gloire soit rendue à jamais au Serpent, Premier Libérateur de l'Humanité !
Hélas aujourd'hui il nous manque parfois quelques serpents qui viendraient nous réveiller dans notre béate quiétude de consommateurs repus mais réclamant sans cesse de nos gouvernants qu'ils nous abreuvent de leur manne d'avantages divers et variés comme des enfants gâtés que nous rêvons toujours de redevenir.
Il est à craindre que Dieu et son Paradis continuent de faire des adeptes pour quelques temps encore...
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Certitudes ? ... sans doute ! ...
C’est derniers temps : un certain nombre d’échanges sur le « doute » et la « remise en question ». J’interroge. On me répond. Je ne vais ni disserter ni polémiquer. Nous ne regardons pas les choses du même endroit et n'avons pas la même approche. Et c'est finalement cela qui est intéressant...
Pour ma part, le doute et la remise en cause sont des moyens pour "quelque chose" et non pas une fin en soi, une manière d'être ou une philosophie. Ce qui est premier pour moi c'est l'acquisition de certitudes intérieures qui constituent des bases solides de ma personnalité au point qu'elles ont une permanence d'existence qui résiste au doute. Cette résistance est un constat que je fais et qui échappe à ma volonté, tout comme a échappé à ma volonté le fait que je sois de sexe masculin et non pas féminin.
Lorsque j'étais jeune (si je puis me permettre de parler ainsi) j'ai beaucoup cultivé le doute comme une manière de me raccrocher à lui face au vide intérieur qui m'envahissait. Le doute est une bouée de sauvetage efficace. Et puis, dans les années de crise de jeunesse douter de tout vous donne des allures nobles et intellectuellement valorisantes. Malheureusement cela ne résolvait pas le péril dans lequel j'étais. Mieux vaut quand même un voilier fiable et bien quillé pour faire le voyage de sa vie, qu'un pneu flottant à la dérive sur les flots !
Puis il y eut tout ce travail intérieur sur moi que j'ai évoqué bien des fois ici. C'est au cœur de celui-ci et au cœur de l'épreuve que j'ai découvert ce fond solide de ma personne qui est probablement l'unique bien précieux dont je dispose (je n'ose pas dire que je possède car qui sait s'il ne me sera pas enlevé un jour...). Je pourrais le comparer à un volcan qui a surgi des eaux boueuses de mes océans de perdition et qui s'est mis à fleurir et à devenir une terre bonne et cultivable sur laquelle je me suis installé. L'image du volcan me plaît en raison de sa force qui fait que le volcan ne peut qu'émerger à la surface des eaux lorsque s'est enclenché le processus de son développement. L'image a sa limite dans la mesure où cette force pourrait passer pour invincible alors que quoi qu'il en soit, je demeure un être ressemblant à un vase d'argile. Fragile.
Sur cette terre intérieure, là où j'ai construit la maison de mon existence, ont également poussé les certitudes existentielles qui fondent ma croyance personnelle. Mais tout cela n'est pas monolithique. Le volcan n'est pas éteint ! Le magma est sans cesse en action. Cependant à ce niveau, j'ai de la difficulté à parler de doute et de remise en question. Et si cela m'arrive l'origine est un sentiment de malaise lié à un mal-être de circonstance. Le doute prend alors l'aspect pernicieux que je qualifierai de luciférien. C'est-à-dire destructeur par déstructuration de la personne. (Je dois rendre ici hommage à la religion chrétienne qui a parfaitement décrit les symptômes de l'action du doute dans le concept de Satan. Ma divergence bien entendue surgit lorsqu'on estime que Satan est "quelqu'un", comme Dieu serait "quelqu'un", alors qu'il s'agit de phénomènes psychiques).
Autrement dit, et peut-être pour être plus simple dans l'expression, je dirais que, à ce jour, là où j'en suis, je ne doute pas de moi dans cette dimension existentielle fondamentale. C'est comme un impossible.
En revanche, ce qui constitue l'un des moteurs de ma vie, c'est : « l'état de questionnement » dans lequel je me tiens le plus souvent, face à moi-même, face aux autres et face au monde. C'est-à-dire que je questionne et me questionne à partir de mes fondamentaux. Je me demande d'ailleurs s'il peut en être foncièrement autrement pour qui que ce soit. Est-il possible de se "remettre en cause" autrement qu'en référence à des points d'ancrage, même si parfois on s'est ancré dans des sables mouvants...
« Avant » mes remises en question incessantes m'entraînaient dans un tourbillon de pensée dont je finissais par perdre la maîtrise, qui mettent dans un vertige rendant toute prise de décision et toute action impossible et qui peuvent conduire aux portes du pétage de plomb !
Se poser des questions c'est bien, trouver des réponse c'est pas mal non plus !
Ce que je questionne relativement souvent, ce sont mes comportements, mes actes, mes non-actes, mes choix d'actions, mes engagements, etc. et tout cela n'est pas toujours très glorieux bien évidemment ! Mais c'est toujours au regard de ma "terre intérieure" telle que je l'évoquais, au regard de ma personnalité profonde que je ne me suis pas choisie mais qui s'est imposée à moi au fil des années et de mon développement personnel. Car pour ce qui est de notre personnalité profonde (nos dynamismes essentiels et positifs), nous ne sommes pas les maîtres du jeu, contrairement à ce que nous voudrions bien souvent. En revanche nous sommes totalement les maîtres des décisions que nous prenons et des actes que nous posons. Je peux poser un acte d'amour à partir du plus profonde moi, je peux conduire une action menée par la haine ou la jalousie que je laisse s'installer en moi. Et c'est déjà bien suffisant en termes de gestion de la liberté d'existence que d'avoir à naviguer au milieu de tout cela en soi !
Je voudrais ici relever quelque chose qui m'énerve quelque peu et que j'entends souvent : "il faut m'excuser, c'est mon tempérament !", ce qui veut dire ce n'est pas de ma faute, je n'y suis pour rien. Exemple : je suis colérique (jaloux, impulsif, insensible, naïf, etc... Mettez tout ce que vous voulez.... !) Il faut m'accepter comme ça !
Eh bien non ! Ce ne sont pas là des traits de personnalité, des dynamismes réels, mais des modalités de comportement, soit qu'on les choisit, soit que l'on ne sait pas les maîtriser, faute d'un minimum de travail sur la structuration de soi. Or j'ai la pleine et entière responsabilité de mes actes (si j'excepte évidemment les personnes qui ont quelque peu "perdu la tête" pour parler un langage courant).
Et comprendre quelqu'un n'est pas accepter les actes qu'il pose.
Pas toujours facile dans l'aide aux personnes cela d'ailleurs... Parfois on dit à la personne "je te comprends", et celle-ci entend "je suis justifié"... Or, pour moi, ce n'est pas du tout le cas !
Bien ! je digresse une fois encore, mais enfin je suis chez moi je fais ce que je veux ...
Évidemment, je n'aborde pas ici tout ce qui concerne le doute scientifique et intellectuel. Je n'évoque pas non plus le pénible des gens bardés de certitudes sur tout et son contraire Ce n'est pas là mon centre d'intérêt. Et d'ailleurs que je n'en ai pas grand-chose à foutre !
Reste que je m'interroge. Si un jour tout cela s'écroulait. Dévasté par un tsunamis intérieur !
Bah ! Il me restera toujours le suicide ....
Et puis, si cela existe, je me verrais volontiers croiser le fer avec Satan ! Ça me semble plus intéressant que contempler béatement Dieu dans sa splendeur, d'autant que je n'aime pas tellement les lunettes de soleil ! Je risque l'aveuglement ! Et, dans ce que là, nous serions bien loin du doute et des questionnements !
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Amour à mère
Quelqu’un me dit : "j'ai du mal à éprouver cet amour qu'on nous dit devoir à nos parents."
Cela m'a interpellé et je me suis laissé écrire ce qui suit.
Je pense que l'amour parent/enfant est à double mouvement. Il y a un mouvement originel descendant, celui que l'on reçoit de nos parents tout au long de notre vie d'enfance et d'adolescence. C'est un amour qui devrait être comme l'eau vive d'un torrent qui dévale la montagne et vient nous inonder de sa bienveillance, de sa tendresse, de sa fraîcheur parfois, refroidissant nos ardeurs de jeunesse et non préservant de dérives déstabilisantes par la fermeté aimante qu'il peut comporter. C'est une eau claire qui devrait couler généreusement et sans demande de retour.
Qu'on le veuille ou non, cette eau claire d'amour, c'est la mère qui la prodigue en premier. Les discours idéologiques et les pensées dominantes de nos sociétés modernes ne changeront strictement rien à cet état de fait constatable depuis des siècles et des siècles. L'enfant qui va mal, le jeune en danger, l'adulte en péril, bref l'être humain qui appelle au secours crie d'abord : " maman !". J'avais lu là-dessus un très beau texte dont j'ai perdu la trace et qui faisait état des jeunes soldats qui agonisaient sur le front en 14/18 et appelaient leur mère.
Lorsque j'ai subi ce grave accident de santé à l'âge de 12 ans, qui aurait dû m'emporter et dont je supporte toujours les séquelles ; à l'hôpital, douloureux dans tout mon corps (pas question d'administrer des calmants, il fallait souffrir pour la plus grande gloire de Dieu...), et confiné durant des jours interminables dans une chambre d'isolement (puisque j'étais contagieux paraît-il !), c'est bien ma mère, cette femme en regard de poignard, que j'appelais sans cesse dans mes délires.
L'amour d'une mère est d'une extraordinaire puissance bienfaitrice pour le devenir de l'enfant. Sa carence ou pire son absence totale (décès prématuré de la mère par exemple, abandon à la naissance, etc.) sera le terrible revers de cette affirmation. Sa carence est infiniment préjudiciable au développement de l'enfant. Pauvre mère ! (comme je dis souvent), chargées d'une telle responsabilité, qu'elles le veuillent ou non...
[Je n'aborderai pas ici les problématiques des parents de substitution, et encore moins celle de l'homoparentalité aux multiples variantes, il y aurait bien trop à dire sur ce prolongement narcissique...]
Mais, restons dans l'ordinaire de la vie courante, la plupart des mères tentent de leur mieux de faire don de cet amour qui est en elles pour ces petits humains sortis de leur ventre.
Avec le recul, et malgré toutes les souffrances endurées, je ne doute pas de ce mouvement d'amour parti du coeur de ma mère vers moi. Pour bien des raisons, que j'ai analysées, et que j'ai pu vérifier notamment dans les multiples correspondances de ma mère dont je dispose, cette source claire s'est parfois polluée en chemin avant d'arriver jusqu'à moi, quand elle ne s'est pas perdue dans les sables.
Ainsi, comme fils, j'ai été abreuvé à une eau polluée, et il n'est guère possible de faire autrement, sauf à mourir de soif...
Dans mon entourage familial proche, peu de gens accepteraient que je puisse parler ainsi de ma mère. Cette femme admirable et dévouée, qui a tant souffert dans sa vie, que j'ai fait souffrir moi-même à cause de ma maladie... (Et oui messieurs-dames on me l'a reproché !), et qui forçait l'admiration autour d'elle.
Dans ces conditions, suis-je tenu, cerise sur le gâteau, d'éprouver de l'amour pour ma mère.
Eh bien, ma réponse est nette : oui !
Il y va de la valeur que je peux accorder au regard sur moi. Au cours de ma thérapie, lorsque je me suis « attaqué » à la relation à ma mère est tout ce que cela comportait d'entrave, j'avais pour objectif de me libérer d'elle définitivement. Je ne pensais pas que derrière les vomissements, les pleurs intarissables, la bave qui coulait de mes lèvres, les douleurs de somatisations à cause d'elle, se cachaient des sentiments profonds de l'ordre de l'affection. J'ai réalisé qu'il fallait absolument que je les retrouve. Cependant, c'est durant le parcours de ce lent chemin d'élimination de ces blessures et de tentative de retrouvaille d'autre chose, que ma mère est morte. J'ai vécu cet événement comme si je recevais d'elle une immense gifle. La personne qui alors m'accompagnait spécifiquement depuis près de deux ans dans ce difficile chemin me confirma que ce brusque décès retarderait certainement mon cheminement. Ce fut le cas. Il m'est devenu impossible de travailler sur cette relation. Tous mes ressentis s'étaient anesthésiés, figés. Je suis donc resté bloqué aux trois quarts de la route.
Alors, lorsque je lis cette phrase reprise plus haut, je pense en effet qu'il y a une nécessité de faire notre part de chemin en tant qu'enfant devenu adulte, vis-à-vis de parent qui ne nous ont pas épargné et/ou qui nous ont "mal-aimé". Il ne s'agit pas d'un devoir moral, d'une obligation imposée de l'extérieur, mais d'une réalité fondamentale pour retrouver le lien d'amour parental/filial qui nous unit irrémédiablement à nos géniteurs. D'ailleurs on voit bien combien les enfants adoptés ou nés sous X. etc. ressentent cette impérieuse nécessité de le retrouver et de tenter de le tisser au moins un peu.
En effet ce lien est vital tout au long de la vie. Et, paradoxe apparent, plus il sera tissé avec justesse, plus nous serons libres dans l'existence et dans notre vie affective.
On se libère des entraves uniquement pour créer des liens profonds.
Amour à mère
(Suite)
Le mouvement ascendant j'ai déjà commencé à l'évoquer en parlant de ce mouvement de retour vers le lien vital avec nos origines. Je parle de retrouver un lien et pourtant l'adage stipule qu'il faut « couper le cordon ombilical ». Cette expression quelque peu simpliste signifie pour moi ceci :
- du côté de l'enfant, couper la relation d'aliénation psychologique avec les parents (exemple : je ne fais pas telle chose parce que si mon père/mère me voyait il ne serait pas d'accord, j'ai agi de telle manière par fidélité à la mémoire de ma mère, etc.) ; cela n'a rien à voir avec un éloignement géographique, même s'il peut être aidant, car la dépendance est "dans la tête", cela n'a rien à voir non plus avec la révolte adolescente (toujours possible à 40 ans!), même si c'est le plus souvent un point de départ obligé, cela résulte essentiellement de l'apprentissage de la prise de décision à partir de sa propre conscience profonde. Encore faudra-t-il avoir découvert de quoi il s'agit. C'est à mes yeux l'antidote au devoir moral et aux bonnes manières. Mais pour se libérer il faut parfois affronter la toute puissance parentale et ses nombreuses métastases disséminées dans l'organisme psychique....
- du côté du parent, renoncer à sa domination, ce qu'il n'est généralement pas prêt à faire (c'est quand même mon enfant, quoi !) et qu'il tente coûte que coûte de maintenir de manière très subtile sous la forme des « bons-conseils-de-l'adulte-qui-sait-mieux-que-toi-mais-tu-fais-ce-que-tu-veux... ». Et puis de toute façon c'est bien connu, "mon fils, est incapable de se diriger par lui-même... Il faut bien que je le guide si l'on veut éviter des catastrophes... Et d'ailleurs il n'arrête pas de me demander ce qu'il doit faire... " [Vous pouvez reprendre la même phrase avec "ma fille" ...]
Le fameux "cordon ombilical" tient à certains aspects relationnels qui n'ont pas grand-chose à voir avec ce dont je veux parler ici.
Le mouvement ascendant, puisque j'ai pris l'image de la rivière, je le comparerais au saumon qui à l'automne regagne l’ embouchure du fleuve qui l’a vu naître pour rejoindre sa frayère d’origine. Il remonte vers sa source mais c'est pour être lui-même à son tour fécond.
Dans l'ordre de la filiation il y a là toute la différence entre la relation et le lien originel. On dit souvent que l'on n'a pas demandé à naître, et c'est exact.
Cependant on a le Désir de Vivre...
Autrement dit ce Désir nous ne nous le sommes pas donné à nous-mêmes. Nous en sommes redevables à ceux qui l'ont suscité en notre lieu et place.
Je disais parfois aux personnes que je recevais, qui aimaient leur conjoint mais haïssaient la belle-mère, que sans cette dernière la naissance de l'objet de leur amour n'aurait pas eu lieu...
Il y a donc la nécessité de revenir à la source de filiation pour recevoir comme une sorte d'élixir de liberté personnelle dont le flacon serait déposé sur le lien profond et existentiel qui constitue la racine centrale de notre existence.
Car c'est bien là un terrible paradoxe, la même personne détient (a détenu) à la fois l'élixir de vie et le poison mortel !
Par exemple, pour illustrer et peut-être mieux me faire comprendre [je sais que dans ce que j'exprime je suis compris une fois sur cinq... !], l'un des moyens concrets pour revenir à cette source peut-être la question suivante : "qu'ai-je "reçu" de mon père, ma mère, et qui m'a permis de m'accomplir dans ma vie ? » [Ce que j'ai reçu pouvant être des manières d'être et/ou de faire, des valeurs, la valorisation de tel ou tel aspect de moi qui m'a permis ainsi de « grandir intérieurement », etc.]
je n'ai pas inventé cette question, elle me fut posée à peu près dans ces termes et c'est elle qui me mit en chemin vers les aspects probablement les plus essentiels de ma personne. Y compris du côté de ma mère envers laquelle je suis donc redevable de cela. Même si le jeu de ma liberté m'a laissé la totale possibilité d'en faire ce que je voulais. Le bien comme le mal, le bon comme le mauvais.
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La tendresse
« Vivre sans tendresse on ne le pourrait pas » chantait Marie Laforet il y a bien des années.
Ma mère était sans tendresse juste à mon égard. Elle était la femme des débordements affectifs, des excès. En la tendresse est une attitude fine, posée, respectueuse de l'autre.
Mais j'ai le sentiment qu'elle est aussi une aptitude, une sorte de don spécifique qui n'est pas répandu à égalité entre les êtres. Je fais là une généralité qui n'est peut-être pas justifiée. Disons qu'il s'agit de mon expérience personnelle. J'ai connu des personnes qui avaient une volonté de tendresse à mon égard, sans pour autant que la manière dont elles s'y prenaient pour la manifester soit satisfaisante pour moi. Or, le seul qui soit capable de qualifier la tendresse, est, il me semble, celui qui la reçoit. Celui qui la donne a une intention de tendresse, mais il ne peut être certain du résultat qu'il obtient. La tendresse se donne, mais j'ai le sentiment que surtout : elle se reçoit.
Il y a « des êtres de tendresse »... Et d'autres qui n'ont pas véritablement cette aptitude naturelle. On peut discuter pour savoir si chez ces derniers c'est quelque chose qui n'a pas encore su s'éveiller et demeure en potentiel non mis en œuvre (comme l'amour profond et le don de soi est une composante universelle de l'être humain, à condition de l'actualiser) ; mais là n'est pas mon propos d'aujourd'hui.
Dans mon entourage proche deux personnes ont particulièrement cette aptitude : ma compagne, ma deuxième fille. Mais c'est surtout en regardant mes filles et leurs différences en ce domaine que c'est le plus frappant. Ma fille aînée est attentionnée dans son affection pour moi au niveau des actes, ma seconde fille me prodige de la tendresse dans sa manière d'être et de se comporter. (Regards, gestes, paroles). Je parle ici de la relation que je peux avoir avec elles actuellement. Cette manière d'être et de vivre que je viens de ramasser en une formule un peu simpliste mais significative, correspond parfaitement, et cela m'étonne sans cesse, à la manière dont j'ai vécu leur naissance, la sortie du ventre de leur mère et les premiers instants qui ont suivi.
Personne n'oublie jamais ces instants-là bien entendu. Ce que je garde de la naissance de la première, c'est la sensation qu'elle avait une avidité de vivre dès ses premiers instants. Ce que je garde de la naissance de la seconde, c'est la sensation d'une force calme et paisible qui émanait d'elle. Et c'est bien ces deux tendances que j'ai vues se développer petit à petit chez ces deux femmes. Est-ce que, après coup, je reconstruis se souvenir de la manière dont je viens de relater ? Peut-être ... Mais je crois plutôt que j'en fais une meilleure lecture avec le recul que sur le moment où le ressenti est fort et brut et donc que peu analysable.
Quant à moi je crois que je n'étais pas un homme tendre. Dans ce registre, on me reflétait parfois une bonté, une douceur, une qualité de présence et de compréhension, mais pas que je pouvais être tendre et encore moins un être de tendresse. Et je pense en effet que je ne le suis pas vraiment. J'aurais vite l'impression de verser dans la mièvrerie. Je considère cela comme une sorte de défaillance chez moi, comme une entrave à un amour plus authentique de ceux qui me sont proches. Certes, il y a dans ce domaine mon passif affectif personnel issu de ma relation à ma "très chère mère" !, mais également je subis les conséquences de mon incapacité à avoir résolu cette problématique-là, à la mesure de mes espérances d'une part et à la mesure de mes capacités d'une autre part.
Je viens pourtant de parler au passé, car je dois dire que d'avoir accueilli la tendresse de ma compagne envers moi tout au long de notre vie commune (et ce ne fut pas toujours totalement évident...), dont elle m'imprégnait par osmose, a fini par rejoindre par capillarité ma propre aptitude à la tendresse, même si celle-ci demeure partiellement non-déployée.
Si j'évoque ce sujet, c'est que c'est un terrain d'observation pour moi depuis quelques semaines, j'aimerais faire fondre (définitivement si c'était possible...) Les angles durs, les aspérités, les couteaux tranchants qui sont encore accrochés à ma peau et m'entravent dans une certaine fluidité relationnelle.
Ce qui n'est pas très bon c'est que je suis loin d'être convaincu de mon aptitude au changement compte tenu de mon âge avancé... Je deviens un vieux cuir difficile à assouplir...
D'une certaine manière je crois que la tendresse est une sorte de sommet dans la manifestation la plus intense de l'amour. Je ne parle pas ici seulement des instants de tendresse que tout un chacun peut vivre à un moment ou un autre, mais j'évoque plutôt un comportement à valeur permanente. S'il y a bien une dernière chose que j'aimerais accomplir avant de disparaitre c'est ce grandissement en amour juste.
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S'aimer soi-même
"S'aimer soi-même pour mieux aimer les autres". C'est devenu un lieu commun une sorte d'évidence que chacun véhicule, quasiment un leitmotiv. Cela va même parfois jusqu'au jugement réprobateur : malheur à celui qui n'est pas capable de s'aimer lui-même ! Il n'est pas loin de passer pour un parasite social...
Dans ma jeunesse le slogan était plutôt : « se sacrifier pour les autres ». Ça c'était le top ! En plus il y avait à la clef la récompense suprême généreusement offerte par le représentant de commerce de Dieu qu'était l'église catholique : le paradis et le bonheur éternel ! Aujourd'hui, l'islam vend le même produit : le sacrifice de sa vie en échange d'une flopée de vierges offertes chez Allah (mais chuttt je n'ai rien dit, pas envie d'une fatwa sur ma tête !!).
Pourtant, des gens qui s'aiment eux-mêmes véritablement (je veux dire qui ne sont pas amoureux de leur petit ego), je n'en ai pas rencontré tant que cela... Des gens qui le proclament, oui certainement, mais des gens qui vivent profondément "l'amour de soi", ils ne sont pas légion.
En réalité, beaucoup partent en guerre contre eux-mêmes. Et la guerre n'est pas l'amour... Ils luttent contre bien des choses : leurs défauts, leurs manquements, leurs petitesses, leurs égoïsmes, leurs colères, leurs erreurs, leurs petites mesquineries, etc. etc.
D'une certaine manière ils ne croient pas à la pacification intérieure amoureuse, mais au combat permanent contre soi, ce qui veut dire bien souvent au final le combat contre les autres aussi.
À cause d'une approche simpliste de la psychanalyse et notamment de l'inconscient, ils ont trouvé enfin leur adversaire, tapi dans l'ombre : leur fameux "inconscient". Ah ! Celui-là, il va voir ce qu'il va voir ! C'est l'ennemi juré ! Et le drame des drames c'est que l'on se rend compte qu'il est plus fort que nous ce fichu "inconscient" ! Bref le combat est perdu d'avance ! Mais cela ne fait rien : guerroyons ! Hardi petit ! Fonçons dans le trou noir !
Ce combat-là apparait bien plus commode que celui de l'amour. Finalement c'est plus facile d'avoir des ennemis, y compris des "ennemis à l'intérieur de soi". Au moins c'est clair ! Se laisser aimer serait bien trop dangereux, y compris se "laisser aimer par soi-même". Que je m'aime moi ou que j'aime les autres, dans les deux cas je contracte une dette, une dette d'amour qu'il me faudra rembourser en aimant plus encore...
Évidemment, avec tout cela, on a les parfaits ingrédients de la déprime ! Il ne peut y avoir aucune espérance dans le combat contre des forces occultes qui nous gouverneraient et nous manipuleraient à notre insu. Le combat dans ce terrible marasme nous fait être autant bourreau que victime de nous.
Baudelaire l'exprime lumineusement lorsqu'il dit : « je suis la plaie et le couteau ! Je suis le soufflet et la joue ! Je suis les membres et la roue. Et la victime et le bourreau. »
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La robe de mariée
Ce week-end, notre fille était chez nous. Seule. Sans son futur époux. Elle venait pour choisir sa robe de mariée. Une affaire entre femmes. Entre mère et fille. Elle était toute excitée la fille, et ses yeux brillaient ! Elle avait des picotements dans le ventre, comme à la veille des concours d'entrée aux grandes écoles, il y a dix ans. Le papa avait droit à des gestes d'affection et de tendresse, ainsi que d'être appelé par ce [petit nom] qu'elle lui avait donné dans son enfance, mais qui ne sera pas révélé ici... Il aurait quand même le droit de voir les photos que la maman aura prises avec le modèle choisi. Il aura tout intérêt à dire que ce choix est merveilleux et qu'elle est très belle et très femme dans cette robe magnifique à usage unique. C'est ce qu'il fera d'ailleurs en découvrant les photos sur l'écran de l'ordinateur.
Ce qu'il ne dira pas le papa, c'est son émotion de la voir ainsi parée. Il avait eu les larmes aux yeux lorsqu'il avait vu sa fille aînée dans sa longue robe ivoire (c'est un grand sensible le papa finalement...), il ne pensait pas qu'il aurait de nouveau cette émotion-là, si ce n'est plus forte d'ailleurs, face à sa deuxième fille, envers laquelle il a une forme de proximité singulière et subtile qu'il n'a ni choisie ni décidée, mais qui est un constat depuis toujours.
Comme pour sa fille aînée, le papa a réalisé que désormais, dans cette robe-là, elle signifiait qu'elle n'était plus "sa fille", mais allait devenir l'épouse et la compagne d'un autre. Bien entendu, cela faisait plus de dix ans qu'elle avait quitté le toit familial, d'abord pour ses études, puis pour son métier. Bien entendu ce papa avait franchi les étapes de la relation d'un père à sa fille : le chérissement de la petite fille, l'affrontement avec l'adolescente, l'admiration pour la jeune fille, la joie de la voir jeune femme heureuse de sa vie et de s'accomplir. Il avait vu passer quelques amoureux, il avait, avec sa compagne, consolé quelques chagrins d'amour, pansé quelques blessures du coeur, prodigué quelques conseils, affronté quelques tempêtes relationnelles ; mais enfin, il devait bien le reconnaître, elle était encore un peu « sa petite-fille », son enfant, dont il voulait encore prendre soin.
Là, devant la photo sur l'écran, il la voyait en robe de mariée. À la fois il la reconnaissait, c'était elle, sa fille ; et à la fois c'était une autre déjà, cela se voyait sur son visage. S'il avait vu cette photo, comme ça, par hasard, l'espace d'une seconde, peut-être même qu'il ne l'aurait pas reconnue, elle, sa fille.
Oui, c'était une autre parce qu'une autre étape de sa vie s'engageait. La robe de mariée signifiait tout cela en cet instant.
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Paix intérieure, soulagement et bien-être
Longtemps dans mon histoire j'ai ignoré ce qu'était la paix intérieure. J'étais le plus généralement dans une forme de tumulte ou d'effervescence, dans une tension interne quasi constante, à l'affût, sur le qui-vive, quand bien même la situation environnante ne présentait pas d'aspects dangereux. Plus tard, j'ai appelé cela ma période « homme des cavernes ». Je vivais à partir de mon cerveau reptilien, celui de la vigilance contre le danger immédiat toujours possible. J'étais comme un ordinateur en veille, on le croit au repos, endormi, mais il suffit de l'effleurer pour qu'il redémarre instantanément. Je n'évoquerai pas ici le climat d'insécurité et les raisons qui, dans mon enfance, m'ont obligé à cette hyper vigilance.
De cela je garde aujourd'hui en relation une attitude ambiguë, à la fois réservée, et en même temps ouverte à l'authenticité. N'étant pas d'une nature timide, aimant l'humour et faisant preuve assez facilement d'une forme d'empathie spontanée, je suis, paraît-il, plutôt agréable en société comme l'on dit. Cependant ceux qui me côtoient d'un peu plus près savent que je suis un être secret, quand bien même et dans le même mouvement je laisse transparaître beaucoup de moi, car il ne faut pas confondre secret et volonté de dissimulation. Les plus doués savent comment m'apprivoiser, ce qui n'est pas une mince aventure et réclame une longue patience. Les moins doués, les impatients, les perceurs de coffres-forts, les j'ai-tout-compris-de-toi, sont confrontés au phénomène de l'huître qui se referme, parfois irrémédiablement.
C'est lors des vacances scolaires à la campagne, durant l’enfance chez une tante, que j'ai connu mes premiers temps de tranquillité et une relative sérénité. Je ressentais un tel soulagement, un tel espace de liberté qu'un bien-être réel m'envahissait. Lorsque je fais appel à mes souvenirs je peux identifier trois comportements qui me donnaient le sentiment de bien-être.
-- Le premier était la présence à l'instant, essentiellement dans mes jeux d'enfants, qu'ils soient solitaires ou en groupe avec les enfants du village. Lorsque ma tante appelait pour le repas je lui répondais invariablement : "déjà ? mais je n'ai même pas eu le temps de jouer !"
-- le second était mes longs moments de rêverie, d'imagination débridée où je m'inventais toutes sortes de mondes.
-- Enfin, et c'est ce qui m'intéresse le plus probablement aujourd'hui, le troisième concernait mes premières expériences contemplatives dont j'ai le souvenir, lorsque j'ai observé en silence, soit mon oncle qui travaillait la terre, soit la nature elle-même et en particulier cette zone au-delà du jardin, le marais, avec ses arbres et son mystère puisqu'il était interdit de s'y rendre à cause du danger ; et aussi ce chant mystérieux de la tourterelle des bois que j'ai déjà évoqué ici, qui semblait à la fois m'appeler tout en me faisant comprendre que je ne la connaîtrai pas et que, de toutes façons je n'avais pas d'autre choix que de rester assis par terre, en tailleur, le nez tourné vers la cime des arbres lointains.
Bien évidemment, c'est avec mon expérience d'aujourd'hui que je déchiffre cette expérience d'enfance, mais je crois que le ressenti que j'en ai encore disait exactement cela, même si à l'époque je ne pouvais pas avoir les mots pour verbaliser de cette manière.
Par la suite j'ai fait l'apprentissage et l'expérimentation du double regard, de la double perception, à la fois sur l'extérieur, (la situation, les personnes, l’environnement), et dans le même mouvement, l'attention intérieure au ressenti personnel et corporel. J’appris lentement cette forme de double attention en simultané des deux perceptions, et non pas successivement, passant de l'un à l'autre.
Pour en revenir à mon expérience d'enfance, j'expérimentais ainsi l'importance d'un environnement « porteur » pour découvrir le chemin des profondeurs de soi, là où réside cette zone de paix, au-delà des perturbations de la sensibilité troublée, effervescente ou rigidifiée. Ce n'était pas compliqué finalement c'était une expérience de simplicité et de dépouillement. C'est-à-dire, d'une certaine manière, tout l'inverse de notre monde de possession, de consommation et de croissance.
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Qu'es-tu devenue ?
Oui toi, qu'es-tu devenue ?
toi qui me fus si proche et ne m'as jamais quitté,
qu'es-tu devenue ?
Tu fus la compagne fidèle de mon existence,
celle qui n'a jamais failli,
même au jour de désespoir,
lorsque tout me semblait perdu,
en toi je continuais à placer ma confiance.
Malgré mes craintes,
malgré mes doutes,
malgré mes refus,
malgré la mauvaise foi dont je savais faire preuve,
tu es toujours demeurée présente, vivante,
rassurante même.
Souvent je pensais qu'un jour tu m'abandonnerais,
que tu partirais loin de moi,
me laissant dans le dénuement ; dans la mort.
D'ailleurs, lorsque j'étais morbide,
je te poussais à la faute,
désirant macabrement que tu t'enfuies.
En ces moments-là tu te montras
fidèle parmi les fidèles
n'abandonnant jamais.
Tu ne t'agrippais pas à moi,
tu étais là,
tendrement, passionnément,
toujours.
Oui toi, qu'es-tu devenue ?
toi qui me fus si proche et ne m'as jamais quitté,
qu'es-tu devenue ?
Toi,
ma vie d'avant.
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L'autosuffisance
J'ai longtemps confondu un certain nombre de notions, l'autosuffisance, l'autonomie, l'indépendance, ...
Je ne sais pas si je ne les confonds pas encore...
Ce qui m'apparaît le plus fort, concernant mon histoire à l'âge où l'on cherche à sortir des contraintes extérieures, ce fut : ne pas être dépendant des autres. C'était très concret. Il s'agissait de sortir de la dépendance pour tous les actes de la vie ordinaire. J'étais confronté à la réalité brute : pour chaque acte du quotidien, une aide extérieure m'était nécessaire. Lorsque cela se produit brusquement, du jour au lendemain : c'est un choc ! Surtout lorsqu'on est enfant, au seuil de l'adolescence, que l'on a envie de tout entreprendre, que l'on brûle du désir d'être capable de tout sans l'aide de personne.
Plus précisément, il y a le choc, puis sa sourde résonance continuée. Un peu comme après un énorme fracas, on a les oreilles qui bourdonnent longtemps. Pendant trois ans tout s'est focalisé là : retrouver une autonomie physique. C'est à la fois terriblement exaltant, terriblement décevant, et terriblement dangereux pour la suite.
C'est terriblement exaltant lorsqu'il s'agit de retrouver l'autonomie pour les actes qui « normalement » peuvent s'exécuter sans assistance. Chaque progrès est une victoire considérable. Être capable d'aller pisser et chier seul est une victoire en dignité. Devoir cependant continuer à demander de l'aide pour être torché est une épreuve moralement douloureuse. Enfin... moi, à 14 ans, à l'âge où l'on est particulièrement pudique, j'en étais très affecté. Je ne sais pas si, à 85 ans, je ferais partie de ces vieillards qui mangent leurs excréments sans s'en rendre compte... Mon interprétation sur ce phénomène et qu'ils préfèrent agir ainsi, probablement inconsciemment, plutôt que de reconnaître que d'autres doivent les nettoyer.
Peut-être trouverez-vous que je fais dans le scatologique. En réalité je ne fais qu'écrire ce qui est habituellement, dans l'environnement aseptisé de notre société contemporaine, est dissimulé le plus possible.
C'est terriblement décevant lorsque les progrès stagnent pendant des mois et pire encore lorsqu'il y a des régressions. Qui plus est, dans le contexte éducatif de l'époque, le processus de rééducation était « à la dure ». Non seulement il ne fallait pas compter sur un quelconque maternage, mais encore les punitions tombaient en cas de régression, lesquelles étaient considérées comme « de notre faute ».
C'est terriblement dangereux pour la suite, parce qu'il y a une sorte de *sur- responsabilisation du soi* qui s'installe progressivement. Et surtout, une confusion entre l'autonomie et l'autosuffisance. Cette dernière est comme une exacerbation et une absolutisation de l'autonomie. Une sorte d'idéal démesuré consistant à être convaincue que dans la vie il ne faut avoir besoin de personne. Pour ma part, ce n'est même pas de l'ordre de l'orgueil. (Je crois que cela peut l'être pour certaines personnes, ce ne fut pas vraiment mon cas, mon orgueil est ailleurs...). C'est de l'ordre d'une évidence inoculée, inculquée progressivement au long de toutes ces années.
Par la suite, cela aura des conséquences dans tous les secteurs de ma vie. En particulier, je garderai, et je garde toujours je crois, ce sentiment qu'un certain idéal serait véritablement de pouvoir vivre autosuffisant, c'est-à-dire ne dépendre en rien, ni d'une quelconque façon des autres, pour mener sa vie comme on l'entend.
Rien que l'énoncé de cet idéal contient en lui-même son idiotie. Seulement voilà, les gens de mon espèce continuent à penser qu'on y arrivera un jour... De plus, aujourd'hui, les aventures collectives ne sont guère valorisées. L'exploit individuel est beaucoup plus *tendance*. Le self-made-man sert toujours d'exemple. L'autodidacte parti de rien fait l'objet d'admiration, même si lui-même souffre le plus souvent d'un complexe d'infériorité. On voit tel homme politique se placer comme homme providentiel qui, à lui tout seul, va tout faire, tout résoudre, tout entreprendre, tout réussir. Autrement dit... Au final... Tout rater ! Car il en est ainsi de l'autosuffisant. Il est condamné a rater sa vie. Mais l'homme providentiel a toujours galvanisé les foules. Hélas ! Généralement pour conduire au pire... Les exemples dans l'histoire sont innombrables. Pas besoin de les énumérer...
Je dis tout rater, (espérons que non !) parce que je projette ce qui a failli m'arriver. J'ai mis beaucoup de temps à découvrir la richesse de l'ouverture et des complémentarités, que ce soit au niveau relationnel, affectif, ou de l'engagement dans une oeuvre commune. Dans ma vie professionnelle, j'ai abandonné un collectif d’entreprise qui me semblait pesant, pour m'engager comme "travailleur indépendant" (L'expression même est totalement piégée, il faudrait plutôt parler de "travailleur dépendant" ... De tous, depuis ses clients jusqu'à l'administration...) J’a exercé au sein d’un groupement de mes semblables, ce qui m'a permis d'accéder à une autonomie professionnelle en interdépendance avec d'autres. J'y ai gagné en liberté. J'y ai aussi gagné en amitiés, en relations riches et intenses, et, d'une certaine manière, en réussite professionnelle.
Il n'y a pas si longtemps, quelqu'un me partageait sensiblement la même chose concernant son parcours professionnel. Il s'agissait d'un artisan qui a cru « pouvoir s'en sortir tout seul » jusqu'à ce qu'il arrive au bord de la faillite. Son rebondissement aura été de réunir autour de lui ses « concurrents » (tout aussi mal en point que lui...) pour faire ensemble une force alliée. Depuis, il a redémarré et à embauché du personnel...
Malgré tout cela, malgré mes expériences positives d'ouverture et de prises de risques en matière de complémentarité, je continue à rêver à l'autosuffisance. Je continue à me dire que ce serait bien si je n'avais besoin de personne, tout en demandant à ceux qui sont autour de moi de m'aimer, de s'intéresser à moi, à ce que je fais ; tout en essayant moi-même d'être ouvert et tourné vers les autres pour leur apporter ce que je peux ; tout en faisant le constat que cela est absolument vital, ces synergies relationnelles et affectives.
Comme me dit un jour mon thérapeute : "votre perspective pourrait être de sortir de vos contradictions. "
J'ai encore du chemin à faire dans cette direction...
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intériorité - intimité
Je lis ceci au détour d’un site internet :
Je pensais à cette notion d’intériorité.
Faut il faire un lien avec ce mot intimité ?
Comparer les définitions
Comprendre pourquoi cette sensation de viol lorsqu’on pénètre cette intimité, cachée, voilée.
Qu’est ce qu’on voile ? L’intériorité ou l’intimité ?
J’ai pris le temps de laisser venir mes impressions, mes réflexions sur ces deux notions.
Pour moi, l'intériorité et l'intimité ce n'est pas exactement la même chose.
L'intériorité est plutôt une attitude personnelle. Une manière d'être et de vivre. Une orientation, un mouvement qui fait se tourner vers soi, vers l'intérieur de soi pour y percevoir ce qui s'y passe, de quoi c'est fait.
À l'opposé, c'est l'extériorité. Il y a des personnes qui ne s'intéressent guère à ce que l'on peut appeler le "monde intérieur", préférant totalement le monde extérieur, ce qui les conduit à vivre essentiellement aux zones périphériques de leur personne. Ces gens-là ont beaucoup d'attrait pour tout ce qui est hors d'eux-mêmes, et très peu pour leur vie intérieure. Ces personnes ont souvent très peu accès au vocabulaire de l'intériorité. Elles expriment peu leurs sentiments avec des mots, faute de percevoir leur ressenti interne.
J'ai été toujours frappé dans l'exercice de mon métier, de voir ces hommes qui, comme ils disaient : « n'avaient pas les mots » pour exprimer ce qu'ils ressentaient. C'était difficile pour eux d'exprimer des sentiments, de se les dire à eux-mêmes, c'est évidemment pire encore de les exprimer à une femme...
Et je ne parle pas des réflexions de certaines relations ! : "comment toi, un homme, peux-tu t'intéresser à toutes ces histoires de bonnes femmes ovariennes !"
L'intimité est une sorte de *lieu*, de demeure intérieure.
À l'intérieur de moi, il y a ce qui est intime. Il y a aussi le plus intime, ces éléments profonds qui, (pour moi en tout cas), ne se partagent pas. C'est un peu le « jardin secret » que j'ai pu déjà évoquer ici. Des personnes proches peuvent en percevoir des éléments et à tout le moins l'existence, parce que cette zone de soi ne se cache pas, ne se dissimule pas, mais elle demeure cependant de l'ordre du secret. Cela pourrait paraître subtil, pour moi c'est capital. Le secret (du fameux jardin) n'est pas une dissimulation volontaire, le secret est une sorte "d'état".
Il ne s'agisse donc pas ici, lorsque je parle de jardin secret, de la dissimulation de choses que je cacherais, alors que je pourrais les dire. C'est tout autre chose. Dévoiler cette intimité la plus profonde serait en quelque sorte se déshumaniser.
Ouvrir son *jardin secret* ne doit pas être confondu avec faire des confidences intimes.
L'attente que l'autre dise tout, tout, tout de lui et de ce qu'il vit ou a vécu, est le signe d'une relation fusionnelle à laquelle il faudra bien un jour renoncer... Même si bien sûr, il est totalement légitime de vouloir connaître l'autre en sa singularité et désirer approcher le mystère de sa personne. Mais voilà, on ne peut qu'approcher. Il y va du respect de l'autre et de son intégrité. Sans doute faut-il apprendre à aimer l'autre « en son mystère » et ne pas se comporter comme un conquérant, un voleur d'intime, un violeur d'intégrité.
C'est pourquoi je pense que la personne citée dit juste lorsqu'elle parle de viol de l'intimité. Car cette intimité-là est par nature destinée à demeurer cachée, secrète, et vouloir y toucher, c'est porter atteinte à une intégrité fondamentale. C'est vouloir dominer l'autre, l'asservir. La chrétienté était forte en ce domaine avec ses "confesseurs" et ses "directeurs de conscience". Merveilleuse domination au nom d'une divinité !
[pour ne pas être trop partisan en ce domaine, je rendrai hommage à un jésuite, disant, à propos de la morale sexuelle que l'église prétend régenter : "les curés n'ont rien à faire dans la chambre à coucher des couples!" ... tous ne sont donc pas si mauvais.... !! ]
Il y a l'intimité dans la relation aux personnes, l'intimité dans l'amitié, et surtout, sans doute, l'intimité dans la relation amoureuse.
Il peut y avoir une intimité amoureuse qui ne fasse pas tellement appel à l'intériorité. L'intimité des corps, les relations sexuelles (dites souvent relations intimes), ne nécessitent pas grande intériorité pour s'exprimer, se réaliser. Ce n'est pas parce qu'on a une relation physique intime avec quelqu'un qu'on a partagé avec lui quelque chose de son intériorité. On offre son corps sans forcément donner son âme....
On a pu partager une passion amoureuse, très intense parfois, hyper gratifiante au niveau du plaisir partagé, c'est pas pour autant que deux intériorité se sont engagées.
Mais la confusion est fréquente...
L'amour n'est pas forcément toujours au rendez-vous de la passion...
L'amour profond, parfois encore moins !
Ma conviction personnelle (que je livre sans volonté qu'elle soit forcément partagée), c'est qu'une relation durable, une relation d'amour durable, n'est satisfaisante que s'il y a le partage de deux intériorités. (et pas seulement si on est dans le "Top5" des prouesses sexuelles).
Sinon, avec le temps, la vie à deux vire uniquement à la gestion domestique, ce qui n'est évidemment pas particulièrement excitant... Et encore moins si au lit il ne se passe plus grand-chose...
Bien sûr, il y a tout ce qui concerne le « faire ensemble », mais si cela ne s'enracine pas dans un *sens profond* (direction et signification) qui ne se découvre que par le partage de deux intériorités, on ne va pas très loin non plus...
J'ai déjà dit que je n'ai pas l'expérience d'un couple victime de la routine. Peut-être parce que nous avons toujours partagé plutôt "profondément" ? Il est vrai que ce niveau de partage est source inépuisable de nouveauté et de fraicheur renouvelée...
Il y a bien d'autres choses aussi sans doute au regard de cette préservation de la pale routine.
Quelque chose qui préside sans doute d'une sorte de mystère de la relation à deux. Je ne parle pas seulement de mon propre couple, mais plus largement de chaque relation affective que l'on peut vivre. Chacune est unique et ne se compare pas à d'autres. Chacune comporte sa part de *mystère* qu'il ne faut sans doute pas vouloir percer.
À trop vouloir toujours tout expliquer, on perd la substance des choses essentielles, or certaines personnes pensent qu'en les décryptant va se les approprier. Il y a là un côté "tuer la poule aux oeufs d'or" qui représente un danger.
Probablement que cela préside aussi d'une méconnaissance de la réalité de *l'inconscient*. Une attitude fausse et proprement perverse, qui consisterait à penser que tout le contenu de l'inconscient devrait accéder au conscient. Et que lorsque l'on sera arrivé à ce stade, on débouchera sur le bonheur absolu !... Ou sur la maîtrise totale de sa personne... Ce qui est bien pire encore...
C'est aussi penser que toutes nos forces inconscientes seraient des forces néfastes. Quelle erreur !
Il s'agit en réalité d'entrer de plus en plus dans la conscience de soi et, certes, de faire reculer les frontières de l'inconscient... Ce qui ne veut pas dire le faire disparaître...
Les humains que nous sommes sont assoiffés de tout savoir et tout connaître. C'est en soi une excellente dynamique. Mais elle comporte sa limite. Celle de l'acceptation du *mystère* comme composante de la réalité. Il est des choses qui nous apparaissent mystérieuses et curieuses, uniquement par manque de savoir et de connaissances. On n'est pas alors dans le mystère, on est dans l’ignorance ou l'obscurantisme.
Mais il en est d'autres qui ne sont pas de l'ordre d'une quantification scientifique, ni d'une observation du même nom, ni d'une description circonstanciée. Le mystère de l'intimité profonde relève de cette catégorie. Au coeur du jardin secret, le mystère atteint une telle profondeur que la personne elle-même n'est pas en mesure d'en apprécier toute l'épaisseur, toute la substance qui pourtant anime la personne en ce qu'elle a de plus fondamentalement humain ; pas plus qu'il n'est possible d'atteindre les abyssales profondeurs sous-marines, et pourtant elles sont là, et elles sont nécessaires à l'équilibre de l'ensemble.
Alors... À quoi sert ce *mystère* et que faut-il en faire ?
probablement qu'il faudra que je revienne sur cette question...
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Reconnaissance
J'évoquais hier la reconnaissance espérée et qui ne viendrait jamais de la part d'une personne de ma famille.
J'ai reçu un courrier privé à ce propos, en y répondant j'évoquais l'obstacle que cette attente de reconnaissance constitue.
Je ne sais pourquoi, cela m'a sauté aux yeux avec une grande acuité.
L'attente de reconnaissance est un terrible obstacle.
Une entrave qui m'est apparue énorme. Qui met en arrêt de croissance et de développement. Enfin... Qui comporte ce risque...
Pendant des années, et des années, j'ai attendu la reconnaissance de cette personne. Je me prenais à en rêver. À me l'imaginer.
Puisque cette personne avec laquelle je suis lié par le sang ne s'intéressait à rien de ma personne, puisque j'avais tant besoin de cette reconnaissance, j'en arrivais à m'imaginer qu'elle me voyait vivre. Qu'elle était présente là où justement j'aurais aimé qu'elle voit ce que j'accomplissais. Qu'elle était fière de moi. Oui, j'aurais aimé que cette personne soit fière de moi. Je me construisais des scénarios, comme un gosse tout seul dans sa chambre imagine son petit univers.
Je me souviens du jour où j'ai osé aborder cela en thérapie. J'avais un sentiment intense de honte. Je racontais un comportement humiliant à mes yeux. J'avais plus de facilité à évoquer les comportements merdiques de ma mère, mes souffrances subies et accumulées, que d'évoquer cette insupportable attente d'un regard, d'une attention.
Aujourd'hui je réalise mieux combien l'attente de reconnaissance est une terrible entrave. Je dis bien l'attente, car le besoin de reconnaissance, en tant que besoin, n'est pas maîtrisable de manière directe. Mais c'est ce que l'on en fait qui relève de notre pouvoir. L'attente met en arrêt et en dépendance. C'est un peu comme celui qui attend le bus pendant une demi-heure, pour aller à un endroit où, à pied, il y serait en un quart d'heure.
Aujourd'hui, je crois que j'ai changé. Je ne suis plus dans cette attente-là. Je crois que j'ai vraiment compris et accepté qu'elle ne viendrait jamais. Je crois que j'ai compris qu'entre cette personne et moi, il y avait un irréalisable au plan relationnel. Quelque chose qui ne s'est pas fait au temps où les choses doivent se faire. Le train du temps ne repasse pas deux fois.
Le plus difficile est sans doute d'accepter qu'il y a chez l'autre un impossible vis-à-vis de soi. (C'est-à-dire qu'il ne peut accepter, et donc rejette, qui l'on est vraiment). Or cela concerne quelqu'un avec qui on a irrémédiablement et pour toujours un lien par le sang. Ce terrible constat que l'on est conduit à faire de la *relation impossible* car dans une relation, c'est idiot de dire, mais on est au moins deux... Et parfois, il ne s'agit pas d'une question de bonne volonté de part et d'autre. Mais on est confronté littéralement à un *impossible*. Et, cet impossible chez l'autre devient forcément un impossible pour soi. Il restera à assumer. Tant bien que mal. Plus ou moins douloureusement.
Il aurait fallu... Oui sans doute !
On aurait dû... Oui certainement !
Si on avait su, on n'aurait pas... Mais oui c'est entendu !
On pourrait peut-être repartir à zéro ! ... Ben voyons ! Comme si de rien n'était !
Mais voilà, le principe de réalité s'impose, qu'on le veuille ou non !
Il est de fausses espérances qui sont de véritables entraves à toute progression.
C'est difficile d'admettre tout cela, d'admettre nos limites et nos petitesses d'humains très ordinaires. Avec notre capacité à construire des raisonnements intellectuels, on est bourré de il suffit de, il n'y a qu'à. On est capable de construire de belles théories sur ce qu'il aurait fallu faire ou ne pas faire, sur ce que l'on fera autrement désormais. Mais la vie n'est pas du tout comme cela. La vie n'est pas une succession d'idées et de pensées. La vie est un réel qui s'impose. Finalement, nous ne maîtrisons pas grand-chose et en même temps nous avons pouvoir sur beaucoup...
De là à se croire tout-puissant...
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Le Dialogueur intime. Sommet et abîme.
Durant le week-end j'ai vécu des moments forts et heureux. Pourtant celui-ci s'est déroulé de manière très ordinaire, je veux dire sans événement particulier. Sans doute cela est-il dû au fait que je me suis rendu attentif autant à moi-même qu’à celle qui partage mes jours. Les instants peuvent être simples et heureux dès lors que j'en perçois l'intensité dans un mouvement de présence à moi et d'ouverture à l'autre.
Pourtant, simultanément quelques éléments de ma vie ne sont pas faciles à vivre, mais j'avais le sentiment de pouvoir les porter avec aisance, en les remettant à la place d'importance qu'ils peuvent représenter. C'est-à-dire pas la première...
J'ai été de nouveau comme aspiré par le plus profond de moi, en ce lieu intense où mon sentiment de profonde gratitude cherche son dialogueur. J'ai abordé ce thème il y a quelque temps au cours de quatre entrées successives.
J'ai le sentiment que ce *lieu-relationnel-intime* est à la fois proche des cieux et proches des enfers, pour employer une métaphore biblique. Proche du sommet et proche de l'abîme. Un lieu où la *tension fondamentale* humaine risque d'être quasi paroxystique.
Cette tension fondamentale n'est pas du tout la tension psychologique ou nerveuse que l'on peut ressentir dans sa sensibilité. C'est plutôt la tension vitale nécessaire à la vie. Comme la tension de la corde de l'arc est nécessaire à la production d'énergie de propulsion.
Dans l'amour le plus profond, lorsque le sentiment de gratitude s'exprime et se dirige vers l'être aimé, on peut ressentir un comblement majeur donnant le sentiment d'une intensité de vie et anesthésiant la *béance fondamentale*. Mais alors, ce sentiment d'avoir atteint des sommets d'accomplissement a toutes les chances de déboucher sur une forme d'autosuffisance qui ne peut que précipiter dans l'abîme. Comme dit le langage populaire : « les amants sont seuls au monde »... Et c'est bien là leur drame !
L'autosuffisance-à-deux est un comblement régressif. Il est à l'image du bébé au sein de sa mère, qui a le sentiment (encore inconscient) qu'avec sa mère il s'auto-suffit. Vivre avec quelqu'un ce type de rapport à l'âge adulte précipite vers l'abîme. L'abîme de l'ultra-dépendance permanente du sein maternel symboliquement recherché sans cesse.
Dans la recherche du dialogueur de gratitude le risque existe de le trouver ! : il s'appelle le dieu protecteur, la divinité de bienfaisance, la corne d'abondance, le créateur tout-puissant, etc. etc. Disons, en gros, il s'appelle "Dieu" ! (Avec toutes les formes de divinités que l'homme est capable d'inventer au fil des millénaires...). En remerciement de ses bienfaits, (généralement supposés advenir "dès demain"...), et/ou avec l'espoir qu'il perdurent, dès lors on lui offrira toutes sortes de sacrifices et de rites plus ou moins délirants, plus ou moins néfastes, voire proprement inhumains...
Il y aura toujours quelque chose ou quelqu'un à sacrifier sur l'autel !
Mon propos ici ne se limite nullement aux seules religions labellisées. Au plan politique c'est exactement le même schéma. L’homme politique lance de Grandes-Réformes-de-la-Société qui sont des Sacrifices au Dieu de la *Croissance*, à la Déesse de la *Consommation*, à la divinité *Profits*. Chacun va devoir se serrer la ceinture pour honorer ces dieux capitalistes. Telle est la religion laïque d'aujourd'hui !
Comment éviter le piège ?
Comment ne pas s'interroger sur une certaine origine des bienfaits ? (pour ne parler que de ceux-ci)
Comment éviter la question de la *cause première* ?
Puis-je me passer de m'interroger sur ce sentiment de gratitude, longuement développé ailleurs, et de tout ce qu'il comporte de mystère et de questionnement au plus profond de moi ?
Là aussi, montée vers le sommet et chute dans l'abîme se côtoient et se frôlent. Il est dans la nature de l'homme de chercher à comprendre tout. Et si possible comprendre « bien », comprendre « exact ». C'est un peu tout le sens des démarches scientifiques pour sortir des obscurantismes. Mais il y a un piège à confondre *mystère* et obscurantisme.
Et si le *mystère de non-dévoilement* était une source d'avancée et non pas une stagnation ou une reculade ? Et s'il était constitutif de la nature même des profondeurs humaines. Si ce *mystère*-là était la *béance interne* nécessaire à l'accomplissement de l'Homme ?
S'il fallait, pour progresser, qu'il n'y ait pas de réponse à la question, mais une perpétuelle interrogation ? comme une condition nécessaire à toute évolution ?
je veux dire par là, pour reprendre ma métaphore, qu'il faut bien qu'un jour le bébé cesse de s'agripper au sein pour téter, et qu'il accepte la *béance* qui s'installe entre sa bouche goulue et le téton maternel. Passage nécessaire pour trouver à vivre et se nourrir ailleurs que « là ».
Et s'il nous fallait vivre avec les *certitudes de nos interrogations* ? Avec la certitude intérieure que *ce mystère* est une force de vie et non pas une entrave à décortiquer pour en connaître le contenu. Un peu comme la poule aux oeufs d'or que le fermier imbécile tue afin de tout perdre...
Sinon, s'il n'y a pas la certitude que ce mystère est une force, on risque de tomber dans un autre abîme : celui du doute permanent sur tout, moyen commode d'entrer en passivité est en démission, sous couvert « de s'interroger » ?
On trouvera sans doute que cette entrée est difficile à comprendre.
J'essaie d'abord de m'expliquer à moi-même !
Alors je vais de tâtonnements en tâtonnements...
(À suivre... Probablement...)
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2005
Passe-moi le sel !
Est-ce que je me fais comprendre ?
Vouloir être compris, tout faire pour l'être de TOUT lecteur, est sans doute la forme subtile de la recherche fusionnelle au plan intellectuel.
La compréhension est le fruit d'un long cheminement. Elle n'est pas d'emblée réalisée. Sauf bien sûr si je dis "passe-moi le sel ! " En encore... Il y aura toujours des interprétations !
- Quel homme autoritaire ! Quel despote domestique !
- Quel malpoli, ni STP, ni merci !
- Quel homme déterminé, il sait ce qu'il veut ! Le sel ! Pas le poivre !
- Quelle confiance dans cette demande, pas besoin de rajouter des STP de convenance, et des merci inutiles... il a confiance dans la relation... C'est évident ! L'autre va lui passer le sel !
- Il a compris le sens profond de la vie ! Sans sel pas de saveur ! Et il ne peut se saisir lui-même de la salière... il faut savoir recevoir d'un autre.... apprendre à demander, avec rigueur, détermination et sans détour. Mais quel bel exemple simultané d'humilité et de grandeur d'âme, dans cette demande, somme toute banale et ordinaire.
- Cet homme prend les autres pour ses esclaves, tout juste bons à exécuter ses ordres et ses caprices. C'est lamentable ! En plus je suis certain qu'il s'adresse à une femme ! Tant d'années de luttes féministes pour en arriver là ! Quelle déception amère !
- Cet homme est un parfait mystique, un visionnaire, un disciple du Christ qui déclarait "vous êtes le sel de la terre !".
**
ainsi, à chaque instant nous nous faisons instrumentaliser....
Un soumis
Insoumis
__
Une même manière de prononcer pour deux attitudes opposées.
J'aime bien ces homonymies qui, à l'oral, portent à confusion parfois, d'autant qu'en l'espèce je m'y retrouve très bien.
Cette confusion est mon dilemme depuis belle lurette. Je suis souvent un rebelle et un opposant ; et en même temps je sais qu'il n'existe pas de réelle progression sans une soumission, libre, choisi, à plus grand que soi.
« Ni Dieu ni Maître » est une erreur que j'ai commise. À moins que cela ne soit une phase nécessaire à s'affranchir du père (Ce que je crois fondamentalement d'ailleurs).
Mais en réalité, je me suis mis à progresser en humanité personnelle lorsque je me suis choisi un Maître à penser. Nul ne se trouve vraiment sans un autre. Non pas un autre soi-même mais un autre... Autre ! Qui plus est « plus grand que soi ».
Cependant, notre société, hédoniste et individualiste, nous invite sans cesse au self made man et à l'orgueil de s'auto suffire. Il faut rester seul ou entre soi, bannir l'étranger et le différent, ce dernier n'étant intéressant qu'à titre de curiosité touristique. (Mais c'est encore un autre débat).
On confond souvent le Maître et l'Autorité. Alors on risque de s'affranchir de celui auquel on devrait se soumettre librement. L'esclave est contraint de se soumettre à l'autorité, le serviteur en se choisissant un Maître, gagne en liberté personnelle. Car le maître n'est pas une autorité, il FAIT autorité, ce qui est fondamentalement différent.
Je dois donner l'impression de théoriser, mais c'est en fait mon expérience personnelle dont je rends compte effectivement en écrivant ceci. Car un jour, dans la vie, j'ai trouvé mon maître. Il n'est pas venu à moi, je suis allé à lui. Il ne fut jamais pour moi un gourou, je n'ai, en aucune manière, le culte de la personnalité. C'est peu à peu que je découvris qu'il était lui-même un disciple et c'était probablement là toute sa force et son impact de maître, d'être lui-même disciple d'un autre.
Il n'aurait sans doute pas aimer que je dise qu'il était mon « maître à penser » (lui disait « mon maître à penser c’est le Réel ! »). Cette soumission à la Réalité faisait de lui un homme à la fois humble et responsable de ses propos. Je ne "buvais pas" ses paroles, soit elles avaient une résonance profonde en moi, soit je le questionnais jusqu'à une formulation suffisamment satisfaisante.
Cet homme était un fervent et un passionné. Il n'a jamais surfé sur aucune vague médiatique. Il n'a pas « écrit un livre » . Ah ! Écrire un livre ! Aujourd'hui cela se porte en bandoulière ou en médaillon gravé : « j'ai écrit un livre ! » Comme dans le passé on arborait les médailles de ses citations militaires ! Cela peut être un insipide tissu de conneries, peu importe l'important est de pouvoir proférer : "j'ai écrit un livre !". Mais jamais personne ne dit : « des gens ont lu mon livre » ... Vu que personne (ou presque!) ne l'a lu !
C’est un autre qui écrira pour lui, un de ses disciples, à partir de ses nombreux écrits... pour rassembler en un tout les multiples facettes de sa recherche sur l’Homme. Il est mort. Il y a 15 ans. Je n'ai pas pleuré son départ. Il m'a laissé des cadeaux de vie bien trop abondants. D'une certaine manière, sa vie demeure en moi pour toujours.
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Jardin Secret
Ce matin au réveil je pensais à mes écrits personnels, ceux d’ici, pas mon « journal intime », mais ceux destinés à être communiqués (éventuellement…). Je me disais que je ne pouvais pas aborder certains sujets. « Le personnage social » (au sens large du mot) qui est une dimension de moi, comme pour chacun de nous, se laisse voir, mais ce n'est pas l'essentiel de moi. Ce ne sont que des reflets. L'essentiel de moi, ce qui fait l'unicité de ma personne, je ne l'aborde pas « en direct ». Cet endroit intime est mon "Jardin Secret". Un endroit connu de moi seul, et encore je n'en ai pas perçu toute la profondeur et l'épaisseur du mystère.
Pour moi, le jardin secret, ce ne sont pas ces choses que l'on cache aux autres pour des raisons de stratégies relationnelles ou parce que l'on a honte de certains actes, ou de la culpabilité, où la peur que cela remette en cause des équilibres fragiles, des relations construites laborieusement, etc.
Pour tous ces aspects pas terribles de notre vie que l'on voudrait garder dans l'ombre, il vaut mieux parler de "placards aux poubelles" .
Certains se complaisent cependant dans ces grands déversoirs, ces déchetteries virtuelles, ces incinérateurs du passé. Leurs écrits, plus ou moins biographiques, sont une immense décharge de vastes égouts où circulent les pires horreurs mais aussi les poussières d'or égarées dans des paquets de merde.
Quand je parle de mon "jardin secret" j'évoque bien autre chose, je parle alors de ce "plus intime et de plus précieux de la personne humaine", ces zones de la personnalité profonde auxquelles on est plus ou moins éveillé, selon le parcours que l'on a fait, l'intérêt que l'on a pu leur porter. Je parle de ce trésor du plus profond de l'être.
J'ai trouvé cette définition qui ne me convient que très partiellement, mais je n'ai pas le courage d'en chercher une autre et d'ailleurs c'est une bonne base pour mieux préciser ce qu'il en est pour moi :
Jardin secret : Espace incommunicable de mémoire et d'émotions secrètes ; lieu de repli imaginaire, où l'on se « ressource »".Contrairement à une idée reçue, cette liberté de penser à soi n'est pas une trahison, mais une manière de sauvegarder son identité.
Je ne dirais pas que c'est un lieu de repli imaginaire, il me faut enlever ce vocable, dans la mesure où il ne s'agit pas de fuir dans la rêverie ou l'invention d'un quelconque paradis terrestre ou intergalactique ! En revanche je dirai que c'est mon lieu de ressource, pour ne pas dire mon lieu source.
Le jardin est secret, parce que le secret est humain. Il est immanent à la réalité de l'homme. Sa dimension secrète est ce que j'en connais, moi et moi seul. Or, tout secret peut-être révélé. Il dépendra de moi qu'il en soit ainsi ou non. Tous ceux qui disent avoir pénétré là sans mon autorisation, et donc prétendent me connaître, se trompent en se mettant le doigt là où ça sent mauvais.
En réalité ce jardin est à la fois secret et à la fois mystérieux. Comme je le disais plus haut, le secret est de l'ordre de l'humain, le mystère est de l'ordre du sacré, du transcendant. D'une certaine manière, pour reprendre la théologie chrétienne : le mystère est divin, le secret est profane.
Pour ma part, le « jardin secret » (pour rester dans cette terminologie habituelle) tient ABSOLUMENT de ces deux réalités IMBRIQUÉES ET INSÉPARABLES. Sinon, il N'est PAS, au sens : il n'a pas d'existence.
Le « jardin intérieur » est une terre dans laquelle s'enracine toute la personne et se développe toute sa personnalité comme la terre est nécessaire à l'arbre pour qu'il pousse. Il est et doit demeurer "secret" pour que l'arbre pousse et donne toute sa dimension, comme on protège et entretient un terrain qui n'est pas ouvert aux autres, qui n'ont rien à faire là, avec leurs grosses godasses sales et leur désir de le transformer en terrain vague ou en cloaque.
Son existence même et donc capitale pour la réussite de sa vie.
Or son existence suppose À LA FOIS secret ET mystère.
Violer soi-même ce secret en divulguant à quiconque ce jardin-là, ce serait un véritable suicide de personnalité, la porte ouverte à la déstructuration personnelle.
Les prédateurs de ce secret là existent aujourd’hui comme hier. Simplement ce ne sont plus les mêmes.
Hier, le principal prédateur du jardin secret était la religion catholique (si je me restreins à la tradition française).
C'est la raison pour laquelle les mystiques étaient pourchassés, en ce qu'ils maintenaient une relation secrète et personnelle à Dieu. Ils s'affranchissaient du "directeur de conscience", c'était forcément éminemment subversif ! Alors il était indispensable de les obliger à divulguer le contenu de cette relation, de manière à la passer aux cribles théologiques, et donc bien évidemment il convenait de condamner les mystiques à réintégrer, sous peine d'excommunication, la pensée unique, chrétienne, labellisée et vaticaniste.
Aujourd'hui, les prédateurs se sont déplacés ailleurs, mais ils sont toujours aussi néfastes et destructeurs. Ils le sont même beaucoup plus me semble-t-il.
Ces prédateurs aujourd'hui s'appellent : Bataille et Fontaine, Mireille Dumas, Jean-Luc Delarue, Thierry Ardisson, Marc Olivier Fogiel, etc. etc.
Je veux dire tous ceux qui font métier de mettre en oeuvre leur technicité pour violer notre intimité et nous obliger à dire, face caméra, ce que nous devrions impérativement garder secret pour préserver notre intimité, c'est-à-dire notre intégrité psychologique, notre bonne santé mentale. Mais voilà, la planète médiatique ne veut que des personnes à poil. C'est cela qui fait vendre, qui fait tourner le compteur des tiroirs-caisses.
J'ai parfois le sentiment que nous vivons une époque d'affreuse confusion de concepts essentiels et vitaux pour l'homme. Nous concourons à notre autodestruction. Le combat pour l'écologie ne devrait pas se limiter à la préservation des écosystèmes en danger. C'est aussi l'écosystème psychique de l'homme qui est en péril.
Chaque être humain est absolument unique dans la mesure où il préserve son intimité et le secret de sa personne. S'il n'agit pas ainsi, il perd toute identité singulière et avance vers son inhumanité. Il devient un objet d'observation extérieure. Lorsqu'un être humain « fait des révélations » sur cette intime là et le jette en pâture à des millions de voyeurs charognards, il se vide de sa substance vitale, hélas sans s'en rendre compte tant la jouissance est grande de se « dévoiler ».
Un peu comme la strip-teaseuse qui prend plaisir à se dénuder parce que le public s'excite. Mais passé ce moment-là, elle retourne en coulisses, parfois honteuse de ce qu'elle vient d'oser. Elle a probablement perdu quelques précieuses pépites d'elle-même, abandonnées sur scène...
Mais il est vrai que l'on confond : secret et mystère, intimité et clandestinité, et que des concepts comme : décence, retenue, pudeur, discrétion, ne font guère grimper l'Audimat.
Aujourd'hui, il FAUT tout dire, TOUT dévoiler, TOUT révéler TOUT montrer. La caméra cachée est la reine. Le mot "secret" dans le titre d'une émission garantit un succès. N'y a-t-il pas une émission qui s'appelle « confessions intimes » ?
Rendez-nous les curés en soutanes et les confessionnaux sentant le bois vermoulu et l’urine.
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Dieu aussi est mort
Il est mort. Comme ça ; brusquement ; en quelques minutes. J'ai appris la nouvelle hier par sa soeur. C'est cette nuit que sont revenus en force nos souvenirs communs d'enfance à tous les trois. Ils ont afflué par vagues successives, des images, des bribes de conversations, des rires, des conneries de jeunesse.
On s'était perdu de vue, chacun menant sa vie. On se revoyait dans des fêtes de famille ou des enterrements. C'était toujours comme si on s'était quitté la veille. La même complicité, la même chaleur humaine, mais surtout sa grande sensibilité et sa grande bonté. Il était mon aîné de quelques années et fut un peu comme un grand frère qui aurait su se montrer proche. C'est lui qui me fit découvrir Brassens qui marquera tant ma jeunesse.
Et voilà. C'est fini.
Nous avons parlé de lui avec mon frère. Un moment il me dit : « maintenant il sait s'il y a quelque chose de l'autre côté ». J'ai répondu : « je crois qu'il ne sait rien, puisqu'il n'y a rien... » Et puis il y eut un long silence. Je sais que mon frère se pose un peu les mêmes questions que moi, mais je crois qu'il penche vers l'existence d'un certain « au-delà ». Moi je penche vers l'autre versant, celui du néant dont nous venons et auquel nous retournerons.
J'ai souvent oscillé avec cette question au long de mon existence. J'ai plus de connaissances sur Dieu et la Bible que certains « croyants » de mon entourage. Je peux rendre compte de ce qu'il est convenu d'appeler des : « expériences spirituelles ». J'ai lu quasiment intégralement l'oeuvre de Thérèse d'Avila et de Jean de la Croix, j'ai pratiqué les exercices spirituels de St Ignace (les jésuites), discuté avec des théologiens, le conditionnement dans des "lieux saints", je connais aussi ; et d'autres choses encore que je n'énumèrerai pas. Tout cela m'a appris beaucoup de choses sur l'Homme, sur le sens de la vie, sur la valeur profonde de l'humain, mais je n'arrive cependant pas à concevoir qu'il s'agisse d'autres choses qu'une construction de la pensée. Autrement dit, et pour faire simplissime, c'est l'homme qui a inventé Dieu (toutes les formes des dieux) ; par nécessité, pour ne pas dire par commodité.
Parfois, j'envie les croyants, leur mode de pensée toute faite et leurs schémas relationnels avec Dieu. Cette construction de la vie autour d'une espérance d'un "quelle chose ailleurs" qui ne serait pas pure chimère. La rencontre avec le Tout Autre, les retrouvailles avec les disparus, autant de concepts passionnants voire exaltants ! Il fut un temps où je me battais contre tout cela avec mes armes d'arguments massifs, mais c'était encore une manière de faire exister dieu en tant qu'ennemi à combattre. Finalement, cela permettait encore de s'en tirer à bon compte. Se battre contre ce « Dieu inexistant » permet d'éviter d'une certaine manière d'être réellement confronté au « Rien ».
Or, maintenant m'y voici et ce décès m'y ramène.
La nécessité de l'acceptation du "Rien après", et le renoncement au "Tout viendra".
Le renoncement aux légendes : résurrection, réincarnation, esprit des ancêtres, X-ième dimension, expériences extrasensorielles de tous ordres (ou plutôt leurs interprétations délirantes), etc.
Elle est difficile la condition humaine... Mieux vaut s'abrutir à consommer ou recherche des gri-gris. La seule et vraie question n'est-elle pas combien me reste-t-il sur mon compte en banque ?
Rendez-moi mes Pères Noël !...
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Désirs et envies
À quoi cela sert d'avoir des envies si on ne les réalise pas.
Peut-être finit-on par ne plus avoir envie de rien.
Pour ma part je constate une forme d'enchaînement fatal en ce domaine. Ainsi en ce moment j'ai envie de reprendre le texte à épisodes que j'avais commencé à publier, à partir d'une sollicitation d'un atelier d'écriture et en particulier de donner de la chair à l'un de mes personnages et d'écrire « la vie de Samuel ». C'est en panne depuis les vacances dernières. Souvent j'y pense, sous forme d'une envie, mais je ne mets rien en oeuvre. Je « perds du temps» à autre chose, alors que je ne cesse de dire que le temps passe trop vite. Et à mesure justement que le temps s'écoule, l'envie grossit et gonfle comme une baudruche. Elle prend une ampleur en elle-même, mais c'est comme un kyste, une excroissance qui est venue se développer sur le Désir et va finir par l'atrophier puis le phagocyter est donc le faire disparaître. C'est ainsi que l'on ne demeure plus qu'avec "des envies" qui ont envahi notre psychisme comme des ballons vides qui occupent toute la place et dont certains finissent pas exploser : « l'envie de rien ».
Car, l'envie n'est pas le Désir. Le désir est une puissance, une force vitale qui se traduit en actes, en action. L'envie est plutôt une forme de maladie du Désir. Un leurre parfait. Ma difficulté d'aujourd'hui - et pour une part mon mal-vivre -, c'est que je ne sais plus très bien ce qu'est devenu mon Désir. Alors le matin lorsque je me lève, je suis plutôt à me dire de quoi ai-je envie aujourd'hui, plutôt que de m'interroger sur : qu'est-ce que je désire vivre. Pour moi ce n'est pas du tout la même question.
Le pire, c'est que cela fait des mois que je tourne avec cette même problématique, sans en sortir. Le pire encore, c'est que je n'ai pas vraiment envie d'en sortir. Et me voilà avec cette terminologie qui de nouveau me vient spontanément : j'ai envie/je n'ai pas envie. Je pourrai appeler cela : le dilemme du oisif. En effet, je n'ai pas d'échéance, pas de délai pour déposer un projet, d'obligations qui s'imposent. Je suis libre. Je fais ce que je veux. C'est-à-dire rien qui en vaille la peine vraiment.
Dure réalité.
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Créativité
L'imaginaire est un véritable monde. Merleau-Ponty disait qu'il était fait des débris du réel. Car l'imaginaire a toujours comme fond une certaine appréhension du réel. Une perception de celui-ci. C'est probablement l'une des caractéristiques singulières de l'être humain que cet accès à l'imaginaire.
Je distingue cela de l'imagination qui est notre capacité à représenter quelque chose qui n'est pas réellement présent, mais qui n'est pas forcément du domaine du monde de l'imaginaire. Encore que la frontière soit fragile.
L'imaginaire est fait de rêve, de chimères ; l'imagination engendre la créativité c'est-à-dire la capacité de créer effectivement ce que j'ai imaginé. Je pense en particulier ici à la créativité littéraire, c'est-à-dire celle que je tente modestement de mettre en oeuvre. J'invente des personnages, mais en réalité je ne crée personne. Et pourtant il existe quelque chose cependant.
Je me suis lancé dans un récit à épisodes, fondé sur un peu de suspense et quelques rebondissements. Actuellement, à partir de cette trame, une histoire plus structurée de la vie de certains des personnages que j'ai inventés se fait jour. Ceux-ci n'ont cependant d'existence effective dans la mesure où ce ne sont que des personnages fictifs. Pourtant je suis en train de m'attacher effectivement à certains d'entre-eux, comme s'ils avaient une existence bien réelle et comme, quelque part, indépendante de moi. Je veux dire par là que je ne peux pas leur faire faire n'importe quoi, au risque qu'ils n'aient aucune crédibilité ni aucune épaisseur humaine . Ils ont donc leur vie propre et je les observe à mesure que leurs actes, leur psychologie, leurs tendances profondes ou superficielles émergent sous mon clavier.
Bien entendu je connais ce phénomène décrit par des auteurs, mais c'est autre chose que d'en faire soi-même l'expérience.
Non seulement ils commencent à exister, mais ils risquent d'envahir ma maison... Je veux dire par là que je donne à lire à ma femme ce que j'écris, lui parle de mes personnages, et qu'elle en dialogue avec moi, quasiment comme si nous parlions de personnes vivantes de notre entourage. C'est amusant, mais je ne voudrais pas devenir justement trop envahissant. Il paraît que les romanciers sont invivables pour leur entourage et associaux !
Je n'ai cependant pas la prétention d'être ni de vouloir devenir romancier !... Pour l'instant cela m'amuse et je ne fais pas preuve de grande rigueur.
Si je n'ai pas l'entière maîtrise de mes personnages, je leur fais quand même faire ce que bon me semble. Là, évidemment, je peux me montrer parfait manipulateur, assouvir quelques petites vengeances, leur faire exécuter ce que je ne peux faire moi-même, leur faire tenir des propos qu'à titre personnel je n'aimerais pas proférer. Cela a donc quelque chose d'assez grisant, voire de jubilatoire.
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2006
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gratitude (saison I)
Ce matin je me suis réveillé relativement tôt. Allongé sur le dos j'entendais d'un côté les trilles joyeuses et matinales d'un oiseau, de l'autre la respiration calme et régulière de ma compagne qui dormait encore. Je me rendais aussi attentif à mon corps et à la présence de cette sensation de vie en moi. Un doux bien-être m'envahissait et je goûtais des instants de plénitude.
Je me retrouvais au cœur d'un essentiel, au cœur de ce qui constitue l'ordinaire simple de ma vie d'aujourd'hui : Celle avec qui je partage mes jours depuis tant d'années et ce sentiment d'avoir atteint ensemble ce que nous espérions pouvoir réaliser lorsque nous nous sommes connus ; le champ des oiseaux qui symbolise la générosité de la gratuité de la vie qui se donne en suffisante abondance à qui sait l'accueillir en lui, s'ouvrir à elle et accompagner ce mouvement vital plutôt que de lutter vainement à contre-courant ; ma capacité de présence à moi-même, à cette intériorité que je ne crains plus pour l'avoir dégagée d'un certain nombre d'angoisses dévastatrices. J'ai beaucoup ramé et souffert pour en arriver là, j'ai payé le prix fort, mais cela en valait la peine.
Alors, est monté en moi un mouvement de reconnaissance qui a progressivement envahi tout le corps, comme une tension vers « quelque chose », vers une source, vers un principe premier envers lequel je me sentais le besoin de dire merci.
Il fut un temps dans ma vie où ce mouvement de gratitude se dirigeait assez spontanément vers des personnes humaines auxquelles je devais beaucoup ; celles qui m'avaient aidé à traverser des épreuves ; celles qui m'avaient accompagné dans ce lent chemin de reconstruire une personnalité détruite.
À d'autres moments j'ai aussi remercié la Vie avec un grand V. cette Réalité mystérieuse qui habite le cœur du cœur de chaque parcelle du vivant. Cette réalité insaisissable et que l'homme désirerait pourtant maîtriser. Cette sorte de transcendance/immanence qui est le mystère de l'aventure de l'Univers et de l'Humanité.
À certaines époques de ma vie, dans mon aventure relationnelle sinusoïdale avec « Dieu », c'est lui que je remerciais, en particulier lorsqu'il m'arrivait de ressentir ce qui me semblait être sa trace en moi. Il m'apparaissait alors comme un dieu de bonté, il était ce « Dieu amour » que présentent et magnifient certains courants spirituels. L'intensité ontologique de son amour se propageait à moi pour le peu que je m'offre à le recevoir. Mais dieu s'est fait chimère depuis...
Aujourd'hui, ce matin en particulier, je ne savais plus vers qui, vers quoi, diriger ce mouvement vital de gratitude. Mon élan se trouvait empêché, il avortait. À quoi donc est-ce que je résistais ? La question est capitale pour moi car nul ne détient la vie de lui-même. Je pourrais remercier la génération qui m'a engendré, la mère qui m'a donné la vie, mais cela ne me vient pas. C'est une déploration pour moi. C'est encore une étape à franchir, celle de la reconnaissance profonde envers mes deux parents. Je ne désespère pas que cela vienne avant que je ne meure, et d'ailleurs il le faudra bien pour que je puisse, selon l'expression consacrée, « reposer en paix ». C'est accompli du côté de mon père. J'ai accueilli tout ce que j'avais reçu de lui. Heureusement cela s'est fait avant sa mort et j'ai pu le lui dire.
(à suivre....)
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gratitude (saison II)
Vis-à-vis de ma mère, tout un chemin reste encore à faire. J'avais commencé à l'entreprendre, ce n'était pas évident. La personne que je rencontrais alors pour m'aider habitait loin. Elle me convenait parfaitement mais c'était long et coûteux, en temps, en déplacement, en argent. Et puis ma mère est morte assez brutalement d'un AVC. Apres sa mort, il fallut plus de deux ans pour pouvoir reprendre ce chantier, mais je n'ai pas réussi à le mener jusqu'au bout. Je n'ai pas retrouvé la dynamique vitale nécessaire. Je suis encore amputé de cette racine là.
Si j'en reviens à cette question de gratitude, de besoin de remercier, c'est que j'en ressens la nécessité, assez égoïste, pour une plénitude de ma vie. On n'est pas heureux dans l'autosuffisance, dans la fermeture, dans la non reconnaissance de nos origines proches et lointaines.
La démarche de gratitude est une forme d'enrichissement d'un existant. Bien que je ne sois pas scientifique, cela me fait penser à l'uranium enrichi. C'est un existant qui obtient un plus et qui a plus d'efficacité.
Ou c'est comme un ruisseau qui vient enrichir une rivière.
Seulement voilà peut-on remercier quelque chose qui n'a pas une existence effective, qui n'est pas « quelqu'un », mais seulement quelque chose ou un concept quand bien même il aurait l'apparence d'une réalité tangible.
Certes on remercie la Chance, l'heureux Hasard, sa Bonne Étoile, ..., mais en réalité lorsque l'on agit ainsi, « qui » remercie-t-on vraiment ?
Dans l'histoire des hommes il y a toujours eu ce mouvement de remerciement. J'ai personnellement toujours vécu une sorte d'admiration, pour ne pas dire une fascination pour la démarche du pharaon d'Égypte Aménophis IV (treize siècles av. J.-C.) qui passe du polythéisme au dieu unique : Aton, et prend le nom d'Akhenaton, qui signifie '"Celui qui désire être agréable à Aton". Ce dieu unique, créateur du monde, apportait aux hommes l'énergie vitale, le couple Aménophis / Néfertiti ne cesse d'être en adoration et en remerciements devant Aton. Il est non seulement l'unique, mais n'est pas personnifié. Sa représentation assez « moderne » est un disque, un peu comme un disque solaire. Mais ce n'est pas vraiment une adoration du soleil. Cependant, ce dieu semble demeurer une abstraction et il n'est qu'une réalité externe. Il n'est pas impossible que le judaïsme ce soit inspiré de tout cela pour sa propre religion et par la suite le christianisme, qui lui, a fait de ce dieu unique « quelqu'un ». C'est-à-dire qu'un homme comme Jésus-Christ introduit la notion de « Dieu -- Père ». J'aurais aimé psychanalyser J.C. et qu'il me parle de son papa ! (Peut-être que j'ai dans mes lecteurs un spécialiste des religions qui va fulminer en concluant que je dis des grosses conneries...!). Mais bon, c'est surtout cette notion novatrice de dieu unique qui me semble intéressante, d'autant que cela ne dura pas et que ce cher Toutankhamon, bien connu, s'empressa de renouer avec le culte des anciens dieux, dont il faut bien dire qu'il était bien plus rémunérateur et que l'exploitation de multiples divinités permettait l'acquisition de richesses, à en faire pâlir le pape d'aujourd'hui !
Alors voilà ce matin, j'étais là, un peu couillon avec mon "élan-de-merci" entre les mains, ne sachant pas à qui le donner, vers qui le diriger... D'aucuns penseront que je me pose trop de questions. Peut-être en effet à un certain stade faut-il renoncer à s'en poser. Moi je n'y arrive pas. Toute plongée en apnée dans mon intériorité me fait remonter avec des questions... ! N'est ce pas le propre de l'humain d'être en permanence en état de questionnement, sur lui-même, sur l'homme, sur l'humanité ? Les ordinateurs n'ont guère de questions existentielles. Je pense que la personne qui vit « sans se poser de questions » n'a pas encore commencé à nouer les lacets de sa première paire de chaussures pour avancer vers sa réalité humaine personnelle.
(... À suivre...)
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gratitude (saison III)
Lisant ce texte quelqu'un ma questionné :
As-tu pensé à diriger ta gratitude vers - toi ?
Gratitude d'avoir été et d'être suffisamment fort pour parcourir tout ce chemin qui t'a mené des angoisses dévastatrices jusqu'à ce doux bien-être ? Gratitude à ta volonté, a ta persévérance? A ta capacité de présence à toi-même, à accueillir la vie et s'ouvrir à elle?
Ce quelque chose, ce « principe premier », ça ne pourrait pas être toi - aussi ?
J'ai trouvé ces questions très intéressantes, parce qu'elles touchent à ce que j'estime être des aspects essentiels de la personne humaine, c'est pourquoi je les reprends ici, sous la forme d'une reformulation en deux questions :
- Peut-on diriger la gratitude vers soi-même ?
- Le « principe premier » peut-il être moi, aussi ?
-------------
italique- Peut-on diriger la gratitude vers soi-même ?
Il y a en moi (comme en tout être humain) des qualités, des valeurs, des dynamismes, etc. qui sont comme « déposés au fond de moi ». Je veux dire par là que je ne suis pas allé les chercher quelque part, les acheter dans un magasin. Je suis « né avec cela ». Je pourrais dire que cela constitue en partie mon potentiel génétique, il est la résultante générationnelle de la lignée à laquelle j'appartiens, et plus loin encore il me vient... Du fond des âges.
Il y a par ailleurs d'autres facultés qui me constituent également mais qui ne sont pas tout à fait du même ordre, comme ma volonté, ma liberté, ma conscience. Ce sont des facultés qui me permettent de décider et d'agir « comme bon me semble », c'est-à-dire que je ne suis pas totalement soumis à d'autres forces internes ou externes qui me détermineraient comme un pantin entre les mains d'un manipulateur.
Ces contraintes existent cependant. Je ne m'étendrai pas sur les forces externes, telles que la contrainte physique, la violence, la pression sociale etc. je ne parlerai que des forces internes qui entravent ma liberté, m'aliènent, voire m'enchaînent totalement. Ainsi en est-il des passions débordantes, des angoisses insurmontables, des phobies, de la peur viscérale de l'opinion des autres, qui fait que l'on se plie à leur volonté ou leur désir, etc.
Lorsque j'ai pris peu à peu conscience de toutes ces aliénations douloureuses en moi-même, j'ai décidé que je mènerai un combat contre elle, tout comme par le passé j'en avais mené un contre la maladie envahissante, bien décidé à m'en sortir. Je suis parti en guerre contre mon marasme intérieur, certain de ma victoire finale. Lorsque l'on est au cœur de ce combat, on n'a pas vraiment la conscience que l'on est en train de réaliser quelque chose qui a une certaine « noblesse humaine ». En réalité, on sauve sa peau ! Tous ceux qui sont passés par là savent de quoi il s'agit, et certains que je lis en rendent parfois compte en temps réel.
Lorsque je fais retour sur moi-même, face à tout ce cheminement, que j'ai un regard réflexif, je ressens une fierté émue pour moi-même, et s'il y a un mouvement de gratitude, c'est envers "le petit garçon d'origine" que j'ai préservé au fond de moi-même, en qui j'ai fait confiance parce que quelqu'un a su me faire me tourner vers lui, et m'a appris qu'il serait désormais mon guide.
Il peut donc effectivement exister une forme de remerciement de soi à soi, car finalement comme disait quelqu'un : « je est plusieurs ». (Inspiré de la célèbre expression de Rimbaud : "je est un autre").
Mais au-delà, il y a une forme de mouvement naturel qui se produit en moi, tel que je le décrivais dans la première partie de mon texte, et qui m'entraîne à une gratitude qui se porte sur « un Autre ». Ce n'est pas un mouvement décidé, volontaire. Il EST. Dire cela n'est pas une nuance pour moi, car c'est tout à fait autre chose. Il y a dans le mouvement de la vie et de son surgissement en moi le constat évident et surtout ressenti, que son origine est ailleurs qu'en moi-même et je suis comme automatiquement poussé à un merci à cet Autre. Et c'est de cette manière que j'en viens à la deuxième question.
- Le « principe premier » peut-il être moi, aussi ?
Si je limite la question à : "peut-il être moi", la réponse est immédiatement NON !
Cependant, il est ajouté : "aussi" ... Et là les choses sont un peu plus complexe, car il y a "moi" et "moi-dans..." Ou "moi-avec...". Je pourrais prendre une comparaison avec le couple pour me faire comprendre. Parfois on dit : "mon couple", d'autres fois : "notre couple", ou encore : "moi dans mon/notre couple" ; "le couple que nous formons". Il y a aussi les expressions comme : " elle/lui et moi on ne fait qu'un", on est en "symbiose totale", etc.
à mes yeux, chacune de ces expressions n'est pas anodine. Elles révèlent à la fois la perception que l'on en a et la complexité de la réalité du couple en son essence.
Il en est de même de la réalité du "soi" qui n'a d'existence qu'à l'intérieur d'un phénomène bizarre appelé la Vie, elle-même issue de... Du néant ? D'un principe créateur ? Du hasard ? D'un épiphénomène étrange tellement fragile et tellement exceptionnel qu'il est appelé à disparaître rapidement, au regard des milliards de milliards d'années-lumière ? Surtout que nous faisons pas mal de choses pour précipiter sa chute !
S'il y a donc un "principe premier", ce n'est évidemment pas moi. S'il y a une Origine elle n'est pas moi non plus... Cependant, il n'y a pas d'origine sans continûment, et je suis de ce continûment, tout comme il n'y a pas de chaîne sans maillons. Le maillon n'est pas la chaîne, mais la chaîne n'est pas sans le maillon. Autrement dit, si je ne suis pas le principe premier, je contribue à sa continuation, et parce il en est ainsi, ce principe lui-même a pu exister... À l'origine...
Mais probablement que je peux être piégé par les limites de ma destinée humaine, qui ne peut concevoir une pensée que dans une réalité spatio-temporelle. Autrement dit, nous sommes très peu intelligents. Il n'est qu'à voir dans l'histoire combien les « grands savants de ce monde » considéraient la terre et l'univers ! On en rit aujourd'hui de cette terre comme un disque plat, centre de l'univers, mais nos lointains successeurs se moqueront peut-être joyeusement de nos théories et croyances actuelles.
Il n'empêche, je n'arrive pas à être autrement que me poser toutes ces questions. Elles ne m'empêchent pas de dormir la nuit, rassurez-vous ! Elles sont en moi comme je pense elles sont dans tout homme qui ne se contente pas de regarder TF1. Il suffit de voir comment les jeunes enfants posent des questions fondamentales telles que : d'où je viens. Du ventre de maman bien sûr, oui mais avant ? J'étais où ?.
(... à suivre... )
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Gratitude (saison IV)
Lorsque l'on descend au fond de soi-même, je veux dire lorsqu'on se laisse glisser vers les profondeurs mystérieuses de l'être, on rejoint les dynamismes profonds d'existence sous forme d'un ressenti dense, d'une force enracinée (qui n'a rien d'athlétique ou d'olympique !), on ressent notre capacité d'aimer et de s'ouvrir librement à l'autre avec une acuité toute singulière. Aujourd'hui, le moindre coaching vous valorisera par tous les bouts, mais il ne vous montrera que les effets de l'être profond et ne vous conduira pas jusqu'à cette profondeur là. Et d'ailleurs, ce dont je parle c'est encore au-delà, dans l'épaisseur du mystère humain.
Je précise que la démarche dont je parle n'a rien à voir avec les propositions frelatées des gourous, du parcours initiatique et ésotérique à base de potions magiques, de décoctions, de bougies et de fumées d'encens. Il n'est pas non plus nécessaire au préalable de voir des éléphants roses !
Pour se « laisser glisser » vers ce lieu comme je le dis ci-dessus, il faut au préalable avoir pas mal déblayé le terrain. Il faut sans doute aussi être un minimum contemplatif. Non pas contemplatif de l'extérieur comme on aime à regarder un paysage, la mer, un coucher de soleil... Ce type de contemplation n'est qu'un préalable, une sorte de piste d'entraînement en circuit fermé. Ce dont je parle ici c'est de la contemplation à l'intérieur de soi. Mais là encore, la confusion avec le nombrilisme et l'égotisme se fait souvent. Cette descente intérieure suppose justement et assez curieusement une sorte de contournement de l'ego. (La seule contemplation de l'ego est la chose la plus épouvantable qui soit !) Dans cette descente on se retrouve dans une sorte d' « ailleurs en soi » et qui est pourtant à l'intérieur de nous. J'ai mis du temps à découvrir le passage qui menait vers cet endroit. Mon maître à penser me fut précieux dans cette recherche, mais aussi l'effort de lecture et de compréhension que je fis de quelques grands mystiques. En particulier Thérèse d'Avila et de Jean de la Croix, dont la lecture n'est guère aisée, vu l'ancienneté des textes et l'enracinement dans une chrétienté à tendance sacrificielle et doloriste. Ils étaient au cœur d'une société judéo-chrétienne dominante et n'avait guère d'autre choix, mais la démarche à quelque chose d'universel.
C'est dans ce mouvement "d'ouverture par le dedans" que naît le désir de gratitude, de remerciement, comme une nécessité pour que la vie circule en nous comme un fluide venant d'ailleurs, nous traversant et se dirigeant vers l'aval. C'est comme lorsque l'on reçoit un beau cadeau que l'on espérait quelque part sans l'attendre vraiment, un cadeau qui comble. Nait alors tout naturellement un mouvement de merci vers celui qui l'a donné. La plénitude de l'instant ne serait pas complète sans ce merci.
J'en reviens donc à cette même question qui me "travaille" depuis l'autre jour : vers qui, quoi, diriger cette gratitude, et en quelque sorte la lui remettre. C'est-à-dire que dans ce mouvement on est appelé comme à remettre tout soi-même, toute sa personne entre les mains de ce "quelque chose/quelqu'un".
Arrivé à ce stade, il serait facile, comme quelqu'un après m'avoir lu me le suggérait quasiment, de ramener Dieu dans cette histoire là. N'est-il pas le créateur de tout, n'est-il pas l'amour parfait, n'est-il pas celui qui comble au-delà de tout ? N'est-il pas celui qu'il faudrait remercier, louanger et louanger encore, dans les siècles des siècles. Amen.
Il est vrai que les mystiques sont conduits à ce chemin là. Mais il aboutit souvent à une sorte de dissolution de la personnalité, comme si l'homme était destiné à être soluble en Dieu, à disparaître en lui. Il n'y a donc plus d'altérité, de relation.
Aussi, je me refuse à franchir ce pas là. À ce stade, généralement, les curés disent que l'on résiste par orgueil, que l'on pêche contre l'esprit. Aïe ! Là, c'est le pire ! J'ai un ticket pour l'enfer, et je risque même d'être au premier rang dans la fournaise !
Lorsque je me retrouve avec ce mouvement de gratitude qui n'aboutit vers "rien ni personne", je me retrouve forcément dans une insatisfaction. C'est là que les choses commencent à devenir plus intéressante. Plus question de se raccrocher à une religiosité bien commode. Plus de balisage de la route dans des traités théologiques plus contradictoires les uns que les autres. Plus de Dieu culturel dont on a été infesté par l'éducation.
Or, personne n'aime demeurer longtemps dans l'insatisfaction. Dès lors, je forme l'hypothèse (bon d'accord, je ne suis pas le premier à dire ça...) que, pour l'évacuer et donc la résoudre, les hommes se sont nécessairement dirigés vers quelqu'un ou quelque chose d'autre qu'eux-mêmes, sur lequel il pouvait projeter leur désir de gratifier, car ils ne pouvaient rester avec ce mouvement en suspens, et qu'ainsi progressivement ils se sont créés des divinités qu'ils ont peaufinées et améliorées au fil des siècles. L'expérience mystique profonde (de l'ordre du ressenti physique) a été raptée, c'est-à-dire récupérée par les facultés cognitives de l'homme, par l'intelligence intellectuelle et le monde des idées. On crée des dieux, par nécessité d'évacuer rapidement l'angoisse existentielle, et puis ont bâti autour d'eux toutes sortes de théories, plus ou moins spéculatives, dont certaines sont amusantes et d'autres font frémir. Théoriser ne suffit pas, il faut également mettre en place des pratiques, des rites, du permissif et de l'interdit, bâtir un code religieux, des lois divines. Pour faire appliquer tout cela il faut nécessairement un système hiérarchisé, des « élus de Dieu » qui détiendront le pouvoir et l'argent, des fidèles obéissants (et dans ce cas il faut inventer du châtiment divin pour se faire obéir et foutre la trouille à tout le monde), des saintes armées pour trucider les impies, et surtout, surtout, un vaste système de collecte du fric (la quête, les dons, la dîme, l'impôt dû à Dieu, les rites payants obligatoires, etc.) de manière à enrichir la caste des grands prêtres qui tirent leur légitimité dans la perpétuation de l'intercession auprès de la divinité, le fric étant censé apaiser le courroux du Dieu par les sacrifices payants qu'on lui « offre », le grand prêtre, pété de tunes, (curé, pape, pope, imam, gourou, marabout,...) ayant seul la capacité de faire fleurir les bienfaits, et de garantir à l'adepte "une place au ciel", ou que sais-je ! : retour d'affection, illumination, nirvana, privilèges divins, bienfaits magiques, chance au jeu, superkarma, chakras décoincés, etc.
Croyez-moi, tout cela marche parfaitement !
Ainsi, l'homme, au lieu de progresser vers son chemin d'humanisation et de libération, n'a fait que s'enchaîner lui-même et enchaîner ses semblables à des divinités exigeantes voir cruelles, des dieux conquérants, vengeurs, ou à l'inverse dégoulinant de la guimauve d'un amour mièvre, maternant, étouffant, un Dieu qui réclame tyranniquement qu'on l'aime, qui fait ses caprices et menace de tout détruire de ses foudres célestes si l'on ne se met pas à genoux devant lui. Finalement, un Dieu à l'image des névroses humaines, qui faisait les délices de M. Freud.
Voilà pourquoi je refuse de plaquer une explication, de me raccrocher à un courant théorique existant, à une quelconque religion et que je préfère rester sans réponse jusqu'à ce que... Jusqu'à ce que ? je ne sais pas ! C'est évidemment inconfortable. Alors je remercie ce que j'appelle La Vie, telle que j'en ai déjà parlé par ailleurs. Mais je sens qu'une insatisfaction demeure, car il manque quelque chose qui tient de l'altérité du dialogue. Mais finalement le manque n'est-il pas nécessaire à l'avancée ? La faim n'est-elle pas indispensable à désirer se nourrir le corps et l'âme ? Malheur aux repus, à ceux qui ont tout découvert et répondu à tout !
Bienheureuse Insatisfaction !!
Tiens ! J'en ferai bien une Divinité !
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La montée vers la solitude
Je lisais çà et là quelques réflexions sur les aptitudes à la compréhension du vécu de l'autre et du partage de son propre vécu.
Comprendre l'autre et entrer dans son système de pensée, suppose un minimum de terrain commun. Si un agrégé de mathématiques m'explique des théories complexes dans un vocabulaire qui m'est inconnu, si, au plus, il utilise des concepts dont j'ignore tout, il m'est impossible de communiquer véritablement avec lui.
C'est un peu la même chose lorsque l'on évoque des réalités qui tiennent aux profondeurs humaines avec des personnes qui n'ont jamais entrepris le moindre voyage dans cette direction. C'est encore plus délicat lorsque celles-ci estiment avoir compris en faisant appel à leur seul bon sens ou à leur intuition de surface. On est alors très vite dans la confusion.
En effet, souvent on pense que l'on est sur ce terrain commun, alors qu'il n'en est rien.
Combien de fois m'est-il arrivé de formuler ainsi des bêtises en tentant de reprendre ce qu’on me disait, mais en me fourvoyant. Parfois j’avais de la chance l’autre accueillait ma manière erronée en disant « qu'est-ce qui te fait dire cela ? ». Alors j'étais poussé à élaborer mieux ma réponse, à affiner ma réflexion, à approfondir ma recherche, à descendre plus loin en moi. Ainsi j'ai le sentiment qu'il me connaissait mieux et s'adaptait à la lenteur de mon cheminement. Finalement il appliquait cet aphorisme connu : « pour apprendre l'anglais à John, il faut connaître John ».
S’il arrivait que je sois contredit, il y avait toujours un respect de ma personne et une invitation à la recherche d’une autre solution (éventuellement) par soi-même, ce qui est important finalement. Souvent on laisse l'autre soi-disant chercher et comme on est (se croit !) en avant de lui, survient en nous cette impression qu'il patauge dans un marécage et qu'il faut le sortir de là. Alors on avance des solutions à sa place. C'est une forme de prise de pouvoir sur l'autre par une méthode douce et parfois sournoise. Et pourtant ! Quel plaisir un jour de trouver "par soi-même" la lumière attendue. Je mets des guillemets à "par soi-même", pour nuancer avec "découvrir tout seul". Car c'est justement parce qu'il y a cet accompagnement typé que l'avancée vers de plus grandes profondeurs se fait.
Ainsi c'est par ce chemin laborieux où il faut savoir donner du temps au temps, que progressivement on entre dans la compréhension de l'autre, dans la compréhension du maître, dans une intimité avec soi-même qui devient proche d'une intimité avec lui.
Je crois que cette manière d’être de ceux qui m’ont aidé à progresser a énormément influencé ma pratique professionnelle. J'ai toujours procédé par questionnement. Je n'ai jamais établi de diagnostic délivré à l'autre comme on lui assène un coup de massue, ou comme on lui pose un cataplasme sur sa jambe de bois. J'ai trop vu les effets pervers de la catégorisation, du rangement dans une nomenclature, qui en réalité comporte une condamnation quasiment définitive dont il faudra s'accommoder : vous souffrez d'une dépression majeure à caractère récurrent du au phénomène saisonnier ; vous présentez tous les signes de l'agoraphobie ; vous avez mal au ventre depuis des années ? : ce sont des troubles somatoformes douloureux associés à des facteurs somatiques et psychologiques à forme chronique.
Vous me devez 100 EUROS.
- Ce praticien est extrêmement fort, il a trouvé ce que j'avais.
- Et maintenant on fait quoi alors ?
- Ah mais rien ! On apprend à vivre avec !
- magnifique résultat ! Vous voilà condamné à vivre dans la case "maladie mentale correspondante". Mais ne vous inquiétez pas, il y a quand même une porte de sortie : le suicide.
- Pouvez-vous me dire pourquoi je souffre comme cela intérieurement ?
- Non ! C'est vous qui allez me le dire... Je vais seulement essayer de vous aider à trouver. Et d'ailleurs on va commencer par toute autre chose : qu'est-ce qui va bien dans votre vie actuellement ?
- Ah bon ? On ne parle pas de mes maux de ventre ?
- Pourquoi ? Vous n'en avez jamais parlé à personne ?
- Ah si bien sûr ! À plein de gens, plein de docteurs !
- et cela les a fait disparaître ?
- hélas non !
- alors, si on parlait d'autre chose...
Bien entendu j'invente ce dialogue pour faire comprendre le sens une démarche, d’une autre approche.
On ne guérit pas de ce qui va mal en soi sans re-cueillir des forces intérieures...
J'ai encore dévié de mon sujet !
Je suis trop dilettante dans mes propos.
En fait, je voulais aussi évoquer les années qui passent, et le fait que ceux qui étaient en avant de moi disparaissent peu à peu.
Alors se pose à moi toute la question de la spiritualité. Celui qui croie en Dieu a toujours cet Autre au devant de lui et qui le précède.
Car vient le temps où le maître s'efface. C'est toute la différence avec le gourou qui veut garder le pouvoir sur l'autre le plus longtemps possible.
Je crois que l'être humain est en croissance et en développement constant. La question est : est-ce que l'homme comporte en lui-même sa propre croissance ou est-ce qu'elle lui vient forcément d'un plus grand que lui ?
Évidemment, c’est plus commode, j'aimerais que l'homme soit autosuffisant. Or, il n'en est rien. L'autosuffisant comporte sa destruction en lui-même. Toute expérience spirituelle conduit à la perception d'une dimension de transcendance en soi-même. (Je précise qu'il n'est pas ici question de Dieu). C'est-à-dire, c'est l'expérience ressentie d'un plus que soi en soi. Ce n'est pas l'expérience de l'immensité, ni de la beauté, ni l'expérience extrasensorielle, ni quelque chose de "sensible", comme on peut être parfois comme "transporté" l'espace d'un instant dans une sorte d'ailleurs, parce que l'on vit des instants magiques avec un être aimé, parce que le plaisir sexuel nous emporte au-delà de nos limites, parce que la beauté d'un paysage, d'une musique, d'un chant, nous donne ce sentiment de plénitude et de dilatation spatiale où le temps ne semble plus exister.
Toutes ces expériences peuvent être des modalités lointaines d'approche de ce dont je parle.
Mais la "perception non sensible" qu'une certaine dimension de moi n'est pas réductible à ma seule personne, c'est pour moi encore autre chose, qui n'est pas lié à des manifestations extérieures, qui ne nécessite pas une ambiance, un lieu, un conditionnement.
C'est une sorte « d'état intérieur » qui est une relative permanence dès lors que l'on s'y attarde.
Tant pis si je parais prétentieux ou bizarroïde, mais j'ai rencontré très peu de personnes qui ont pu me convaincre d'une expérience comparable. Bien souvent les gens font état de « moments magiques » qui ont jalonné leur existence et sont survenus un peu comme par enchantement, au parce qu'ils ont créé un environnement qui pouvait les favoriser. Comme tout un chacun je connais ce type d'expériences. Qui ne les a pas faites ! Face à la beauté époustouflante d'un paysage, dans les bras d'un/d'une partenaire, dans un lieu de recueillement, dans le silence, face à la mer, etc.
Certains, derrière un pilier de cathédrale, fort de ce vécu, on même dit : « Dieu existe, je l'ai rencontré ! » Mais lorsqu'on lit les ouvrages qu'ils ont écrits, ce n'est jamais que le compte-rendu interprété d'une émotion inconnue d'eux jusque-là, à laquelle ils ont donné un sens rapide. Évidemment, l'expérience ainsi affirmée ne souffre pas la contestation ! Elle est ce qu'elle a été. Et dès lors, par raccourci intellectuel facile, on estime que l'interprétation donnée ne souffre pas non plus la contestation. Ce qui est intéressant c'est de voir que ceux qui ont asséné de telles vérités, sont par la suite retournés à l'athéisme le plus prosaïque....
(A suivre...)
Ce matin, j'ai ressorti de ma bibliothèque les œuvres complètes de Thérèse d'Avila et de Jean de la Croix. Je relisais un peu au hasard. C'est intéressant de les voir chacun avec leur style et leur manière de parler, exposer des cheminements sensiblement comparables. Je garde un souvenir puissant de mon séjour à Avila avec une femme espagnole passionnée de Thérèse et qui me fit comprendre beaucoup de choses. Il est vrai que nous avions le même maître à penser...
J'ouvre au hasard sur Avila. C'est un livre sur "les relations" écrit en 1560. Je me prends à imaginer cette femme vivant aujourd'hui, ayant ouvert un blog : on aurait pu alors y lire ceci :
« Je suis parfois bien peinée d'être obligée de voir qui que ce soit, si affligé que cela me fait beaucoup pleurer, car je ne désire que la solitude ; la solitude me console, et la conversation, spécialement celle de mes parents et de mes proches, me pèse, j'ai le sentiment d'être comme vendue, sauf s'il s'agit de ceux avec qui je m'entretiens des choses de l'oraison et de l'âme ; avec ceux-là, je me console et me réjouis ; ils m'excèdent pourtant, parfois ; je voudrais ne plus les voir, et aller là où je serais seule, mais c'est rare, en particulier ceux à qui je parle de ma conscience me réconfortent toujours. »
Je pourrais reprendre ses propos à mon compte. Bien entendu je ne dirais pas "oraison et âme" qui sont les mots de son époque, je parlerais sans doute de présence intérieure avec... soi... Et plus que soi.
Je ne désire que la solitude. En ce qui me concerne c'est de plus en plus une réalité et même un appel. Je ne peux pas dire que je fuis les relations, car, à mes heures je les aime profondément. Mais la solitude me devient de plus en plus un bien précieux.
Cela demeure cependant complexe pour moi. C'est comme anachronique et anormal. J'ai tellement souffert d'une solitude d'abandon lorsque j'étais enfant que je me prends à me demander si mon désir de solitude n'est pas quelque peu morbide. Et dans le meilleur des cas s'il n'est pas une fuite.
S'il s'agissait d'une fuite, ce serait la fuite d'une peur, celle des relations par exemple. Or je n'ai pas le sentiment de fuir. Je ne suis ni timide ni mal à l'aise avec les autres, au contraire. En réalité c'est la superficialité des relations qui me lasse rapidement, où cette fausse profondeur d'échange de lieux communs.
Je pratique pourtant cela allègrement dans des réunions amicales ou de famille. Je fais rire l'entourage et m'impose comme leader de l'instant. Cela m'a amusé d'apprendre que mon gendre a tenu ce rôle lors de mon absence à un repas dans la période de Noël, auquel je ne suis pas allé parce que j'avais un début de crève et préférais me reposer. Quand je suis là, je dois lui faire de l'ombre...
Tout le monde a regretté pour moi que je ne puisse participer aux réjouissances. Mais en réalité j'étais très content de demeurer seul, et peut-être même que mon corps a réagi comme il l'a fait pour que cela puisse se faire aisément.
"Il n'est pas bon que l'homme soit seul". Cette parole biblique a baigné mon enfance aussi, au sens que mon père estimait la solitude suspecte... Tout en me laissant à l'abandon... La solitude génère les "mauvaises pensées". J'étais suspecté de pratiques sexuelles solitaires dont il convenait rapidement de s'accuser en confession. Il est vrai que je fus un grand Masturbateur devant l'éternel... Se branler trompe l'ennui...
Bien évidemment, lorsqu'on est jeune la solitude peut confiner à l'isolement néfaste, le repliement sur soi, le développement d'idées morbides, voire suicidaires. II n'avait pas tort sur ce point. Mais tout cela appartient mon histoire d'enfance. Aujourd'hui, la solitude a un tout autre sens pour moi. Elle n'est plus une fuite mais une nourriture, une source, un havre de paix intérieure où il fait bon être. C'est sans doute ce que certains appellent une solitude habitée. Mais là encore les mots peuvent être piégés. Certains aimaient la solitude parce qu'ils peuvent vivre alors dans une sorte de monde imaginaire, peuplé des chimères personnelles où parfois le fictif se mêle à la réalité ; ou parce qu'ils peuvent s'autoriser seuls une sorte de vie parallèle dont on pourrait dire qu'elle est secrètement extériorisée.
La solitude dont je parle trouve, d'une certaine manière, sa légitimité et son accomplissement en elle-même. Elle comporte une descente dans le tréfonds de soi-même, là où nul autre que soi (et encore !!) ne peut pénétrer. C'est un peu ce que j'ai évoqué sous le vocable « jardin secret », qui est ce lieu intime inviolable dont chacun dispose, pour le peu qu'il cherche à s'y rendre en empruntant les chemins de l'intériorité. Soit qu'il y arrive pas lui-même (ce dont je doute fortement), soit qu'il y arrive par un chemin initiatique déjà balisé par d'autres.
Mais les initiateurs vrais se font rares... Ils ont été remplacés par les gourous, les sectes, les coachs, les consultants, les devins, les magiciens, et toute une kyrielle de faux "psys", bardés de titres ronflants, formés en trois semaines, et faisant beaucoup de dégâts chez les personnes dans les quinze jours qui suivent... Il m'est arrivé d'en ramasser la petite cuiller dans mon bureau, après qu'ils aient été vidés de leur substance essentielle et de leur compte en banque par un type nul mais malin, qui sait faire commerce avec le psychisme des autres.
Et je ne parlerai pas des prêtres et religieux rapteurs de conscience et avides de profiter du corps de ces dames... Et comme ils sont parfois si peu doués au lit, en plus ils leur font des enfants sans s'en rendre compte... Encore que les pseudo « psys » à la mode pratiquent les mêmes errances sexuelles... Et même les plus célèbres... Auteurs à succès remplissant toujours les rayons ésotériques de la FNAC... Je ne citerai pas de nom, cela m'attirerait des ennuis, et je ne pourrais rien prouver étant lié par le secret professionnel...
Et puis n'oublions pas ce cher docteur Tordjman, sexologue que l'on voyait à la télévision tous les huit jours pour parler de sexualité, condamné pour abus sexuels sur ses patientes... radié du conseil de l'ordre.... mais qui a continué ses "pratiques"... jusqu'à ce qu'on le foute en taule !
Lorsque j'arrive dans ce lieu intime, c'est une densité de présence dépourvue de dimension émotionnelle. Je pourrais dire c'est un ressenti sans sensation, sans réelle perception. Les mots sont difficiles à trouver et semblent contradictoires.
C'est à la fois une densité dans le corps et un creux . Je dis bien un creux ; pas un vide. S'il me fallait une comparaison je dirais c'est comme une roche plate, d'une certaine épaisseur dense, creusée en son centre. Et en même temps lorsque j'écris cela je sens combien c'est réducteur de la réalité que je tente de décrire...
Car finalement cette densité de présence n'est pas de l'ordre du descriptif. C'est de l'ordre d'un "état d'être".
Hormis un environnement calme je n'ai besoin de rien d'autre pour m'y rendre et je peux y demeurer ensuite au milieu du bruit, ou de la foule. Je suis parfois en ce lieu lorsque je lis sur mon écran et tape sur mon clavier.
Lorsque je recevais des personnes, et que j'arrivais à descendre en ce lieu là, j'avais parfois la sensation qu'il m'était donné de percevoir l'autre avec une acuité dont je me croyais incapable ; dont j'étais d'ailleurs réellement incapable sauf justement à arriver à cette sorte "d'état-autre", mais qui a réalité n'a rien de très extraordinaire. Et pourtant si...
C'est dans ces moment-là que probablement mon aide était la plus efficace. Il m'arrivait de ressentir une gêne comme si je déshabillais la personne contre son gré, comme si je voyais à travers elle par transparence. Souvent je remarquais que la personne était troublée, notamment lorsqu'elle me racontait des choses sans intérêt, comme pour meubler la conversation, comme pour ne pas aborder l'essentiel qui la conduisait jusque dans ce bureau. Je crois pouvoir dire que je ne décidais pas délibérément de ma manière d'être, mais j'étais comme sur une pente qui emporte et conduit à être ainsi, et cela avait pour conséquence de faire avancer vers une mise en vérité, à la fois malgré la personne et malgré moi. Comme si quelque part la Vérité, en tant que telle, était amenée à surgir d'elle-même, par sa propre force, par sa propre puissance transformante. J'oserais presque dire que la Vérité avait sa vie indépendante et que la mise en conditions générée par mon comportement (c'est-à-dire cette forme de descente en moi-même) et l'impact que cela avait sur l'autre personne aidée, créait une sorte d'alchimie d'où surgissait la parole vraie. Celle qui libère, désentrave, délie. Celle qui est salvatrice de soi-même.
En tentant de décrire avec précision ma manière d'être dans ma pratique professionnelle (chose que je n'avais pas réellement fait jusqu'à présent), je ne pouvais m'empêcher d'évoquer et de voir en souvenir mon maître à penser.
J'ai souvent été frappé de l'acuité de son regard lorsque je lui parlais de ce que je vivais et ressentais au plus intime de ma personne. D'ailleurs je ne le supportais pas longuement ce regard-là. Je m'exprimais en regardant le sol. J'apprenais les détails des lames de son parquet !
Il avait l'acuité d'un regard presque transperçant, mais le reste de son visage était d'une grande douceur et il esquissait souvent une sorte de sourire de tendresse dans lequel je voyais parfois de la complicité.
Je crois qu'il m'aimait profondément. Ce n'est pas sans émotion que j'écris ces mots-là. Il n'était jamais démonstratif mais bien des choses passaient par ce visage et par les mouvements de ses mains. J'avais appris à décoder, et je m'en amusais parfois, certains mouvements de ses doigts en fonction de ce que je disais. Lorsqu'il était question de vérité ou d'authenticité, souvent sa main s'ouvrait comme s'il allait laisser quelque chose s'échapper d'elle.
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l'appel des profondeurs
Qu'est ce que je cherche finalement depuis toujours ?
Quel est donc ce fonds d'insatisfaction profonde, cette soif jamais étanchée.
Ce n'est pas de l'ordre du comblement des blessures, ce n'est pas de l'ordre de la recherche de compensations pour vivre moins mal, ce n'est pas la recherche effrénée de reconnaissance et d'amour.
C'est d'un autre ordre.
Les compensations, je sais ce que c'est. J'en connais les signes. Je connais aussi les amertumes que génèrent ces puits sans fonds, ces tyrannies qui n'apportent que de nouveaux besoins d'un toujours plus fort.
Je connais les effets dévastateurs et destructeurs de la personnalité que représente la course effrénée aux plaisirs et à la consommation permanente de tout.
Je connais tout cela pour moi, je l'ai vu chez d'autres.
Ce n'est pas une insatisfaction profonde que cela génère, c'est une fébrilité et une angoisse non regardable qui envahit, pour ne pas la laisser prendre trop d'ampleur on se met à courir encore et encore vers d'autres compensations, plus fortes, plus néfastes. C'est ce que j'appelle "la spirale dynamique du drogué".
Dynamique de mort bien évidemment...
Ce que je cherche en réalité c'est Lui. Cet Autre, ce Mystérieux, cet Inconnu. Celui que je cherche et repousse à la fois. Celui que je désirerais intensément rejoindre et en même temps je fais tellement d'efforts pour m'en éloigner. Pour le tenir à distance.
Me ferait-il peur ?
Ce n'est pas de lui dont j'ai le plus peur, mais de moi-même. Cette éternelle peur de la désillusion annoncée, incontournable, inévitable. Et là, manifestement, je retrouve une blessure d'enfance. Je n’en suis que partiellement guéri même si je l'ai longuement extirpée en thérapie en sorte qu’elle ne génère plus de souffrances fortes ; mais il en demeure des séquelles. Comme une vilaine cicatrice.
Le corps, le psychisme, le système nerveux garde encore trace de cela, quand bien même le danger n'existe plus.
Alors, lorsque j'effectue cette descente en moi-même en ce « lieu » intérieur qui m'est devenu familier, ce lieu de paix profonde, de bien-être apaisant, ce lieu de présence à moi-même, autant qu'au mystère de ma personne, demeure cependant un endroit où je ne vis pas l'abandon total et confiant à cette réalité.
Si je comparais cette intériorité à une demeure, je dirais qu'il y existe une pièce que non seulement je n'occupe pas, mais dont je garde la porte fermée, alors que je sais qu'il me faudrait l'ouvrir, car, là, se tient silencieusement Celui que je veux ignorer, mais qui cependant manifeste parfois sa présence.
Alors, lorsque je remonte en surface de cette plongée en apnée, je retrouve une forme d'aigreur de moi. Et pour qu'elle ne tourne pas à l'ulcère d'estomac, je me débats comme un beau diable !
Hier, quelqu'un me disait par écrit deux choses que je retiens principalement.
La première et que je me montre très vulnérable en livrant l'intime de moi comme je l'ai fait ces derniers jours.
La deuxième remarque faite par cette personne, et qu'elle se sent rejointe dans l'expérience que je nomme alors qu'elle a « perdu la foi ».
> Concernant la vulnérabilité, j'ai conscience du risque encouru. En même temps je vis une forme de confiance dans mon lectorat. Lorsqu'une personne partage quelque chose qui lui est fondamental au niveau du plus intime de sa personne, ou lorsqu'elle laisse voir une grande souffrance, cela généralement force le respect. Ce n'est cependant pas toujours le cas bien évidemment. Si le net est une jungle, peut-être que mon lectorat est quelque peu civilisé... C'est ce que j'espère, c'est le pari que je fais.
Par ailleurs, l'affirmation de soi comporte en elle-même la vulnérabilité. C'est du moins ce qu'il me semble. En outre, je n'ai montré que certains reflets d'une réalité qui est mienne. Je sais où se situe ma frontière par rapport à ce dont je ne parlerai pas.
La personne disait également que je risquais de passer pour un illuminé. Cela m'a fait sourire, car je n'ai rien d'un illuminé.... Cependant, au-delà de ce côté anecdotique, je ne sais exactement ce qui était induit comme craintes pour moi dans ces propos-là ; peu importe. Cependant je pensais à cette « tyrannie de la normalité » dans laquelle on tente sans cesse de nous enfermer. Plus on parle de tolérance, plus c'est le signe que l'intolérance gagne du terrain. Plus on nous assène à coups de matraque "le droit à la différence", plus c'est le signe que l'uniformité cherche à s'imposer.
La pensée dominante diffuse la superficialité consommatrice. Il ne faut pas se poser de questions existentielles, il faut se précipiter sur les soldes. La bonne affaire, c'est la réduction à la caisse, pas la recherche du bonheur d'être comblé par le dedans de soi-même.
> Sur la deuxième remarque concernant la "perte de la foi" (un peu comme on perdrait son portefeuille...), je reste interrogatif. Je me doutais que certains en lisant mes propos, penseraient que je fais allusion à Dieu. On a si vite fait de toujours le ramener celui-là... Nos imprégnations culturelles, ce que l'on a pu nous inculquer dès la plus petite enfance, qu'on le veuille ou non, resurgit immanquablement dès lors qu'il est question d'une expérience intérieure tenant aux profondeurs du mystère de notre humanité.
Je n'insisterai pas ici sur les dégâts que les religions monothéistes et dominatrices ont fait et continuent de faire sur toute la planète au nom de leur divinité unique. On en a des exemples quotidiens aux informations...
Une personne qui fut importante dans ma vie, m’avait appelé : "l'athée mystique", je dois dire que l'expression me convenait assez bien.
Ce que je veux dire c'est qu'en ce domaine, il faut se garder des spéculations de l'intellect, toujours prompt à tout expliquer par du déjà connu, c'est-à-dire à remplir sa fonction de "rassurance", en trouvant les raisonnements adéquats pour se raccrocher aux branches.
Or, le rôle de l'intellect, de l'intelligence, est de se mettre en état d'observation de la réalité ressentie. C'est d'une certaine manière une démarche scientifique, qui ne part pas de préétabli, qui ne sait pas d'avance ce qui sera découvert, qui ne nomme pas des choses avant d'avoir la certitude de leur réel. Qui ne ramène pas un dieu et des divinités improbables à toutes les sauces, quand il n'est pas fait appel à des explications tout aussi farfelues qu'ésotériques, dont la fonction principale est justement de jouer les illuminés et les initiés, manière comme une autre de se faire valoir et d'exhiber son nombril, si possible moyennant finances...
Finalement, c'est sans doute cela le danger. Que d'autres s'emparent de votre expérience telle qu'elle est, telle que vous la balbutiez avec de pauvres mots qui ne disent pas le quart de la réalité ressentie.
Qu'ils s'emparent de cette intimité pour la dépecer, la spéculer, la disserter, la contre-argumenter, s'en emparer pour se faire valoir et se valoriser aux yeux des charognards toujours prêts à souiller les cœurs purs.
Incidente – parenthèse.
Le psy et le « maitre à penser »
Le maitre à penser et le psy sont deux personnages distincts. L’un ne peut être l’autre et vice-versa. C'est pour moi de l'ordre de l'impossible et du non-souhaitable. Il s'agit de deux fonctions absolument distinctes. Un psy est quelqu'un qui accompagne une démarche de reconstruction de soi, longue et laborieuse. Un maître à penser je le définis comme une personne qui aide à faire surgir le sens de son existence, parce qu'il a lui-même parcouru son propre chemin en ce domaine, et que d'une certaine manière il ouvre une voie dans laquelle on a le désir profond de s'engager soi-même, à sa suite d'abord, sur sa propre route ensuite.
Pour ma part, au regard de ces deux démarches, l'une suppose l'autre et l'autre suppose l'une. Mais pas avec les mêmes personnes.
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- Le rapport au temps -
- La confiance et la liberté -
J'étais réveillé un peu avant 8 heures, j'avais l'intention de me lever, puis je me suis rendormi. À 10 heures je me sentais encore lourd et fatigué en me levant. Je peste intérieurement d'une matinée quasiment fichue. Dormir, se reposer, se régénérer, tout cela est pourtant important, mais j'ai une sensation de perte de temps. Comme si celui-ci m'était compté désormais. En réalité il m'est compté depuis le jour de ma naissance, mais lorsque l'on a encore du temps et du temps devant soi, on croit pouvoir se permettre de le gaspiller.
Ce n'est plus mon cas, j'ai bien plus d'années derrière moi que devant.
En même temps, je me rends compte qu'il me faut de plus en plus habiter le moment qui passe tel qu'il se présente. Ainsi, à l'instant même je suis complètement présent à ce que je fais, à toute ma personne. Je suis dans l'instant. Là, dans cette double attention, à la fois à ce qui se passe au fond de moi, et à la fois à l'environnement, cette notion d'urgence disparaît. Elle n'est plus source d'agacement, de fébrilité.
La fébrilité naît de la croyance que l'on peut tout dominer, maîtriser, gérer, réglementer. C'est le contraire de l'abandon confiant. Et pourtant, dans bien des domaines, je suis bien dans la nécessité de laisser les choses se faire. Ne pas résister, mais seulement accompagner ce qui se présente. Parfois j'y arrive. Parfois non.
Lorsque je dis "abandon", il ne s'agit pas que je m'en remette à un autre ou à une quelconque fatalité et encore moins une divinité ; il s'agit d'un abandon confiant à ma propre réalité intérieure en ce qu'elle a de plus essentiel. Autrement dit il s'agit d'une forme de soumission choisie, de consentement à ce qui demeure dans ce tréfonds de ma personne humaine, de mon humanité essentielle, au-delà des perturbations de surface et des souffrances de la sensibilité.
La fidélité à soi suppose une docilité.
Cet abandon confiant fait naître à une forme nouvelle liberté, pour ne pas dire de libération. Ce n'est plus la conquête d'une liberté ou d'une identité par transgression, comme c'est le cas de l'adolescent (je connais des adolescents de cinquante ans...), c'est comme un lent basculement à l'intérieur de soi-même.
Cela comporte quelque chose de rigoureux, que j'ai trop souvent du mal à suivre, car en contrepartie il me faut renoncer à la capacité et l'aptitude (dont je dispose toutefois) à faire tout et n'importe quoi au gré de mes désirs et de mes fantaisies.
J'ai longtemps résisté à cette vérité et cette sagesse. Et je résiste encore et toujours dans bien des situations de ma vie, notamment depuis que je n'ai plus de contraintes externes, depuis que je ne me travaille plus.
C'est curieux de parler de l'exercice d'une liberté par soumission consentie... Et pourtant c'est bien de cela dont il s'agit.
J'ai beaucoup observé mes propres comportements et ceux des personnes que j'ai tenté d'aider, au regard de la manière dont s'exerce la liberté personnelle. Les personnes qui posent des actes qu'elles qualifient de "libres", alors qu'il s'agit d'un acte réactif, ou contre-dépendant, ou en contradiction avec certaines convictions (pour soi-disant s'en libérer), etc. , utilisent très souvent le mécanisme de justification, de l'explicitation qui n'en finit jamais, de la construction intellectuelle d'édifices bancales, pour rechercher l'approbation des autres face à cet (ces) acte(s). Toute contestation de l'acte posé leur est invivable et génère une rupture relationnelle, ou dans le meilleur des cas une prise de distance avec celui ou celle qui a identifié l'incohérence de l'acte posé en terme de développement de soi harmonieux.
J'ai vécu cela douloureusement avec un ami, qui tentait d'exiger de moi un approbation au regard d'un acte qu'il avait fait. Or cela m'était impossible. Autant je pouvais le comprendre lui, l'accueillir et respecter sa personne ; autant il m'était impossible d'approuver ce qu'il avait fait. Je crois pouvoir dire que je ne l'ai pas jugé (au sens du rejet et de la condamnation) et qu'il est demeuré mon ami. Mais lui n'a pas supporté ce qu'il considérait comme une trahison de l'amitié, confondant amitié et complicité en tout. Qui avait tort, qui avait raison, je ne sais pas. Mais nul ne peut exiger de moi que je me trahisse en approuvant ce qui ne peut pas l'être à mes yeux.
À l'inverse, l'acte libre, posé en référence à l'essentiel de soi, recueilli dans cette zone profonde de la personnalité, là où est le trésor personnel et le secret de l'identité, n'a besoin ni d'une justification ni d'aucune reconnaissance externe. Il peut même être contesté sans que l'on en soit ébranlé. La contestation ne génère pas forcément une remise en cause. Mais cela n'est cependant pas « très tendance » (j'ai déjà abordé ce thème). Aujourd'hui nous vivons dans un monde où l'affirmation de fondamentaux est qualifiée d'étroitesse d'esprit ou d'intégrisme. Ce n'est pas qu'il n'existe pas d'intégrismes, c'est que cette contestation des bases sociétales et des fondations de la personne humaine, quasi systématique, relève elle-même d'un intégrisme...
L'affirmation de soi, ce n'est pas crier plus fort que l'autre ou taper du poing sur la table. Une personne « forte » n'est pas celle qui réalise des exploits. L'affirmation de soi relève plus d'une dignité, d'une capacité à ne pas se renier tout en sachant s'adapter, d'une aptitude à ne pas s'aliéner à autrui, mais d'une ouverture à l'altérité.
Elle est souvent frustrante et demande pas mal d'énergie que je ne suis pas toujours capable de mettre en œuvre. Il est souvent plus facile de capituler, se taire, de se retirer du débat, de jeter l'éponge, de traiter les autres de cons.
De ce point de vue, la société est sans doute devenue plus difficile à vivre. J'aime assez le titre du livre (dont j'ai oublié l'auteur) : « la fatigue d'être soi ». Il était sans doute plus facile de commander et d'être obéi ; ou à l'inverse d'obéir servilement à l'autorité, quitte à la contester par devers soi ou à se révolter. Se maintenir dans un système d'aliénation et de rapports dominant/dominé évite les questionnements fondamentaux et les prises de conscience dérangeantes.
Finalement, rien de pire que d'élever son niveau de conscience... ! Il va falloir apprendre à se gouverner soi-même, cela génère plus de responsabilité personnelle et conduit à trouver sa force de caractère. On veut des "managers charismatiques" et non plus des lieutenants de police aboyeurs d'ordres. Le chef est contesté, son statut de chef, son uniforme, son costume trois-pièces ne suffisent plus à lui conférer une autorité. Il doit convaincre, recueillir la libre adhésion au projet, et manager une équipe. Ses instructions seront exécutées si elles recueillent l'adhésion du subalterne, qui d'ailleurs est devenu un « collaborateur ». Je parle ici des personnes qui exercent un certain niveau de responsabilité. Bien entendu, dans un certain nombre d'entreprises "l'autre culture" demeure, quand elle ne redevient pas à la mode comme par exemple chez le constructeur automobile de ma région, où il faut obéir, Point/barre ; être performant et améliorer sans cesse sa productivité personnelle. Cela marche parfaitement. Tout le monde veut entrer chez eux. Il y a en effet dans l'être humain cette dimension servile, cette propension à s'aliéner en râlant, ce besoin de rapports hiérarchiques stricts et clairs : "je commande, il exécute" comme disait Chirac, espérant ainsi mépriser Sarko. Il demeure toujours dans un adulte un petit garçon qui a envie du rapport : obéir/désobéir, tant finalement c'est jouissif quelque part !
S'affirmer et exercer pleinement sa liberté humaine demeure constamment un défi à relever.
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la vie, l'amour, la mort.
Premier coup de téléphone ce matin : l'annonce d'une naissance attendue. Le père exalté, tout heureux.
Deuxième coup de téléphone : l'annonce d'un décès, d'une mort attendue. La sœur attristée, douloureuse, quand bien même chacun savait le cancer en phase terminale.
Les deux événements, c'était ce matin aux aurores. À la même heure l'un naissait l'autre mourait. Il faut se réjouir avec l'un, compatir avec l'autre.
L'un, issu d'une histoire d'amour, commence son trajet. L'autre (une femme veuve) termine sa vie jalonnée d'amour.
Ainsi se déroule l'humanité. L'amour est le liant de tout cela. Il comporte en lui la capacité de ressentir : la joie de la naissance, la douleur de la perte. Si nous étions seulement des animaux qui se reproduisent nous n'aurions pas l'ensemble de ces ressentis.
Au téléphone nous évoquons d'autres personnes « qui se préparent à mourir ». Ce qui revient dans l'échange, c'est le retour sur sa vie. Je réalise de plus en plus combien il faut réussir sa vie pour réussir sa mort. (Si l'on peut parler de réussite à propos de la mort). Sans doute la mort apparaît-elle alors comme un achèvement plus qu'une fin prématurée. Plus on est profondément amoureux de la vie, plus on l'a accomplie dans le sens de son destin, plus on est probablement prêt à accepter l'échéance de la mort. C'est ce que je ressens. Bien entendu je ne suis pas au bord de la mort (enfin j'espère !), mais je ne la crains pas pour moi-même. C'est que j'ai le sentiment profond que ma vie est globalement réussie jusqu'à présent.
Beaucoup de gens ont des regrets de ne pas avoir fait ceci ou cela, de la culpabilité d'avoir raté de telle ou telle chose, de la peur d'être châtié dans je ne sais trop quel « au-delà », par un dieu vengeur. Je ne suis pas du tout dans ce registre de sentiments. Je ne crois ni à une récompense ni à un châtiment après la mort. Cela me semble d'un parfait ridicule. C'est complètement primaire et infantile. Ceux qui ont inventé cela n'avaient que pour objectif la domination des autres par intimidation, comme le fait un père vis-à-vis de son enfant : « si tu n'es pas sage tu auras une fessée ; si tu es gentil tu auras un bonbon ». C'est exactement le même raisonnement que font les religions : « si tu fais le bien tu vas au paradis ; si tu fais le mal tu vas en enfer ». Le pire, c'est que les gens y croient !... Même ceux qui se disent non-croyants ou ayant "perdu la foi", ont cette crainte au fond d'eux, mais ne l'avouent à personne. Il y a toujours une sorte de : « on ne sait jamais... ». Et il y a toujours dans l'entourage quelqu'un pour entretenir cette infantilisation.
J'ai rencontré des gens, qui ayant quelque chose à se reprocher (à tort ou à raison), ce sont détournés de la foi qu'ils confessaient (à tort ou à raison) uniquement pour se démarquer de cette peur du châtiment suprême. Comme une lamentable fuite ! Exactement comme un enfant va se cacher au fond du jardin, parce qu'il a peur de se faire gronder par papa et/ou maman.
Cela s'appelle jeter le bébé avec l'eau du bain.
C'est totalement méconnaître ce que peut-être cette relation intrapsychique avec un "Autre" : Que l'on pense qu'il soit un véritable « autre », ressenti à l'intérieur de soi-même ; ou que l'on considère que cet « autre » n'est qu'une forme inconnue ou peu connue du « soi » en ses multiples facettes ; il est quand même bien plus intéressant d'aller observer de ce côté-là, plutôt que de vivre dans cette peur infantile d'un châtiment suprême, ou dans l'exaltation d'une merveilleuse récompense de pouvoir contempler éternellement, béatement et en transe permanente, un improbable dieu (cela doit finir dans un ennui mortel, mais hélas éternel !...).
Je choisis la foi en moi. (prétentieux que je suis !)
Pour ce qui est de la foi en dieu : il faut être dieu....
Un seul, à ma connaissance, a dit, sérieusement et par conviction personnelle, qu'il réalisait en lui LES DEUX (homme et dieu) : il s'appelait Jésus.
Sommet de l'Humanité ? ou doux rêve de cinglé ?
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Mensonge et vérité, une même médaille.
Pour ma part, il me semble que le mensonge et la vérité forment un couple indissociable. Un couple appelé à se vivre en liberté. Je revendique le droit au mensonge, je revendique le droit à la vérité. Le mensonge n'est pas une horreur absolue, la vérité n'est pas une vertu suprême. Vérité et mensonge ont, l'un comme l'autre, la capacité de générer des catastrophes relationnelles ou d'assainir des situations difficiles.
« Toute vérité n'est pas bonne dire » dit l'adage, j'en suis intimement convaincu. Il est des vérités que l'autre n'est pas prêt à entendre et, sous prétexte de se soulager soi-même, on va lui balancer à la figure des faits, des événements qui seront pour lui de l'ordre de l'insupportable.
Je ne puis oublier cet homme qui annonça à sa femme fortement dépressive qu'il la trompait depuis longtemps. Celle-ci se suicida le lendemain. Pas facile ensuite de vivre que l'on a été facteur déclenchant de la mort de son conjoint, quand bien même, soi-disant, on ne l'aimait plus.
Je pense à cette femme tétraplégique à la suite d'un accident, que j'ai côtoyée pendant plusieurs mois dans un centre de rééducation. C'est déjà une lourde épreuve que d'entrer progressivement dans l'acceptation que l'on sera désormais dépendant pour tous les actes de sa vie, ne pouvant plus bouger que la tête. C'en est une supplémentaire lorsque le mari vient annoncer qu'il a une maîtresse depuis pas mal de temps, et qu'il acceptera de reprendre sa femme totalement dépendante "chez eux", qu'à condition que la maîtresse puisse venir vivre sous leur toit. Voilà donc un couple mit devant sa vérité totale. On sait que des épreuves, pour terribles qu'elles soient, font parfois surgir une force et des énergies insoupçonnées. C'est ce qui se passa pour cette femme. Elle fit connaître à qui voulait l'entendre, c'est-à-dire à tout le monde... sa situation et le positionnement de son (ex ?) mari. Elle suscita autour d'elle non seulement un élan de sympathie, mais encore une forte mobilisation pour lui permettre, lorsque l'heure viendrait, de vivre ailleurs et échapper à l'infernal d'un inconcevable ménage à trois. Ayant été témoin de tout cela, j'ai pu voir à quel point cette femme était d'une incroyable force intérieure dans un corps mort. Je ne sais cependant ce qu’elle est devenue… Peut-être aussi avait-elle fini par « jeter l'éponge »... Peut-être le couple a « ressurgit » autrement…
La vérité est parfois un feu brûlant. Il peut être salvateur et pacificateur. Il peut être destructeur. Dans l'ordre de la morale (éventuellement religieuse), la vérité est considérée comme meilleure et supérieure au mensonge, et de loin... Ce n'est pas tout à fait faux pour autant que l'on n'en fait par un principe absolu.
Il y a aussi cet accommodements du non-dit. Chacun sait que l'on vit sur une dissimulation. Il y a toujours ce : « je préfère ne pas savoir ». C'est valable dans le domaine relationnel des couples, c'est aussi dans le domaine de la santé où l'on peut vivre dans le déni et mal se soigner. Au nom de quels principes cela serait-il répréhensible ? Au nom de quoi le choix de la non vérité serait-il forcément le mauvais choix ?
Ce qui guide me semble-t-il, c'est le choix que l'on fait en conscience. Et surtout est-ce que ce choix (vérité ou mensonge) me laisse en paix avec moi-même. Je ne dis pas que ce choix me "soulage d'un problème", je dis est-ce qu'il me laisse en paix profonde avec moi-même.
C'est difficile, car parfois la non vérité relève d'un accommodement avec soi-même, d'une négociation plus ou moins frelatée avec sa conscience à laquelle on dit : « tais-toi donc ! ». Le signe que l'on se trouve dans cette situation est souvent notre besoin de nous justifier sans cesse, face à soi-même et face aux autres que l'on a raison de se taire, de dissimuler, de ne pas être capable d'affronter le risque libérateur de la vérité. On est capable d'aligner mille et une raison rationnelle, on recherche l'assentiment de l'autre comme un allié que l'on va pouvoir présenter à sa propre conscience en lui disant : tu vois bien que j'ai raison !
Il me semble que lorsque l'on se retrouve dans cet état intérieur, c'est que, quelque part en nous, la vérité cherche à triompher parce qu'elle va apporter un mieux, un plus vivre. Seulement, on vit ce sentiment que l'on ne sera pas capable de supporter les conséquences, les remises en cause, les bouleversements, voire les ruptures. Alors on reste dans le statu quo, parfois pour longtemps, parfois pour toujours. À ces gens-là, j'aurais tendance à dire : vous vous êtes fourvoyés dans un incessant chemin de fuite. Soit vous vous fuyez vous-même, loin de vous, loin de votre propre personnalité (mais finalement c'est impossible...notre conscience réside en nous 24H/24 !) ; soit vous fuyez l'affrontement à la réalité et à la vérité des faits tels qu'ils sont, que vous en soyez l'auteur en tout ou partie, ou que vous soyez la victime innocente et/ou inconsciente. (Et finalement vous vivez dans un éternel inconfort, source parfois de malheur, de déchirures profondes, autour de soi. Je pense ici en particulier aux fameux "secrets de famille", dont on a connaissance ou dont on est parfois l'un des acteurs, l'un des auteurs de son origine. Leur non dévoilement suscitant le plus souvent des déstructurations plus ou moins profondes du psychisme).
Autrement dit, cette question de vérité et de mensonge est loin de pouvoir se régler par des considérations simplistes, moralisatrices ou au contraire anarchiques. Je ne crois pas non plus au principe : "à chacun sa vérité", sauf si l'on parle ici de la seule vérité subjective, c'est-à-dire la mienne, celle que je crois vraie.
Notre réel et le plus souvent un doux mélange de vérités et de mensonges entremêlés, dans lesquels nous tentons de nager entre deux eaux sans trop nous noyer...
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Le besoin de reconnaissance.
À la suite d'un courrier que j'ai reçu, je réagis sur ce thème du besoin de reconnaissance.
J'ai le sentiment qu'il est souvent vécu comme une « faiblesse ». Un adulte devrait pouvoir s'en passer. Ce serait quasiment infantile lorsqu'il se manifeste en nous.
Je ne partage pas ce point de vue. Tout du moins je ne le partage que partiellement.
Il y a dans l'homme, - dans l'ordre du relationnel, - deux dynamiques fondamentales, la plupart du temps exprimées sous forme de besoins : le besoin d'aimer et le besoin d'être aimé.
Ces deux besoins sont vitaux à l'être humain pour exister, aussi vitaux que la nécessité de boire et de respirer pour vivre.
Pour l'enfant, le besoin d'être aimé est massif. La satisfaction en est essentiellement attendue par la mère. Il est indispensable que la mère aime son enfant d'une manière ajustée, sinon on se prépare à bien des déboires plus tard... Je n'insiste pas, il y a sur ce point des kilomètres de rayonnages de bibliothèques ! Et puis, la vie le démontre tous les jours...
Chez l'adulte, ce besoin doit prendre sa juste place, mais il ne disparaît pas. Ce serait une erreur de le penser. Ce besoin vital se manifeste beaucoup dans la nécessité de la reconnaissance par les autres. Aujourd'hui, on parle beaucoup de "l'estime de soi". C'est une bonne chose. Mais le danger serait de croire que l'estime de soi se trouve uniquement par soi-même, et qu'il faudrait exclusivement la rechercher à l'intérieur de soi, par une démarche introspective.
L'estime de soi se construit aussi, même adulte, sous le regard de l'autre. Si personne ne manifeste de la reconnaissance pour ce que j'entreprends, alors à quoi cela sert-il ? Certes, je pourrais dire que je m'en fous, mais le ton plus ou moins aigri avec lequel je vais le dire démontrera qu'il n'en est rien et qu'au contraire je souffre de ne pas avoir cette reconnaissance.
Le problème avec ce besoin de reconnaissance, c'est que, si je ne suis pas suffisamment solide en moi-même, je vais le rechercher « à tout prix », c'est-à-dire que je vais m'aliéner à mon besoin et être prêt à tout pour être reconnu par l'autre ; à en passer par ses quatre volontés (pourvu qu'il soit quelque peu "dominant"), afin d'être reconnu et aimé de lui (enfin c'est ce que je crois... Car l'amour jamais ne s'achète. L'amour se donne, nous n'avons pas en payer le prix...).
L'estime de soi, qui donne l'équilibre personnel, et comme une sorte de balance à fléau. Il y a un plateau intérieur sur lequel repose le poids de notre personnalité profonde, de notre solidité personnelle ; il y a un plateau extérieur sur lequel repose le poids de reconnaissance légitime que nous apporte les autres, en particulier ceux qui nous aiment vraiment, qui nous reflètent notre potentiel, qui nous encouragent avec affection et lucidité, qui nous soutiennent dans les épreuves, etc.
Le déséquilibre, générateur d'aliénation, vient le plus souvent du fait que le plateau intérieur comporte un faible poids... Il est creux de nos manques, de nos carences affectives d'enfance, il est percé de nos blessures et par les trous creusés s'échappent ce si peu d'estime que nous avions en nous. Alors, tous les encouragements, tout l'amour d'un autre, toutes les manifestations d'affection vraie, toute l'eau vive que l'on désirerait apporter à l'autre, (et que l'autre crève de recevoir sans cesse), tombent dans ce creux percé de trous et tout s'échappe dans les sables du désespoir personnel.
C'est pour cela qu'il faudra un « travail sur soi » réalisé avec l'aide de personnes compétentes qui ont parcouru ce chemin pour elles-mêmes et qui vont nous aider à « boucher les trous », afin que nous devenions par nous-mêmes capables de rétablir l'équilibre des deux plateaux dont je parlais ci-dessus.
Mais, je le répète, cela n'enlève pas la dynamique nécessaire de la reconnaissance légitime qui est une composante fondamentale de notre personnalité en tant qu'être social, c'est-à-dire qui a besoin des autres pour ÊTRE.
Je me retrouve alors face à ma responsabilité d'humain désirant une société plus humaine. À ma responsabilité dans le « grandissement » de l'autre. Quelle reconnaissance juste je lui apporte ? Quel regard affectueux je pose sur lui ? Quelle parole prononcée sera pour l'aider au lieu de l'enfoncer. Combien de fois ne m'en suis-je pas sorti avec cette formule à l'emporte-pièce : « c'est ton problème ! » Alors qu'en réalité c'était à tout le moins « le nôtre ».
Certes, lorsque j'étais en situation « d'aidant labélisé » j'avais conscience de la sphère d'influence sur l'autre, j'avais conscience que mes paroles pouvaient favoriser la vie ou au contraire l'étouffer. Mais dans la vie quotidienne, dans l'ordinaire relationnel, je vis parfois un grand relâchement en ce domaine.
Car j'ai moi aussi, encore et toujours, mes zones sombres, mes agressivité, mon besoin d'en découdre, ma propension aux combats sanglants, mon besoin de me venger d'une enfance dévastée. Certes, j'ai fait d'énormes progrès, j'ai pacifié en moi des zones guerrières, j'ai supprimé des zones de non-droit où ma conscience n'avait pas accès. Mais c'est un chemin sans cesse à baliser, celui qui mène à tenter de devenir ce que j'aime appeler : « une bonne personne », avec à l'oreille cet accent de bonté qu'avait l'une de mes tantes lorsqu'elle employait cette expression.
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Bienveillance
Ma compagne est en plein coaching téléphonique avec un de ses clients. En passant, je capte quelques brides, j'entends la voix de ma compagne, un peu comme une musique. Alors je perçois la mélodie de sa bienveillance. Elle parle calmement, avec de la chaleur humaine dans la voix, elle choisit ses mots pour qu'ils soient justes et précis, sans jugement et sans condamnation.
Ce n'est pas sa méthode ce coach qui m'intéresse ici, mais cette mélodie de la bienveillance qui caractérise ma compagne. Je la connais assez bien dans cette manière d'être et de faire. Elle a cette capacité à vivre une neutralité bienveillante, finalement très décapante.
La bienveillance est souvent confondue avec une forme d'excuse ("ce n'est pas bien grave ce que vous avez fait" ; alors que c'est plutôt grave au contraire) qui minimise donc les faits et qui rend quasiment inopérante toute forme d'aide et de tentative de résolution du problème. À l'inverse, il y a les adeptes de la dramatisation (« Mon Dieu mais quelle horreur ! ») qui adorent paniquer encore plus ceux qui sont dans la panade.
Ma compagne à une sorte de don qui permet à l'autre de se mettre progressivement face à sa "réalité vraie", afin qu'il puisse assumer pleinement sa responsabilité, et donc trouver des forces en lui pour faire sa part "réparatrice". Elle ne se situe jamais dans ce que j'appelle « le mensonge consolateur » aux effets si pervers...
C'est pour cela que sa bienveillance est très décapante. Certains pensent qu'auprès d'elle ils vont trouver une personne "gentille" (d'autant qu'elle a un naturel très souriant), qui va tout comprendre et tout excuser, d'autant qu'elle n'est pas mêlée à la situation dont il s'agit. Le client est souvent prêt à s'offrir (il paye!) un "mensonge consolateur". Et ils sont légion les soi-disant "aidants" (thérapeutes, coachs, mémés gentilles, et j'en passe...) qui offrent cela... C'est si facile...
Qui plus est, notre monde est devenu tellement relativiste, que tout doit pouvoir être excusé (« il faut le/la comprendre le pauvre homme/la pauvre femme ! Elle/il a fait comme il/elle a pu ! »...). Mais comme quand même, tout n'est pas tolérable, alors, parfois, on prend le contre-pied pour éliminer définitivement ce salaud/cette salope qui a commis des horreurs !
Prendre ce chemin difficile de la bienveillance, qui n'excuse rien mais met la personne devant toute sa réalité et face à tous ses actes, afin qu'elle-même décide de la manière dont elle entend agir pour revenir un comportement plus ajusté, pour éventuellement "réparer", c'est prendre un chemin escarpé qui au demeurant n'attire pas grand monde...
C'est pourtant ainsi que l'être humain retrouve (ou gagne enfin) sa véritable Dignité...
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essai de commentaire N° 2
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