Vie de couple & Relations
Textes de l'année 2007
Textes de l'année 2006
Textes de l'Année 2005
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Bord de mer
La délicatesse de l'amour
Secret, confiance et intimité
Sans toi ...
le temps de l'amour durable
je te connais comme si je t'avais fait
La maîtrise des sentiments
ANNEE 2006
La dynamique du couple
Séparation
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fin du sommaire
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ANNEE 2007
Bord de mer
Agréable week-end en bord de mer. Vent tempétueux pendant quelques heures qui donne la rage aux vagues lorsqu'elles viennent mordre les rochers. Puis, ciel tout bleu, retour au calme et relative douceur de l'air pour un mois de novembre toute la journée de dimanche. Nous avons pris les repas au restaurant, visité une ou deux galeries, mais surtout nous avons pris le temps de l'amour tendre, dans une relative solitude à deux car il n'y avait quasiment personne, ce qui donne ce sentiment fou de jeunesse que le monde nous appartient ! Je nous sentais comme de jeunes amoureux blottit l'un contre l'autre dans le vent fort qui soufflait à nos oreilles.
Beaucoup de couples parlent d'une usure relationnelle avec les années qui passent. Je n'ai jamais ressenti cela pour nous. Certes il y eut des crises, des affrontements, quelques périodes grises, mais à aucun moment je n'ai vraiment ressenti ce phénomène de l'usure. Est-ce que nous avons eu de la chance ? Je serais tenté de répondre pas plus, pas moins que les autres. Je crois que nous avons eu un parcours atypique qui a résulté de choix personnels et de choix de couples que nous avons posés volontairement et qui ont sans doute été comme la mise en oeuvre de cette sorte de pacte que nous avons conclu en nous mariant, selon lequel nous aurions une vie qui sortirait des chemins convenus et que nous risquerions nos vies (quelle grande expression !) dans une aventure singulière dont nous avons entrevu les prémisses très tôt dans notre vie à deux.
C'était très clair, autant pour elle que pour moi : nous ne reproduirions par un monde ancien dont nous avions décidé de nous dégager nettement. Ce n'était pas une folle espérance, ni un doux rêve, c'était une pierre de fondation de notre couple. Le seul mérite que nous avons eu, et peut-être la clé de réussite, fut que nous avons EFFECTIVEMENT mis en oeuvre ce pacte-là. Et ceci dès le début de notre vie commune. Je n'oublierai pas les actes de rupture posés avec nos parents respectifs et qui concernaient des habitudes, des traditions familiales fermement installées.
L'autre pierre de fondation était la décision de prendre soin de notre relation par le dialogue, par l'engagement dans un travail personnel sur soi, par la création d'une sorte de regroupement de couples qui désiraient "vivre autrement" (nous étions dans les années 70!). Puis par la création d'un groupe de quatre couples amis particulièrement unis et solides. Nous nous sommes réunis très régulièrement pendant plus de quinze ans chaque mois pour faire le point sur nos vies de couples et de familles, avec une pédagogie que nous avions mise au point ma compagne et moi. Nous avons partagé joies et épreuves (lourdes parfois) et je crois pouvoir dire que sans ce groupe fidèle et régulier, nous ne serions peut-être pas encore ensemble aujourd'hui, tant ce fut un soutien pour chacun. Aujourd'hui nous ne nous réunissons plus de manière formelle comme c'était le cas précédemment, mais nous entretenons des relations de couple à couple et nous nous retrouvons tous ensemble environ une fois l'an pour un repas de fête entre nous.
Lorsque je parle de « rupture », il ne s'agit pas d'affrontements avec les familles (même s'il a pu y en avoir...). Il s'agit de prendre sa distance effectivement et notamment de briser avec des rites et des habitudes quasiment mortifères et contre-productifs, que chacun d'ailleurs critique par derrière, sans oser s'affronter à une autre réalité mise en mouvement. C'est quand même extraordinaire de voir ces familles où chacun, pris en aparté, déclare qu'il s'emmerde grave à ce genre de réunions familiales, et qui cependant, par habitude ou crainte, perpétue au fil des ans la reproduction de ces repas-conneries... Allant même jusqu'à déclarer que ces traditions sont très importantes dans une famille ! (Chacun trouve son système justificatif comme il peut...). Lorsque je travaillais dans l'aide aux personnes, à partir de mi-novembre c'était le sujet récurrent... Le repas de familles de Noël ou du nouvel an !! J'appelais cela les "rendez-vous déprime du marché de Noël". Lorsque je tentais d'ouvrir la porte d'un autre chose possible pour les fêtes de fin d'année, je voyais à la fois une forme d'espérance vaine naître dans les yeux, en même temps que j'entendais l'intense soupir de découragement du « c'est pas possible "ils" ne comprendraient pas... ». Ah ! Cette terrible peur de bousculer un peu l'existant et de déplaire !! J'ai dû garder au fond d'un de mes tiroirs une carte postale de Norvège ou de Suède je ne sais plus, d'une femme qui avait enfreint le sacro-saint repas de familles et qui comportait ces seuls mots : "c'est merveilleux, je me sens libre enfin ! Merci !"
Bon !
Je n'avais pas l'intention de parler de tout cela... Je voulais juste dire que j'avais passé un délicieux week-end... !
La délicatesse de l'amour
Ces derniers temps, peut-être parce que ma deuxième fille se marie prochainement et qu'il y a dans l'air un certain parfum d'amour qui se répand, je me faisais plus attentif aux caractéristiques de l'amour véritable.
Pour ce faire, il me suffit d'observer ma compagne pour avoir devant les yeux un très bel exemple d'amour vrai. Je ne parle pas seulement de l'amour qu'elle me porte mais de la manière dont je la vois vivre cette qualité-là autour d'elle.
Ce qui est caractéristique chez elle, c'est une délicatesse de présence.
C'est une présence d'abord. J'ai toujours été frappé de cela, l'intensité avec laquelle elle se rend présente à l'autre. Comme un mouvement naturel chez elle. Plus que cela, comme la source de son bonheur vrai. Bien sûr, il y a parfois une limite, au sens qu'elle pourrait se faire exploiter et utiliser par ceux qui réclament toujours plus, sans donner grand-chose en retour.
Se rendre présent à l'autre, c'est plus encore que de l'attention ou de l'intérêt pour lui. Il y a un "plus" qui est "la présence". Lorsque l'on demande un service à quelqu'un, ou un conseil, on peut ressentir cette attention ou cet intérêt, mais on ne ressent pas forcément « la présence ». Ce n'est pas que la personne soit ailleurs, bien au contraire, mais elle est fixée sur le problème à résoudre ou le conseil à donner. Elle exerce une fonction ou rend un service mais elle n'est pas forcément « présente à l'autre ». Et c'est là toute la différence. Et elle est de taille !
Qu'avons-nous de différend avec l'animal livré à ses seuls instincts, si ce n'est notre faculté d'aimer. C'est-à-dire de transcender tout ce qui nous tire vers le bas, par un acte libérateur dont nous avons la capacité.
Sans vouloir affirmer les choses, parce qu'elles sont complexes, il me semble que l'amour passionnel et un amour frontalier, transitoire, et donc éphémère, entre la pulsion et l'attirance vers l'autre (le plus généralement de sexe opposé), irrépressible et le plus souvent sexuelle, mouvement spontané, plutôt prévu et organisé pour la reproduction de l'espèce et largement sponsorisée par le désir, qui est la promesse que survienne le plaisir des sens. Afin que cette pulsion n'aboutisse pas nécessairement à la perpétuation de l'espèce, l'homme, doté d'intelligence et de savoir-faire, s'est toujours arrangé pour trouver les moyens d'éviter la survenue d'une progéniture. Cela s'appelle les moyens contraceptifs.
Mais il faut un jour ou l'autre quitter ces zones frontalières pour rentrer dans l'amour profond, lequel, hélas, dans bien des esprits, apparaît comme moins bien, moins intéressant, moins fort, comme s'il était préférable de sans cesse voguer sur des mers tempétueuses, plutôt que sur des eaux apaisées qui permettent de voir la beauté des coraux.
Et cependant, l'amour profond qui s'inscrit dans la durée et source de bien plus grandes joies, d'une sexualité plus épanouie, moins compulsive, plus unifiante et sensuelle que combative, plus complice de partages, plus attentive à l'autre dont on a découvert l'intime de l'intime et qui a révélé ce qu'il aimait recevoir.
Évidemment, la tentation passionnelle demeure. On peut chercher à la retrouver au sein même du couple, ou ailleurs. Il s'agit d'épisodes par lesquels on peut passer. Ils provoqueront parfois des dégâts irréversibles. Ils seront aussi l'occasion d'un retour sur le couple pour l'engager dans une nouvelle étape mieux construite, plus lucide et à terme plus heureuse.
Secret, confiance et intimité.
Dans "le Monde" de ce jour, l'ancienne compagne d'Amory révèle que c'est lui qui a pris la photo de Mitterrand sur son lit de mort. Il n'avait pas su garder cela pour lui et lui avait confié cet acte qu'il faut bien qualifier de trahison vis-à-vis de la famille Mitterrand, puisqu'il avait aidé Danielle Mitterrand à écrire ses mémoires et avait partagé l'intimité de la famille. Mais, que ne ferait-on pas pour du fric !
Voilà donc sa compagne liée avec lui par un lourd secret, comme si l'intimité pouvant exister entre deux personnes qui s'aiment (où sont censées s'aimer) justifiait que l'on fasse porter à l'autre -- par amour sans doute ! -- la pesanteur de ses actes immoraux. C'est sûr, on a ainsi probablement soulagé sa conscience, en refilant à l'autre ce que l'on n'est pas capable d'assumer tout seul. Dès lors il faut que l'autre ait un amour intense pour être capable au nom de cet amour de garder lui-même de tels secrets, à moins que l'acte en question soit d'une telle gravité qu'il faille impérativement le dénoncer, comme d'ailleurs la loi en fait obligation dans un certain nombre de cas.
J'entendais dernièrement un couple qui s'apprêtait à se marier. La femme a déclaré que comme ils s'unissaient pour toute la vie, elle pourrait désormais lui confier tous ses secrets, sachant qu'il les garderait et qu'il ne les partagerait pas ensuite avec une autre. Je laisse à chacun le soin d'apprécier la valeur et l'intérêt de tels propos...
Généralement, la personne qui se retrouve ainsi liée par un tel fardeau, ne pourra le supporter qu'autant qu'elle sera dans un courant d'amour envers l'autre, ce courant représentant une force capable de porter le secret. Mais quoi qu'il en soit, devoir garder le secret d'une saloperie commise par l'autre et, en soi, un parasite rongeur qui fait son oeuvre en silence dans le psychisme. Parfois, on croit que le partage de ce secret est une forme d'acte d'amour et même une force qui pourrait solidifier le lien à l'autre : "Parce que je t'aime, je te dis tout, absolument tout de moi, parce que je te fais confiance et ainsi je te témoigne un amour intense". Quelle erreur ! Quel comportement infantile ! C'est un peu venir dire à l'autre : papa/maman pardonne à ton petit garçon/ta petite fille. En réalité c'est absolument l'inverse qui se produira à terme. Lorsque le parasite aura creusé une faille suffisante le lien se brisera, comme se rompra l'amarre du navire dans la tempête.
Et lorsque le lien est brisé, il se passe des choses du type de ce que rapporte cet article du Monde. Nous avons régulièrement des exemples de ces Ex qui viennent trouver la presse et les médias pour raconter toutes les petites saletés que l'autre a commises, histoire de se venger de celui que l'on a fini par prendre en détestation. Le côté people et publicité donne de l'ampleur au phénomène, mais dans le petit monde des familles c'est exactement la même chose qui se produit, les petits ragots nauséabonds vont bon train et font leurs oeuvres perverses de destruction.
Je suis toujours frappé de voir à quel point il y a dans la relation d'amour, ce côté apprenti sorcier, cette forme d'amateurisme, de méconnaissance d'un minimum de bon sens psychologique, de sorte que des erreurs parfois irréparables se produisent. Comme si l'emportement amoureux était porteur de je ne sais trop quel miracle réparateur universel, alors qu'il est au contraire une permanente force fragile dont il convient de prendre un soin particulier.
Ce n'est pas parce que l'on aime quelqu'un, que l'on est intime profondément avec lui, qu'il peut devenir un déversoir, pour ne pas dire parfois une poubelle, dans laquelle on peut déposer et jeter tout et n'importe quoi, sous prétexte que : « on s'aime ». On n'est jamais obligé de tout dire à l'autre, et encore moins de tout lui avouer ! Pour ma part j'ai cette petite règle à laquelle j'essaye de me conformer, sans forcément toujours y arriver : je n'ai à dire à l'autre que ce que je sens bon de formuler pour la construction de notre vie à deux, c'est-à-dire à la fois pour moi-même, pour l'autre et pour notre couple. Ce qui ne signifie pas que je ne dirai que des choses agréables à entendre. Et parfois même elles seront difficiles à exprimer, raison de plus pour choisir correctement la manière de les dire, le moment de les dire, et de savoir anticiper la période relationnelle délicate qui va s'ensuivre.
Dans certains cas, ce qui aura à se dire remettra peut-être en cause la pérennité du couple. Ce sera l'occasion d'en tester les racines profondes ou de faire le constat que l'arbre est tellement malade qu'il s'abattra ... J'ai cependant la conviction, - conviction à la fois viscérale mais aussi liée à mon expérience tant personnelle que celle d'autres couples dont j'ai suivi les évolutions, - que l'arbre a parfois des racines profondes, bien plus profondes que celles que l'on croyait, mais que, comme je le disais plus haut, une sorte d'incompétence à aimer (venant souvent d'une enfance difficile ou d'un manque de repères et d'éducation en ce domaine) fait que l'un, l'autre ou pire les deux, traitent l'arbre de l'amour comme le bûcheron le plus incompétent n'oserait même pas le faire... Élaguant des branches vives porteuses de fruits, entaillant le tronc et y faisant entrer toute sorte de parasites.
Autrement dit il ne suffit pas que le couple se sente lié par un lien profond, si la relation concrète et au quotidien ne se tisse pas avec l'intelligence du coeur autant que celle de la raison, mais se trouve livrée aux seules passions, aux emportements et aux débordements généralement dévastateurs.
Sans toi …
Jean Ferrat avait mis en chanson ce beau poème d'amour d'Aragon :
« que serais-je sans toi qui vint à ma rencontre,
que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant
que cette heure arrêtée au cadran de la montre
que serais-je sans toi que ce balbutiement »
Comment ne pas aimer ces mots lorsqu'on fait l'expérience de l'amour profond et de cette faculté qu'à l'autre de nous percevoir et nous animer d'un souffle de vie jusque-là inconnue.
Comment ne pas communier à ce poème, s'identifier à l'auteur, le jalouser peut-être d'avoir trouvé les mots vibrants qui expriment avec tellement de talent nos propres ressentis.
C'est la reconnaissance de la révélation de soi à travers cet autre, qui n'est pas nous-mêmes mais pénètre tellement loin dans nos profondeurs qu'il semble avoir sa demeure en nous depuis toujours.
Une partie de nous était sans vie jusqu'à ce qu'il vienne l'animer.
L'autre n'est pas notre sauveur mais notre révélateur parce que son amour vient faire éclater le béton de nos protections, les murs d'indifférence, de rejets ou de violences que nous avions patiemment construits pour ne plus souffrir des "non-amour" d'antan. Nous étions pourtant bien décidés à ne plus nous faire avoir, jusqu'à ce qu'il arrive cet autre avec sa manière aiguë d'aller nous toucher au coeur pour réveiller la braise.
En effet nous étions des coeurs au bois dormant.
Mais, quelque puisse être la beauté du poème, il ne rend pas compte de la suite. Il ne suffit pas qu'un autre vienne souffler sur nos braises pour que le feu reprenne et donne sa lumière et sa chaleur durablement.
Le feu qui m'anime, j'en suis l'unique détenteur et j'en deviens en premier le responsable. Or combien de fois reprochons-nous à l'autre de ne pas suffisamment nous aimer et ainsi nous empêcher d'être nous-mêmes, voire d'être heureux. Parce qu'il fut le révélateur de nos élans, de nos désirs et de nos aspirations, nous pensons que nous avons un total besoin de lui/elle pour exister et nous accomplir. Et comme l'enjeu est grand nous allons finir par le revendiquer, voire l'exiger avec force quand ce n'est pas avec violence. En ce cas nous ne sommes pas vraiment bien partis, car cette manière de faire conduit inéluctablement à l'échec et à la rupture.
Alors viendra le temps des lamentations : « Sans toi je ne suis plus rien » entend-on dire.
À une certaine époque de ma vie, j'étais très sensible à la chanson de Jacques Brel : « Ne me quitte pas », puis, je l'ai prise en détestation. Cette sorte d'incapacité à s'assumer sans l'autre me devenait insupportable. Cette supplication jusqu'à la négation de soi pour ne pas perdre l'autre m'apparaissait proprement inhumaine : « laisse-moi de devenir l'ombre de ton d'ombre ». Bien entendu la chanson rend compte du gouffre de détresse que représente la séparation vécue comme un abandon intolérable et qui est un terme récurrent chez Brel (je pense par exemple à la chanson « Orly ») et la souffrance ainsi exprimée est poignante.
Bien entendu encore je m'y projetais largement et imaginais le désastre que serait le départ ou la disparition de ma compagne. Encore aujourd'hui j'en frémis si cela devait se produire. J'aurais à nouveau l'impression de tout perdre. Mais en réalité, je la perdrais, elle, je ne me perdrais pas moi, pas plus que je ne perdrais sa place en moi. Car le temps a tissé à l'intérieur de ma chair entre elle et moi une étoffe d'amour et de relation qui ne peut ni disparaître ni jamais se détruire... À moins que je ne me détruise moi-même...
Finalement le seul antidote au sentiment d'abandon et la conscience de posséder en soi un « moi autonome » sûr et solide, que l'on détient pour toute la durée de son existence et qui ne peut faillir.
Je crois que nous vivons fondamentalement d'expériences relationnelles qui viennent s'intégrer et enrichir notre personnalité et notre singularité, par une sorte d'alchimie intérieure qui nous transforme tout en nous faisant prendre notre relief singulier.
Nous ne sommes pas le produit d'un environnement et d'une éducation, mais nous sommes les acteurs de ce que nous faisons de ces matériaux venus par l'extérieur et de l'altérité.
Au : « que serais-je sans toi », j'aimerais substituer : « que suis-je devenu avec et grâce à toi ». Tu m'as fait devenir vraiment moi-même et non par un autre qui aurait pu ressembler à l'image que tu t'en faisais ou qui aurait pu ressembler à la minimisation de ma valeur dans laquelle je me complaisais. Car finalement il est assez confortable de se dire que l'on ne vaut pas grand-chose, cela évite le courage des engagements, la noblesse des convictions, la grandeur des combats pour l'homme.
Tu n'as pas cherché à me faire devenir la personne dont tu pouvais rêver [qui aurait été parfaite à tes yeux...]. Il y aurait beaucoup à dire sur la pensée magique de croire que l'on peut disposer d'un pouvoir de transformation de l'autre grâce à l'amour, alors que le véritable amour est totalement à l'inverse de cela : que l'autre devienne vraiment ce qu'il est en profondeur et non pas ce dont je rêve. L'amour n'est pas destiné à formater quelqu'un comme on formate un disque dur d'ordinateur.
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Le temps de l'amour durable
Ce que je lis sur Internet relatif à l'amour, notamment sur des sites personnels, ce que je vois vivre autour de moi, ce que j'ai vécu moi-même, a le plus souvent trait à l'amour passionnel. Cet amour là fait l'objet de toutes les attentions et de toutes les indulgences, à moins qu'il ne soit rejeté et condamné sans appel. On pourrait dire : il à la faveur du public. D'ailleurs c'est lui que l'on retrouve dans la littérature, le cinéma et le théâtre.
Les phases d'amour passionnel que j'ai pu vivre dans ma vie m'ont toujours donné le sentiment d'une existence intense. Hélas cette intensité n'était que rarement apparentée au bonheur. Il y avait certes des moments d'exaltation, des instants magiques de plaisir, des explosions du désir et des moments d'éternité. Mais au bout du compte, le bonheur vrai, la paix intérieure, étaient rarement au rendez-vous. Il suffisait alors de voler vers de nouvelles amours et de repartir dans cette fuite en avant vers la quête incessante de cette "autre", qui n'était cependant pas "L'Autre", mais la recherche d'un semblable moi-même.
Et puis, je l'ai rencontrée, « Elle ». Au début ce fut aussi une folle passion dans laquelle je l'ai entraînée, plus qu'elle n'y est venue d'elle-même. Je lui reprochais trop de sagesse et de conformisme ; et certes, elle était quelque peu éloignée des milieux estudiantins anarcho-gauchiste avec lesquels je flirtais alors, sans pour autant m'y retrouver vraiment. Nous étions des éparpillés du verbe ; des bavards invétérés ; des dragueurs impénitents. Elle avait le regard clair, la parole dense, le rire cristallin comme une petite musique pure du coeur. Elle ne critiquait pas ouvertement nos sérieuses imbécillités, mais ses propos marquaient l'auditoire et faisaient même autorité. Je dois dire (en essayant de rester modeste) qu'il en était un peu de même pour moi, ce que je disais avait un certain impact. J'oscillais entre m'en défendre ou m'en enorgueillir.
Peu à peu j'ai découvert combien nous étions ressemblants et réunis par le fond de nos êtres de manière indéfectible, et en même temps divergents dans nos manières de faire, dans certaines de nos conceptions et de nos engagements respectifs. Assez vite, au-delà des attirances sensibles et du plaisir physique que nous partagions, nous avons eu l'évidence qu'on engagerait nos vies ensemble et qu'on se marierait, puisqu'à l'époque on se mariait encore beaucoup !...
Plus de trente ans après nous sommes toujours ensemble. Je ne sais pas s'il y a un secret à notre réussite, mais je dirais cependant que sur le fond des choses les deux piliers fondamentaux de notre couple sont : l'unité profonde de nos êtres (ce sur quoi nous n'avons pas de pouvoir direct, pas plus que sur nos existences) ; et l'altérité vécue comme un extraordinaire enrichissement. C'est cette dynamique tensionnelle du couple unité/altérité qui est pour moi le facteur de réussite de notre couple dans la durée. Il ne s'agit ni d'être fusionnel, ni de faire des concessions foireuses et des accommodements confiturés, ni d'être sans cesse dans l'opposition stérile, mais de découvrir, peu à peu, l'infinie richesse d'admirer l'autre et de l'aimer complètement différent de soi. Chaque fois qu'on le désire conforme à ses propres vues (c'est-à-dire qu'on veut l'exploiter et prendre le pouvoir sur lui) c'est le bordel relationnel assuré.
Évidemment, pour que cela dure, (si tant est qu'on ait le désir de cette durée, ce dont j'ai tendance à douter chez beaucoup de couples actuels, chez qui la durée d'une relation finit par être suspecte, car il est évident que l'un s'aliène à l'autre !!), il faut en payer le prix !... Le prix d'un travail sur soi-même et sur le couple, le prix d'oser affronter et traverser des crises, le prix des mises en vérité, le prix de la décentration de soi, le prix de l'humilité et de la reconnaissance de ses erreurs, le prix d'assumer des frustrations, de ne pas être constamment satisfait dans ses besoins (comme si l'autre était là pour satisfaire tout nos besoins... Puisqu'il nous aime... Quel piège à con que de penser cela ! [évidemment je suis tombé dedans comme beaucoup !..]), etc.
Aujourd'hui, j'ai le sentiment de recueillir les fruits de cette aventure de notre vie et d'oser en goûter la saveur sans retenue. Mais aussi de la goûter en couple. Je constatais combien ces derniers temps nous évoquions ce bonheur de notre vie à deux. Souvent nous nous le disons le soir dans le lit où le matin au réveil. Dans ces instants de plénitude, j'ai parfois l'impression que nous retrouvons la fraîcheur de nos amours débutantes.... En mieux !
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"Je te connais comme si je t'avais fait "
Il est souvent fait état de la complicité qui peut exister entre deux personnes. Cela est ressenti comme une proximité et une facilité à se comprendre, quasiment à demi-mot, comme si l'on était un peu de la même veine, co-naturel en quelque sorte.
Parfois des personnes revendiquent cela pour certaines de leurs relations, et ce n'est pas sans une certaine fierté qu'elles s'expriment ainsi. Il faut cependant y regarder de bien plus près, et il n'est pas rare de constater que c'est un leurre total... On croit souvent comprendre l'autre, mais c'est la plupart du temps une projection de soi-même sur lui qui s'opère. On voit dans l'autre ses propres sentiments à soi, ses envies propres, ses désirs pour l'autre. On lui dit : 'je suis sûr que tu penses ceci de cela", et c'est complètement faux !, on pense tout autrement, tout autre chose. Lorsqu'on dit cela à la personne et qu'elle réplique : "mais non, je ne pense pas ça", on ne manque pas de lui dire que ce n'est pas possible, qu'elle ne dit pas la vérité, que l'on sait très bien ce qu'elle pense vraiment, puisqu'on la connaît tellement !
Ah ! Cette revendication de connaître l'autre ! D'avoir percé sa carapace ! De lire au fond de ses tripes malgré lui ! Mais quelle prétention nous avons ! Et combien nous croyons savoir mieux que l'autre ce qu'il pense lui-même ! Cela ne vous est jamais arrivé de dire à peu près ceci : « tu sais il me dit telle chose, mais moi je sais bien au fond qu'il pense le contraire ». Que voilà une merveilleuse manière de prendre le pouvoir sur l'autre, le dominer jusqu'à réussir à le mettre dans son tort. Nous arrivons même à lui faire dire qu'effectivement on a sans doute raison, soit qu'il se laisse influencer bêtement, soit que, lassé, il se comporte comme ces gens qui finissent par avouer ce qu'ils n'ont jamais fait pour avoir la paix. Nous avons alors cette fierté dans le regard d'avoir remporté une victoire totalement dérisoire et fausse au demeurant.
Il est vrai cependant qu'une véritable complicité peut s'installer entre deux personnes et que l'on peut arriver à une connaissance approfondie l'un de l'autre, en sorte qu'une certaine sobriété de langage puisse suffire à se comprendre beaucoup, lorsque l'on en est à ce stade là. Mais cette complicité est un fruit qui met longtemps à mûrir. Il faut des années et des années. On voit cela chez des couples qui ont une déjà longue vie d'amour dans la durée, chez les amitiés profondes de longue date. Encore faut-il avoir pris le temps de se parler de coeur à coeur, d'avoir appris à se dire à ce niveau, de maîtriser un minimum quelques règles de communication, comme celle de la reformulation (par exemple), qui réserve bien des surprises à ceux qui croient toujours tout comprendre au quart de tour...
Il me semble avoir recherché et favorisé cela dans ma vie. C'est probablement parce que j'avais perçu tellement d'incohérence de communication chez mes parents et dans ma famille, que je les ai vu souffrir de cela et que j'en ai souffert moi-même, que j'ai eu à coeur de briser avec ces errements mortels. Est-ce à dire que j'y suis arrivé ? Je n'en sais rien ! J'ai toutefois veillé beaucoup à la qualité de mes relations essentielles.
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La maîtrise des sentiments
Elle n'est pas donnée à tout le monde
La chance de s'aimer pour la vie
C'est la chanson phare du dernier album de Julien Clerc « double enfance ». La chanson est belle et émouvante, bien qu'elle parle de la séparation, la double vie des enfants qui en résulte. Elle met en relief les inévitables dégats de chaque échec d'un couple, lorsque les parents divorcent et se mettent à vivre ailleurs une union censée être plus heureuse, voire mieux réussie. N'en déplaise aux partisans des familles recomposées, qui vaudraient laisser croire que tout est bien dans le meilleur des mondes de ces enfants-là.
Le livret du CD est bien fait, à côté des paroles de cette chanson, on voit Julien Clerc derrière une fenêtre, le visage triste. Plus que cela, le regard est dur et il y a une forme de colère, manifestée par la position des bras sur le dossier d'une chaise retournée : « c'est que l'enfance me revient », car : « Le seul sentiment qui dure, c'est le chagrin d'une rupture ».
Sur cette photo, derrière l'adulte, il y a aussi l'enfance qui attend. C'est symbolisé par la fenêtre derrière laquelle l'enfant attend un retour, LE retour à l'unicité parentale.
Dans mon métier, je n'ai pas rencontré « d'enfant du divorce », devenu adulte, qui ne porte en lui une blessure profonde, celle de la division intérieure. Elle est parfois inconsciente, non ressentie, mais elle est présente et se manifeste dans des comportements marqués par une incohérence interne, ainsi que par une sorte de tristesse permanente au fond du regard.
Ce qui me satisfait moins dans cette chanson, et même qui me déplaît, c'est cette sorte de quasi-refrain :
Elle n'est pas donnée à tout le monde
la chance de s'aimer pour la vie
J'entends parfois dire que notre couple "a de la chance" de durer depuis si longtemps, comme si cela relevait de la roulette russe ou de la partie de poker. Comme s'il suffisait d'aller au bistrot du coin, gratter je ne sais trop quel billet de loterie et se dire : « chance au grattage ! gagné ! Je peux me rajouter 5 ans de mariage ! ». S'aimer pour la vie n'est pas une chance, c'est un choix. Un choix fait "à deux", un choix renouvelé, entretenue, décidé, redécidé, notamment à l'occasion des épreuves, des crises, des risques d'éclatement.
Seulement, aujourd'hui, l'amour s'est réduit à un sentiment, "le sentiment amoureux", avec ses différentes formes, de la passion torride à la connivence tendre, épidermique ou profondément sensuelle.
Évidemment, dans ce cas, durer dans l'amour, est directement tributaire de la chance que l'on aura d'avoir tiré le bon numéro quant à la durée de ce sentiment avec la personne considérée. Et comme l'on est persuadé que l'on ne dispose d'aucune maîtrise sur celui-ci, on ne tarde pas à déclarer : je ne t'aime plus, ce n'est pas de ma faute puisque le sentiment s'est envolé, m'a quitté un beau matin au réveil. Alors, comme je suis authentique, je te quitte. ("Je te plaque" disait-on dans le temps).
Pif, Paf, Pouf ! 3 petits tours et puis s'en vont...
C'est réduire la réalité du couple, sa finalité et son prolongement que sont les enfants, à un simple sentiment à durée et géométrie variable. C’est faire fi d'une réalité probablement plus profonde et plus centrale que constitue le lien d'être à être qui relie indéfectiblement les deux membres d'un couple. Encore faut-il avoir conscience de son existence et en plus, la volonté de le tisser, le solidifier, lui donner des racines profondes, l'inscrire dans une histoire.
Mais qui parle de tout cela aujourd'hui... Dire que durer dans l'amour est un choix volontaire et totalement ringard ! Dire que cela suppose des renoncements et parfois une forme d'abnégation est du plus ridicule qui soit ! Surtout que l'on pense aussitôt : sacrifices, trucs chiants, prise de tête, etc.
Certains (certaines) disent qu'ils veulent "reprendre leur liberté" en quittant l'autre alors que le "réparable" demeure. Je me demande de quoi ils parlent. Ils sont complètement dominés par leurs impulsions et leurs aliénations sensibles ou sexuelles, ils sont à la merci de leurs dépendances, leurs besoins de rester jeune, d'être encore capable de plaire, etc. etc.
Enfin bref, ils sont tournés vers leur "petit moi", qui les mènera par le bout du nez dans la spirale sans fond des aliénations de toutes sortes, car cette petite saleté est teigneuse.
Alors, dans tout cela, les enfants, qu'ils se débrouillent après tout... Désormais : c'est moi d'abord ! Et puis, ces derniers, ces divisés du coeur, quand ils seront grands, pourront toujours faire comme Julien Clerc : des chansons à succès. A quelque chose malheur est bon...
À plonger dans les eaux troubles
de mes souvenirs lointains
si quelquefois je vois double
c'est que l'enfance me revient
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2006
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La dynamique du couple
Pourquoi faut-il attendre d'expérimenter le manque pour donner toute leur valeur aux êtres ?
Une femme pose cette question, à propos du manque que provoque l’absence. Pour ma part j’évoquerai aussi « le manque » en tant que tel.
Certes, l’absence de l’autre, l’absence de sa présence nous fait parfois réaliser à quel point il a, (où « il avait » en cas de décès), de la valeur et du prix à nos yeux. Parce qu’on se retrouve à distance de lui, on porte un regard différent sur sa personne. Or, dans la relation quotidienne, on perd souvent cette « bonne distance » nécessaire à une relation réussie. Soit on colle à l’autre, et c’est toute la problématique de la relation fusionnelle, soit on est trop distant parce que la juste proximité est devenue source de conflits et de souffrances.
Dans les deux cas effectivement on ne voit pas la valeur de l’autre. Dans la fusion on est à la recherche d’une sorte de « valeur commune » : magma informe et visqueux où chacun a perdu son identité au profit d’un soi-disant ‘nous’, qui au demeurant n’a guère de consistance.
Dans la prise de distance qui s’origine dans les difficultés et les souffrances, tout se polarise sur cette problématique, l’autre, que l’on disait aimer, devient quasiment un adversaire pour ne pas dire un ennemi, puisqu’il nous fait souffrir ou ne satisfait plus nos besoins et nos aspirations. Dans d’autres cas, c’est la distanciation par usure qui s’installe. L’autre nous devient indifférent. La femme est devenue un objet utilitaire (par exemple : elle fait la cuisine, s’occupe des gosses et du ménage, et rapportent quelques euros de son travail précaire) ; l’homme est réduit à un agent de production que l’on supporte parce qu’il remplit le compte en banque. Dans tous les cas la relation amoureuse et rangée au rayon : archivage des vieux souvenirs. Par application du principe de précaution, bien des couples restent dans cet état de résignation, au nom d’un réalisme mal compris.
Ceux qui veulent « en sortir » quittent le couple, avec le cortège de souffrances ajoutées. D’autre entreprennent un travail de type « thérapie de couple » (sauvagement ! ou guidé par un professionnel !).
C’est ici que je voudrais évoquer « le manque » en tant que tel. Je crois que pour qu’une relation grandisse et se construise dans une unité non fusionnelle mais par complémentarité, il faut qu’y soit ressenti « le manque » (qui n’a rien à voir avec la carence affective, bien qu’il soit souvent confondu avec elle. Je voudrais insister là-dessus, tant la confusion est généralement IMMENSE !). Or, la plupart des couples sont à la recherche du comblement, c’est-à-dire d’une sorte de « tout », que l’on retrouve dans une expression de type : « tu es tout pour moi », ou l’opposée : « je serai tout pour toi ».
Sans ‘le manque’, tous les pièges sont ouverts : par exemple celui de la « merveilleuse complicité » (expression du narcissisme), de la projection sur l’autre de ses propres désirs (expression de l’égocentrisme), etc. etc.
Je fais remarquer (il insiste lourdement !) que ce qui piège c’est la confusion entre ce ‘manque’ dont je parle et les carences affectives sources de souffrance. La plupart de la littérature consacrée aux couples propose des aménagements relationnels dans le but de contourner ces carences, qu’elles soit moins souffrantes, plus supportables, mieux gérées. C’est apprendre aux couples à se déplacer dans un champ de mines sans qu’elles n’explosent. C’est périlleux et fatigant et la plupart du temps voué à l’échec. Mais cela à beaucoup de succès : des kilomètres cumulés de rayons de vente dans toutes les FNAC…
Attention, je ne dis pas que c’est inutile, loin de là ! j’ai suffisamment pratiqué et fait pratiquer … mais c’est soigner des symptômes, et non pas la maladie relationnelle.
Le vrai travail efficace sera d’aller déminer son propre champ. Alors on pourra mieux percevoir ce qu’est ‘le manque’ en tant que dynamisme de croissance. (désolé mais on n’évitera pas le « travail sur soi » !)
Et ici, je reprendrai la phrase de Tristana pour en faire une affirmation :
Il faut expérimenter ‘le manque’ pour donner toute sa valeur à l’autre dans le couple.
Car le ‘manque’ et le Désir sont deux frères jumeaux en nous, absolument indissociables. Je dirai même qu’ils sont pratiquement siamois ! Notre société individualiste et hédoniste veut nous faire faire l’économie du ‘manque’ et la consommation est destinée à sans cesse nous combler, à nous gaver, à nous faire devenir des obèses de la relation, ronds comme des ballons, sans plus aucun creux, sans ‘vide’ pour recevoir, c’est-à-dire sans « faim ontologique » de l’autre. Les publicitaires ont tout compris. Ils ont su détourner de son objet le duo Manque/Désir, si nécessaire à l’accomplissement de l’Homme. Ils ont mis au point cette manipulation génétique qui consiste à changer ce duo en ‘désir/consommation’. Ce n’est donc plus l’autre qui compte, en tant que tel, mais la capacité que nous allons avoir à le consommer pour satisfaire notre désir. J’ai rencontré cela dans bien des écrits blogs, comme je l’ai rencontré dans ma pratique, et comme d’ailleurs je suis tombé dans ce piège dans nos premières années de couple, et comme j’en vis moi-même encore la tentation. (je succombe ! mea culpa !)
Or si l’on se laisse ressentir ce ‘manque’, il n’y a pas le besoin d’accaparement de l’autre, ni le rejet de lui. car, comme il est si justement sous-entendu dans la question, le manque ressenti et accueilli, fait voir la valeur de l’autre, et fait naître le désir aimant qu’il devienne pleinement Autre et Unique, fondamentalement différent de soi… Pour notre propre bonheur. En effet, le couple ‘manque/désir’ (ne JAMAIS séparer les deux !) est à la recherche en nous de la complémentarité et de l’altérité, qui crée une sorte de plénitude dans la relation, parce que : « tu es totalement autre que moi, que je te désire totalement autre, et que ma profondeur réjouissance est que tu le deviennes ». Dans la mesure où chacun dans le couple arrive à vivre cela, je pense sincèrement qu’il peut être pérenne et vivre d’un bonheur qui ne fait guère de bruit... J’ose dire qu’il y a là l’expérience de ma propre vie. D’année en année, je me sens plus heureux, plus libre, plus moi-même, et plus dans la nouveauté avec ma compagne, qui me surprend dans ce qu’elle devient, de plus en plus femme, de plus en plus belle.
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La dynamique du couple
en réponse à un commentaire
Le texte précédent avait suscité la réaction suivante :
Combien j'apprécie votre propos qui me fait écho. C'est une phrase que je n'ai pas osé dire souvent " tu me manques" et en vous lisant je retrouve une douceur à vivre. Je continue à me poser cette question, pourquoi les couples sont ils aujourd'hui si fragiles?
J'aime les chansons bêtes et les films d'amour. Un jour j'ai entendu, Nathalie BAYE, je crois, qui martelait sa certitude " on ne s'aime pas tout le temps mais on s'aime pour toujours". Si cette certitude de grandir ensemble et cette indulgence n'existe plus, quelles expériences pouvons nous entreprendre? Ou bien on exige de l'autre qu'il soit monstrueusement parfait vraiment, comme dans un monde de pub,... on sait bien en théorie que cela est impossible, pourquoi cela se fait?
en ce genre de circonstances, j'avais une amie achement intelligente, achement balaise qui me disait pour me remonter le moral " enfin Loule, recentre toi sur toi". On ne peut faire l'économie d'un travail sur soi certes, mais l'histoire du petit Prince me vient à l'esprit. Après s'être bien baladé sur d'autres planètes, il s'est souvenu de sa rose qui lui manquait, loin il l'avait reconnu comme unique et il s'en sentait responsable (souligné). Je ne sais si cela a un rapport, vous me direz.
La phrase citée de Nathalie Baye est très juste. Comme dit la personne, il faut avoir cette certitude de grandir ensemble. Je dirais à la fois la certitude chevillée à l'âme ; et la volonté, parfois farouche, de désirer durer ensemble, quoi qu'il arrive. Mais c'est excessivement ringard de penser cela aujourd'hui. Nous sommes entrés dans l'éphémère consommation. Cela ne peut qu'avoir (très insidieusement) le même retentissement sur le couple, sur la conception que l'on s'en fait. Le couple un bien de consommation pour le temps qu'il nous plaira, ou qu'il me plaire à moi seul qui déciderai de quitter le premier. Tout cela bien évidemment au nom de l'authenticité dans le meilleur des cas, au nom de l'hédonisme la plupart du temps. Quelle erreur !
En effet, c'est le Petit Prince qui détient la solution, ce n'est pas pour rien Loule qu'il vous vient à l'esprit. Car son voyage dans les autres planètes symbolise pour moi ce voyage initiatique à l'intérieur de soi (le travail sur soi) dont l'objet essentiel n'est pas de guérir des traumatismes d'enfance, cela n'est qu'un passage obligé ; mais dont l'objet essentiel est la découverte du moi profond, du moi originel, qui est cette dynamique fondamentale de vie, ce potentiel extraordinaire sur lequel nous dormons sans le savoir tant qu'on ne l'a pas découvert au fond de soi. Et c'est alors, - parfois alors seulement -, qu'on découvre que ce qui manque fondamentalement, c'est sa rose à soi, celle que l'on avait apprivoisée et qui nous avait apprivoisé et qu'on avait laissé se flétrir en soi-même, dans le marasme terrible de la quotidienneté désespérante, de nos petites incapacités à supporter l'autre dans ce qui nous déplaît en lui, de notre terrible exigence à le vouloir absolument conforme à nos désirs, égoïstes et consommateurs que nous sommes.
Certains trouveront certainement que mon discours a des allures moralisatrices. (Non, non, je ne citerai personne !). Mais mon discours est plutôt une exhortation à se laisser entrer dans le chemin du vrai bonheur à deux. Celui que chacun recherche dans son couple, mais au lieu de le rechercher vraiment, il le revendique à cor et à cri, ce qui est une erreur fondamentale, et faute de l’obtenir, s’en va déçu. Le Petit Prince est parti visiter les planètes (se visiter lui-même) avec cette déception de l’échec au cœur. Mais à la fin, il retourne vers sa rose parce qu'il meurt à lui-même, à une partie de lui-même, parce qu'il se débarrasse de sa vieille peau égoïste pour s'ouvrir à l'infinie différence de sa propre richesse et de la richesse de sa rose. C'est vers le bonheur qu'il part.
Cela n'a donc strictement rien à voir avec les couples qui restent ensemble par résignation, par passivité, par intérêts matériels, et autres justifications tristes. Ces arbres morts cachent la forêt vivante du bonheur à retrouver au sein de la vie à deux. (Je ne suis pas ici dans la théorie, mais dans l'observation de ma pratique chez certains couples qui ont emprunté cette voie étroite et ont retrouvé, certes, parfois en traversant bien des souffrances, le chemin de bonheur et d'accomplissement de leurs rêves des débuts). L'amour vrai est bien plus puissant que ce que l'on imagine trop souvent. Mais ces couples-là ne font pas dans le prime-time TV !
Évidemment, il reste la question de la rose, va-t-il/elle accepter ce retour ? Va-t-il/elle accepter de faire aussi sa part ? Je ne le sais pas... Je sais une seule chose : je peux faire la mienne, toute la mienne. Alors, parfois, tout change ! L’espace des possibles se rouvre.
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Séparation
Finalement, je demeure toujours surpris face à tous ces couples qui se séparent. Évidemment, il en est certain pour qui c'est largement mieux. Il en est d'autres pour lesquels les raisons de se séparer sont aussi pertinentes que les raisons de rester ensemble.
Je pense à tous ces couples pour lesquels la séparation est un véritable déchirement à la douleur intense. Beaucoup se résignent à penser qu'il n'y a pas d'autre choix que vivre cette intensité douloureuse. Un peu comme si, lorsqu'on a une plaie ouverte à la cuisse, il n'existait pas d'autre choix que de prendre un couteau et de triturer dedans, de manière à ce que cela fasse de plus en plus mal, au point que l'on finisse par décréter que l'évidence s'impose : il faut couper la jambe.
Je pense que si j'avais vécu sur ce schéma-là, j'aurais déjà divorcé dix fois de ma compagne. À chaque fois que les temps furent difficiles, à chaque crise qu'il a fallu surmonter en prenant le temps de l'analyse, du dialogue, de l'aide extérieure. En prenant le temps de retrouver les raisons fondamentales d'exister ensemble dans la durée. En prenant le temps de devenir progressivement heureux de vivre à deux.
Ma compagne et moi avons « accompagné » bien des couples durant des années. Lorsqu’ils viennent nous voir c’est hélas « péril en la demeure », je veux dire qu’ils ont parfois trop tardé à décider de se faire aider. Passés les cris, les colères, les déchirements, les pleurs de part et d’autre, les grands scénarios et les vaines promesses de « changer à partir de maintenant », dans les moments de calme ils tentent de comprendre ce qu'il leur est arrivé : C'est une accumulation d'erreurs relationnelles, de maladresses affectives, d'incompréhension, de non-dits, de mal-dits, ce que je pourrais qualifier d'une sorte d'épouvantable amateurisme dans la vie à deux.
S'il fallait mettre un peu d'humour dans tout cela, cela me rappelle le concept que développait le comique Dany Boon : « le chirurgien amateur » qui bricolait des interventions sur le corps de ses copains dans la cabane au bout des jardins. C'était évidemment un résultat catastrophique. Tout aussi catastrophique le vécu de couple qui entre dans le déchirement amoureux, faute de repères simples et fiables des conditions de réussite d'une vie de couple.
Mais personne n'enseigne cela d'une manière concrète et pratique...
Oh ! Les bouquins de bons conseils, tous plus contradictoires les uns que les autres, remplissent les rayonnages des libraires et les revues arnaqueuses en ce domaine sont légions...
Certes, certains couples échappent à ce déchirement. Les couples qui sont des "erreurs de casting", ceux qui aurait mieux fait de ne jamais se mettre ensemble. Mais d'autres, dans la destinée profonde était de durer, non pas par exploit, mais parce que c'était là leur chemin de bonheur, passent complètement à côté, soit parce qu'ils sont incapables de gérer une crise pour en sortir, soit que les dégâts sont devenus tellement énormes que tout est désormais compromis.
La seule bonne volonté pour tenter de reconstruire quelque chose ne suffit plus, les accommodements et la résignation non plus. Pourtant j’ai souvent eu la conviction profonde que tel ou tel couple avait un fort potentiel de réussite ensemble. (Je ne dis pas cela de tous les couples que nous avons pu rencontrer). L'intensité des souffrances est à la mesure de ce type d’échec. S'il n'y avait entre eux qu'un amour fade est insipide, l'ampleur douloureuse des souffrances ne serait pas à ce niveau.
Parfois ils arrivent avec ce sentiment du rendez-vous de la dernière chance. C'est le type de rendez-vous où il faudra faire percevoir qu’il n'y a jamais de « dernière chance » ; il y a que le petit pas d'avancée que l'on se sentira prêt à faire ou à ne pas faire. La crise dans un couple c'est le temps de la grande humilité. Il faut sortir des dynamiques de vengeance, des dynamiques de procès à mener, des dynamiques de type "cahier des charges" à respecter désormais. Des ultimatums aberrants : « tu reviens à la maison mais tu jures sur la tête des enfants de ne plus revoir cet homme », et de toutes ces sortes de choses...
« Les histoires d'amour finissent mal en général » chantaient les Rita Mitsouko...
C'est devenu trop vrai...
Hélas !

4 Comments:
je voudrais revenir sur vos tout premiers textes en haut de présentation..je ne sais si vous connaissez ce poème d'aragon que mit en musique brassens, et que je trouve d'une beauté déchirante...
"rien n'est jamais acquis à l'homme ni sa force, si faiblesse, ni son coeur mais quand croit , ouvrir ses bras, son ombre, est celle d'une croix;;;et quans il veut serrer son bonheur il le broie
sa vie est un étrange et douloureux divorce,
il n'y a pas d'amour heureux(voir la suite )
il n'y a pas d'amour heureux, mais c'est notre amour à tous les deux;;
pour dire qu'ouvrir son existence à l'autre, c'est se mettre en péril, en effroi, en faiblesse, le laisser grandir dans sa vie et l'envelopper de son amour est un risque mais...aux premières lueurs de l'amour, le damoiseau et la damoiselle éperdus, ouvrent leur coeur , parce que l'amour chuchote à l'oreille ce bonheur indicible, que tout ira toujours bien, et pourtant l'on se brise, les larmes coulent, et le coeur fatigué, l'âme regardant la pluie triste en s'éloignant tel un exilé, et l'on perd son point de repère quand son amour est parti, tout semble vide, c'est abyme que seul soigne le temps, parfois me dis je que peut être mieux vaut il n'avoir pas connu d'amour aussi intense, car sans lui la vie semble, si vide, et vous me direz, oh mais il faut vivre seul comme un grand, mais ce bonheur d'être avec l'être aimé, qui pourrait vouloir l'abandonner, qui peut si résoudre, lorsqu'il a senti des ailes pousser dans son dos,, parfois il s'y résoud lorsque c'est un choix même de l'aimé, mais ;;comme le disait rilke dans la première élégie de duino, "le beau est ce début de l'horrible qu'à peine, nous pouvons supporter, et l'ange nous terrifie.."
Aragon et Brassens ont bercé ma jeunesse, tantôt de manière lumineuse, tantôt douloureusement à cause de la beauté désespérante des textes.
Comme vous le dites avec justesse, comment ne pas redouter que l'amour s'en aille et que tout soit perdu à jamais. C'est une pensée qui me traverse parfois mais seul le retour à la réalité, pour ce qu'elle est à l'instant, me donne la force du vivre et du goût de la vie.
Je ne crains pas la séparation, quand bien même elle surviendrait, ce qui pour moi relève de l'improbable si ce n'est de l'impossible. Je redoute cependant la mort de l'autre comme la déchirure ultime dont je sais que je ne m'en remettrai pas.
Raison de plus sans doute pour goûter avec intensité l'extraordinaire précieux qui m'est donné, qui m'est offert en partage.
Peut-être vivez-vous cette déchirure là, (quelles que soient les raisons de la séparation) je ne peux que la pressentir à la mesure du bonheur que je connais, alors elle ne peut qu'être cruelle et injuste, et ce n'est pas moi qui vous dirais qu'il faut vivre comme un grand, mais que vous puissiez trouver autour de vous l'oreille attentive et le coeur aimant qui vous aidera à supporter l'absence, jusqu'à ce que... Autre chose puisse naître.
je ne vis pas la séparation, mais parfois c'est si fort que l'on ne peut que se poser cette question inaltérable,
en interrogeant les étoiles, et en leur disant "pourquoi avez vous mis cet être sur mon chemin.."je ne sais pas ce que vous en pensez mais ..il y a t-il un sens à nos rencontres , à nos existences au bout du compte...il y a cette naissance de la philosophie de l'absurde qui nous as enseigné que libéré de toute téléologie métaphysique, l'homme tombait dans l'absurde, l'absurde , cette découverte de non sens à sa vie,
il n'y avait plus ce sens mystique a donner à nos existences, et nous étions libérés..
plus avant dans l'âge peut être ressentons nous la peur de voir l'être aimé s'éteidre, ô quelques doux rêveurs, quelques doux poètes ont imaginé des amours qui perdureraient dans la mort dans la mort, d'où viens donc ce concept si vieux de l'âme soeur, de l'hermaphrodite, on peut les décliner infiniment en leur donnant tant de sens..
sommes nous fait pour être seul..une âme peut être elle le miroir de la nôtre, ou plusieurs, ou l'enfantement est il ce lien inexplicable où l'âme s'épanche de ce désir qui la meut ..
mais je ne peux concevoir choses si belles, mais les mots heureusement sont là pour cela, décrire un idéal qui n'existait pas dans la nature..et qui se crée en se pensant ..
là où s'arrête la nature, naît l'homme , nous dit aristote..
à ce propos je me permets de laisser ici les paroles d'un chanson de radiohead, un petit requiem traduisant ce désir de retrouver l'autre même dans la mort, et sur le mode ludique, de l'imaginer possible..
Red wine and sleeping pills
Help me get back to your arms
Cheap sex and sad films
Help me get where I belong
I think you're crazy, maybe
I think you're crazy, maybe
Stop sending letters
Letters always get burned
It's not like the movies
They fed us on little white lies
I think you're crazy, maybe
I think you're crazy, maybe
I will see you in the next life
Early version has a second verse:
Beautiful angel
Pulled apart at birth
Limbless and helpless
I can't even recognize you
I think you're crazy, maybe (x6)
I will see you in the next life
et je vous laisse le lien pour l'écouter..
http://fr.youtube.com/watch?v=PES95QK76oc&feature=related
je ne sais si l'on peut écouter cela sans se poser beaucoup de questions, l'amour, la vie et la mort et la poésie dans tout cela
(j'espère ne pas être trop intervenue..mais j'apprécie les sentiments qui se dégagent de vos écrits..je lis pour essayer de comprendre..de comprendre ces questions que tout être humain se posera éternellement et qui peut être n'ont pas de réponses..
qu'est ce qui définit l'essence de l'existence humaine, l'essence de la poésie, l'eidos d'un âme humaine..pourquoi ces sentiments émergent de nous , grandissent et nous bouleversent..les philosophes ont préconisé de maîtriser la passion à juste titre, mais le poète lui s'abandonne...éperduement et il s'en retrouve perdu..
le petit prince revient vers cette petite rose, abandonnée pour le désir effreinée qu'il avait de découvrir les galaxies scintillantes, de ces voies lactées qui brillaient dans les cieux.. , mais les petites roses fragiles, sont immobiles et fidèles..leur voyage est toujours intérieur, elles pensent plutôt qu'elles ne marchent ..
Où que l'on aille l'on a besoin d'une rose qui pousse en soi..mais les roses sont aimables elles pardonnent toutes choses..
un être humain est déjà un océan infinis d'émotions qui s'entrelaçent, de sentiments qui voguent de tourbillons, de tourments de pensées, comment explorer tant d'êtres à la fois,je ne le comprend pas ..je n'y parviens, un être humain comme une mélodie qui pense, ne faut il pas déjà un silence infini pour écouter cette mélodie silencieuse qui pense, qui ressent, qui s'écrit à mesure qu'elle se joue, qu'elle..vit ...et si notre âme soeur était parfois juste l'art, la poésie, les êtres humains paraissent parfois si instables..
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