Une époque moderne


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Textes de l'année 2007
Textes de l'année 2006
Textes de l'Année 2005
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ANNEE 2007
Sommaire
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la tyrannie de l'être bien
Découvrir l'eau chaude
Le sens du courant
Qu'on m'aime !
Contrôle
Le malheur sied à l'homme
Alors ? Heureux ?
Ô la jolie relation !
Le tourisme intérieur
Le désir du *voyageur*
Les dieux ont l'avenir devant
Qu'est-ce que tu dis ? ?
Temps gagné, vie perdue


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ANNEE 2005
Sommaire
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Arrête de faire le singe
Le chiffre et la norme font vivre
Nous ne vivons pas encore une époque moderne, mais cela vient...
La propreté
Le piège permanent
L'enterrement de Jean-Paul II ou la colère de Dieu
Toute la misère du monde (des miss)
Les torchons ont de l'avenir
Avenir commun
Au delà de cette limite, votre bonheur n'est plus garanti
Après l'oreille, l'oeil...
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ANNEE 2006
Sommaire
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Une certaine utopie
Outreau - Pourquoi ?
Fabulette : De la nécesssité d'être riche
Populaire populisme
Les tragédies de l'Humanité humaine
Travailleurs du sexe

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fin du sommaire
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ANNEE 2007




La tyrannie de "l'être bien"


À mesure que j'écris mon essai sur le bonheur, me revient cette sorte de paradoxe qui fait qu'à la fois chacun cherche le bonheur (enfin il me semble...), et en même temps il peut s'en faire une terrible obligation tyrannique.

Soyez heureux que diable !
Ne pas l'être est quelque peu antisocial. Le malheureux est un marginal qu'il faut réintégrer dans le circuit du bonheur marchand. Le français doit avoir le moral pour consommer et faire oeuvre civique.

C'était toujours un étonnement pour moi lorsque les gens que je recevais se mettaient à s'émouvoir et verser quelques larmes et qu'aussitôt ils s'en excusaient. Je dis étonnement et non pas surprise, car je sais bien à quel point ce surmoi est incrusté chez les occidentaux. (Et encore plus ceux des "pays froids").

Jospin à la télé s'est laissé prendre par l'émotion (et ce n'était pas une mise en scène) et on nous en a fait tout un pataquès. J'ai même entendu un commentaire critiquer vertement cet homme qui se laissait aller. Évidemment s'il s'agissait d'une émission télé-poubelle on aurait eu droit à un gros plan sur les yeux larmoyants et le présentateur se serait empressé d'en faire couler un litre de plus. La au moins c'est de l'humain coco ! Et c'est excellent juste avant la pub. Mais dans le monde politique tout comme dans le monde des affaires, il faut être froid, cinglant, violent. Il faut être sans émotion apparente si ce n'est celle de la haine convenue contre l'adversaire.

Je m'égare encore dans mes propos, mais cela ne change de la rigueur avec laquelle je travaille sur mon essai...

Je voulais parler de cette forme d'exclusion qui fait que, globalement, le malheureux fait vraiment chi... son monde.

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Découvrir l'eau chaude


À mesure que je prends de l'âge je réalise combien se sont accumulés en moi des strates de connaissances et d'expériences. Elles ne se sont pas superposées indépendamment les unes des autres comme on peut empiler des assiettes, mais elles se sont progressivement amalgamées comme des couches géologiques formant ma terre intérieure, une sorte d'humus sur lequel pousse tant bien que mal une végétation que j'aimerais originale et singulière et qui pourrai constituer ma pensée propre. Je ne suis pas certain qu'il en soit ainsi et il m'arrive de penser que tout a déjà été dit. Cependant personne n'a dit les choses comme moi je les formule, avec mes propres mots, ma sensibilité, ma couleur unique ; c'est cela sans doute qui fait la différence et l'intérêt de ne pas cesser de partager ses pensées, croyances, et convictions.

Cependant, bien souvent, lorsque je lis la presse, écoute la radio, j'ai le sentiment que l'on désire me faire redécouvrir l'eau chaude chaque jour. Bien sûr il y a parfois de réelles nouveautés dans les divers secteurs scientifiques par exemple, mais le plus souvent on me repasse des plats réchauffés en tentant de me faire croire qu'il s'agit d'une nouveauté gastronomique de première grandeur. Néanmoins, il est évident que pour certains cela aura réellement le goût de la nouveauté dans la mesure où c'est la première fois qu'on leur parle ou qu'ils s'intéressent au sujet présenté. Mais lorsqu'on commence à se faire vieux comme moi on reprendrait facilement à son compte cet adage : "ce n'est pas un vieux singe que l'on apprend à faire des grimaces". Il y a alors le risque de devenir un désabusé, revenu de tout en étant parti de pas grand-chose...

Peut-être est-il réellement nécessaire de redécouvrir l'eau chaude régulièrement. Peut-être cela aide-il à garder une certaine fraîcheur, (si toutefois ce mot est compatible avec l'expression "eau chaude" !). Peut-être devons-nous nous répéter sans cesse les mêmes vérités premières, les mêmes fondamentaux, les mêmes vieilles lunes, car si des thèmes sont récurrents, il se pourrait qu'il y ait une raison. Si l'homme pense que tout a été dit, serait-il suffisamment idiot pour rabâcher constamment les mêmes refrains ?

En regardant de plus près, c'est plus spécifiquement dans deux domaines que cela me gêne : Le politique et le religieux. On y entend constamment les mêmes ritournelles, les mêmes prêches et discours lénifiants, les mêmes vaines promesses. J'ai donc le sentiment d'une tromperie permanente qui au fil des années m'énerve de plus en plus. Le politique et le religieux se tiennent la main, le premier avec : demain on rase gratis ; le second avec : demain le Paradis. Et rien ne vient, ni d'un côté ni de l'autre... Parce qu'il est évident qu'on ne rasera pas gratos et qu'il n'y a pas de Paradis. Seulement voilà, ont fait tous semblants d'espérer cette eau chaude qui serait bien plus agréable que les douches froides que l'on ne cesse de prendre sur la tête, parce qu'il en est ainsi de la vie, que celle-ci est difficile quoiqu'on en pense et quoi qu'on en dise.
Alors il faudrait que le politique ait le courage de dire qu'on va tous devoir se retrousser les manches et faire face à l'adversité qui hélas est le propre de l'homme ; que le religieux cesse de nous vendre ses promesses de retrouvailles avec le paradis perdu, que le religieux devienne un spiritualiste capable de nous entraîner dans les profondeurs de la réalité humaine, là où l'homme dispose de richesses personnelles qu'il peut choisir de mettre à la disposition de ses frères en humanité. Cela donnerait du sens à l'action du politique qui est d'organiser le devenir commun en se mettant au service des hommes, et non pas de vendre lui aussi des idéologies aussi improbables qu'éphémères et dont chacun sait quelles sont la source des errements pernicieux et des massacres organisés sous couvert d'épuration, d'ordre nouveau, de grands soirs, ou de revanche du faible contre le fort. Ce qui revient toujours à faire de l'opprimé d'hier le dictateur de demain. Et dans ce schéma tout est toujours à recommencer...

Mais voilà, ces eaux nauséabondes des idéologies mortifères renaissent toujours de leurs cloaques. Il y a toujours quelqu'un pour réinventer l'eau chaude de l'oppression, du fanatisme religieux ou idéologique, toujours un dictateur tortionnaire pour imposer ses desseins funestes et asservir les autres à ses propres intérêts, le plus généralement égoïstes et/ou mercantiles.
Les dictateurs d'aujourd'hui ne ressemblent plus à Fidel Castro ou à Pol Pot, ils sont plutôt en costard cravate, vivant au-dessus des mouches, dans leur bureau de verre au sommet du building de leur holding, pianotant sur leurs consoles d'ordinateurs pour effectuer des virements de milliards de dollars du bout d'un doigt, tandis que nous subissons l'augmentation du litre d'essence à la pompe.


Rôle des médias = faire redécouvrir l'eau chaude.

Moi qui ai connu les douches sous toutes les températures
l'eau chaude je connais trop... !

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Le sens du courant


Les courants sociétaires (sociétaux comme on dit maintenant) nous traversent de part en part, envahissent notre psychisme et nos pensées et tendent à occuper beaucoup de place en nous pour le peu que nous nous laissions faire par eux. Or, nous sommes à chaque instant abreuvés, noyés, submergés par le bruit incessant de la société qui piaille à nos oreilles jusqu'à ce que nous allions dans le sens du courant le plus porteur du moment.

Dans ce brouhaha incessant il devient plus difficile d'écouter la petite voix intérieure de nos intuitions profondes concernant le "sens de la vie" (direction et signification) que nous détenons personnellement, la nôtre et la vie en général. Or, c'est probablement cela qu'il faudrait écouter, pour rejoindre en nous cette dimension universelle de l'homme, là où des fondamentaux sont probablement partagés par une immense et vaste majorité de personnes. Or, le plus souvent nous écoutons l'extérieur, c'est-à-dire les propos frelatés des hommes de pouvoir, le discours qui est le plus séduisant, le plus enjôleur, le plus grande gueule, celui qui balance des promesses intenables, qui titille nos envies les plus basses où nous fait miroiter les chimères toujours promises mais jamais tenues.

Sur ce terrain, le plus grand danger qui nous guette serait de dire que nous sommes insensibles à tout cela. Ce qui est fondamentalement faux ! Nous sommes totalement sous l'emprise de cette extériorité qui ne cesse de nous envahir par tous les médias qui se sont développés ces dernières décennies et par l'invasion publicitaire permanente qui en découle. Où que vous alliez, où que vous soyez, la radio, la télé, les affiches, les messages dans les magasins, votre téléphone portable, les textos de pub : L'envahisseur est partout ! Des milliers de personnes se sont spécialisées dans l'art de nous abrutir sans que nous nous en rendions compte. Car, tout l'art de la chose est là : nous faire avaler des couleuvres en nous laissant croire que ce sont des barres chocolatées.

C'est vrai dans le monde du commerce, c'est vrai dans le monde politique, c'est vrai dans le monde médical, c'est vrai dans l'environnement scolaire, c'est vrai sur l'Internet, sur les blogs, c'est vrai partout.

Dans le temps, on disait : il ne faut pas que les gens réfléchissent, il faut qu'ils obéissent. Aujourd'hui on dit :les gens peuvent réfléchir, à condition que ce soit dans le sens que je leur indique, car c'est le seul, l'unique, le meilleur, et qu'ils décident d'aller par eux-mêmes dans la direction qui est la mienne. C'est ça la démarche managériale moderne ! Dans le monde politique, le candidat déclare : « je vais vous dire ce que les Français pensent !» et moi je lui réponds : ferme-la !

La bonne démarche subversive dans le monde tel qu'il va, l'antidote efficace à la pression externe, d'où qu'elle vienne, et de donner la parole à la conscience profonde individuelle des personnes. En réalité, elle ne devrait pas être subversive, puisque c'est le fondement même de la démocratie. Que chacun puisse s'exprimer après avoir consulté son for intérieur et s'être déterminé dans un panel de propositions diversifiées.

Rien de plus subversif qu'un être humain qui se met à vivre et agir selon sa conscience propre (ce qui ne veut pas dire qu'il ne tient pas compte des autres bien au contraire). Vivre selon cette conscience-là, c'est se mettre volontairement à son service et non pas agir selon ses envies du moment où en fonction des sollicitations externes. C'est traverser la vie en vivant sur un fil comme l'équilibriste, avec le risque de tomber dans le précipice. Il est plus facile de marcher en terrain connu, plat, et de suivre la foule qui pousse inévitablement dans le sens de la pente la plus facile.
En ce sens, deux maîtres m'ont marqué : Jésus dans l'Évangile et Georges Brassens dans ses chansons. Jésus s'est montré un homme libre face aux moeurs de son temps, en particulier face à la religion dominante, et dans sa relation aux femmes auxquelles il donne une place qui leur était interdite. (Faudra-t-il que par la suite des chrétiens soient assez imbéciles pour ne pas tenir compte de ces enseignements... Mais on sait que dès qu'il y a une religion s'installe la dérive...).
Georges Brassens (que je ne compare pas à Jésus !) marqua mon adolescence par sa liberté de ton et sa liberté d'homme. J'aimais bien lorsqu'il chantait : « quand on est plus de quatre on est une bande de cons ! » ; ou encore « mourir pour des idées mais lesquelles ? car elle sont toutes entre elles ressemblantes » ; « mourir pour des idées qui n'ont plus court le lendemain... » ; ou encore "la non demande en mariage", qui est probablement l'une des plus belles lettres d'amour qui soit.

Chercher à suivre sa conscience profonde est une voie de pacification intérieure. Ce n'est pas pour autant une voie de facilité, bien au contraire. Elle génère des ruptures, ruptures avec soi-même, avec certains de ses fonctionnements, ruptures relationnelles parfois douloureuses (je ne parle pas ici des ruptures amoureuses ou des ruptures de couple), parce qu'on avait des attaches fortes avec certaines personnes, qu'il faut quitter parce que l'engagement fécond se trouve ailleurs désormais. J'ai connu cela. Mais le regain de vie intérieure fait cicatriser, même si parfois c'est douloureux à vivre.

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Qu’on m’aime !
Et pourvu que l’amour dure !


Généralement, non seulement on veut que les gens nous aiment, mais encore on désire profondément que cela soit manifesté avec l'exacte façon dont nous désirons être aimés. Et, cerise sur le gâteau, il faut que l'autre devine tout cela bien évidemment... « Aime-moi comme JE veux ! Si tu m'aimes tu dois bien savoir comment il faut s'y prendre ! » Cela dit, si notre revendication est injuste, elle n'en a pas pour autant des fondements aberrants. Car dire à l'autre, je t'aime à ma manière et contente toi de cela, est quelque peu facile. Il y a une légitimité à désirer être aimé pour soi et non pas pour le plaisir que l'autre en retire pour lui-même. (Je t'aime parce que tu m'aimes).

Dans le domaine de « l'amour juste » je dispose à mes côtés d'un exemple singulier, unique à mes yeux, et qui est l'amour que ma compagne me porte. Je suis témoin de l'avoir vu grandir au fil des années, comme une pousse frêle et légère devient un grand arbre portant beaucoup de fruits. Le destin de l'amour est son déploiement, son renforcement et son épanouissement bienfaisant. Il n'est pas l'extinction au bout de quelques années. Il est par nature pérenne. Tout acte d'amour entre dans l'éternité à la mesure où on l’y introduit. Car n'est éternel que ce que l'on décide de faire entrer dans cette dimension-là. Sinon, cela reste dans les amours éphémères (dont je ne discute pas la totale valeur) qui comporte en eux-mêmes leur commencement, leur milieu et leur fin. Ce qui est dommage sans doute c'est que ce type d'amours éphémères semble plutôt s'ériger en modèle de société et, pire encore, semble apparaître comme un inéluctable.

Le courant qui nous porte cherche à nous persuader que, finalement, les amours ne durent pas. Rien de plus pervers et de nocif que cette pensée-là. Car notre mode de pensée conditionne nos actes, y compris inconsciemment. Celui qui est persuadé que les amours ne durent pas ne fera pas durer le sien, même s'il tient un discours contraire. Ce qui est curieux c'est qu’en ce domaine des amours on tienne de tels propos démotivants et funestes. Celui qui déclare « je t'aimerai pour toujours », passe de plus en plus pour un niais ou, pire encore, pour un menteur. On attend de lui/elle qu'il/elle dise : « Je t'aimerai... pour le temps que je t'aimerai... Et après basta ! … ». Alors, si l'on est persuadé que les amours ne durent pas, aucun de ceux-là ne rentrera dans l'éternité… l'éternité n'est pas une dimension spatiotemporelle, avec un non-début, un déroulement et une non-fin ! Même si c'est bien souvent comme cela qu'on nous la présente. L'éternité est un « état » de permanence dans l'instant, un « état » inscrit au fond de nos êtres, qui comporte au moment même toute la réalité passée, présente et à-venir, dont nous pouvons avoir conscience et qui comporte une part décisionnelle dont nous sommes responsables. Ainsi donc l'amour est éternel à la mesure où nous le faisons entrer dans cette sphère de « l’étant-permanent » (ce qui est, l’existant, autant par notre vouloir qu’hors de celui-ci).
[Aïe ! On vend encore dire que j'écris compliqué ! Et pourtant, c’est si simple et limpide en moi, véritablement existentiel, relevant de mon expérience et non pas de l'ordre des idées].

C'est pour moi toute la différence entre « l'état d'amour », et « le sentiment amoureux ». Tant que l'on ne fait pas la distinction en soi, tant que l'on ne passe pas du sentiment amoureux à l'état d'amour, il est absolument impossible d'en percevoir sa « dimension-éternité ». Or, la plupart du temps, ce que j'entends et vois autour de moi, c'est le choix de l'option qui consiste à tenter de faire durer « le sentiment amoureux » le plus longtemps possible. Évidemment, ce projet est réalisable pour un temps. On peut multiplier les trucs, les artifices, on peut renouveler les positions érotiques et inventer les jeux sexuels les plus débridés et commander du Viagra sur Internet. On peut trouver mille et un moyens qui peuvent être des plus excellents, on n'en demeure pas moins dans une dynamique totalement piégée et qui comporte sa fin en soi, tel un élastique sur lequel ont tire et qui finit toujours par casser… et, effectivement... il casse un jour ou l'autre !

Dans mon expérience d'aide aux personnes et dans mon expérience personnelle de couple, je constate que lorsque l'on passe à « l'état d'amour », il s'opère un réel basculement intérieur qui fait entrer en contact avec la dimension la plus profonde de soi, là où l'autre à sa demeure en nous, là où l'on désire lui faire de la place, volontairement, par choix,… par amour…
Ce basculement intérieur se produit à l'issue d'une sorte d'alchimie de recherche parce que l'on s'est mis en route de cette « dimension-éternité », parce qu'on l'a entrevue comme un réel atteignable. Nous n'avons pas de pouvoir sur son déclenchement, nous n'avons pouvoir que sur les moyens que l'on se donne pour que cela se produise. C'est un peu comme lorsqu'on avance sur la poutre d'une balançoire. Il arrive un moment où celle-ci bascule de l'autre côté. C'est la balançoire qui bascule, même si c'est nous qui avons avancé sur la poutre.

Je suis frappé de voir combien ma fille qui vient de décider de s'engager « pour la vie » avec son ami, pose des questions qui vont dans ce sens de la recherche intérieure de cette certitude du « pour toujours ». Car pour l'affirmer, il faut en faire l'expérience ! Or, celle-ci n'est pas accessible d'emblée. C'est bien là toute la problématique. En effet, comme il ne faut pas mettre la charrue avant les boeufs, ce qui se pressente en premier c'est le « sentiment amoureux », lequel, (à moins que l'on ne soit un Don Juan, qui invente ce sentiment sans le ressentir), est une émanation, une onde, un effet, de « l’état-d'amour » qui, bien que présent, ne s'est pas encore manifesté en tant que tel, si ce n'est par ce « phénomène-effet » du sentiment amoureux, qui n'en constitue que les prémices. Il faudra donc prendre, à deux si possible, sinon c'est peine perdu, un certain chemin vers l'intériorité, route étroite et escarpée de descente en soi-même, avec le risque inévitable de « mauvaises rencontres » en chemin, telle celle de notre passif affectif, si encombrant, d'autant que le sentiment amoureux donne l'impression qu'il s'est dissous évaporé dans la nature… hélas il est tapi dans l'ombre et attend son heure pour resurgir aux premières difficultés et aux premières désillusions du sentiment amoureux …

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Contrôle


Nos sociétés modernes sont placées sous contrôle permanent. J'entendais récemment que se mettait au point une voiture qui s'arrêterait automatiquement dès lors qu'elle aurait capté que le conducteur est bourré. Viendra aussi le temps où l'on implantera à la naissance une petite puce sous la peau qui permettra de suivre la personne dans tous ses déplacements et de contrôler tout ce qu'elle fait par GPS. L'implantation de la puce demeurera facultative, mais celui qui ne l'acceptera pas sera privé de toutes allocations sociales. Je n'invente rien, j'ai entendu, par une relation privée, que les modalités juridiques et techniques d'un tel projet sont à l'étude dès maintenant. Mes petits-enfants ont toutes chances de connaître ce type de société.

Je ne vais pas ici énumérer toutes les formes de contrôle que nos sociétés dites modernes ont établies et inventées depuis trente ans. Elles sont innombrables et de plus en plus sophistiquées. Il est évidemment normal de mettre en place des mécanismes de lutte contre les fraudes, de poursuivre et punir les fraudeurs. Mais lorsque le contrôle-sanction se justifie sous le masque d’une prétendue prévention, la porte aux dérives est largement ouverte.

J'ai vécu un exemple personnel lorsque fut refaite l'installation téléphonique d'un service administratif que je dirigeais à l'époque. C'étaient les débuts de la téléphonie moderne et électronique. Il me fut proposé l'installation d'un mouchard dans mon bureau. Je pourrais ainsi écouter les conversations de mes subordonnés sans que ceux-ci s'en rendre compte. J'ai catégoriquement refusé ce procédé que je trouvais particulièrement ignoble. J'ai appris par la suite que la plupart de mes collègues l'avaient fait installer et qu'il se délectaient d'écouter des conversations privées que les personnes ne manquaient pas d'avoir, bien évidemment. Ce n'était même pas une occasion de sanctions, mais un moyen malsain de "voyeurisme auditif" si je puis me permettre cette expression ! C'était aussi un moyen de chantage et d'obtention de "faveurs" dont certains se vantaient. Par la suite on a vu, avec l'informatique, les badges et les caméras disséminées un peu partout, le filtrage et la lecture préalable des e-mails par le chef, combien ce contrôle permanent est devenu monnaie courante et quasiment admis partout.

Ainsi, de par son propre fait, sa propre attitude, l'homme abandonne-t-il progressivement de nombreux terrains de liberté qu'il s'était chèrement octroyé dans le passé. Tout cela parce qu'il ne se montre pas capable d'assurer le contrôle de lui-même, et donc il est prêt à s'en remettre à d'autres pour le contraindre et le forcer, éventuellement par la violence, à exécuter ce que, de par lui-même, de par la référence à sa propre conscience, il serait par ailleurs parfaitement capable de réaliser. Quel paradoxe ! Quel comportement adolescent traîne-il ainsi jusqu'à sa mort !...

Qu'est-ce donc "avoir le contrôle de soi". C'est pour moi la capacité pleine et entière d'exercer une liberté d'adulte. L'adolescent n'a guère le contrôle de lui dans la mesure où il tente de conquérir sa liberté en s'opposant à tous et son contraire. C'est certes une étape nécessaire, mais combien d'humains en reste à celle-ci. Combien de nos hommes politiques sont encore de grands adolescents en étant systématiquement de l'avis contraire de leur adversaire, même si, en leur for intérieur et en privé, ils pensent qu'il a parfaitement raison. Il faut voir l'ambiance des débats à l'Assemblée nationale : une vraie classe d'adolescents boutonneux !

L'adulte libre est celui qui est capable de référer à sa "conscience profonde" et de se soumettre librement à ce que celle-ci lui indique comme chemin. Sans doute faudrait-il que je définisse la "conscience profonde", qui n'est pas seulement une perception intuitive de ce qui serait bon d'accomplir, mais qui est plus vastement la possibilité de synthétiser une décision réaliste, à prendre après analyse de la situation, des influences extérieures, des phénomènes parasites tels que les inhibitions personnelles, les peurs de déplaire, les feux de paille des emballements, etc. ; et surtout de l'écoute de cette fameuse petite voix intérieure qui est une forme de guide sûr, auquel on peut faire confiance. Chacun à cette expérience-là, il en a au moins la pré-conscience dès l'enfance, et de cela je suis convaincu. [Même si par la suite cette conscience peut s'engloutir chez certaines personnes, qui deviennent alors capables des pires actes et de dénier toute responsabilité dans ceux-ci].

J'ai la prétention de penser que l'une des fonctions essentielles du parent, et donc l'un des points de sa responsabilité, consiste à faire percevoir à l'enfant ce qu'il en est pour lui de cette "conscience profonde" à laquelle il sait accéder dès son plus jeune âge. J'ai déjà plus ou moins abordé cette question ici. J'y reviens et j'y reviendrai sans doute encore, tellement, compte tenu de mon expérience de vie, j'accorde un prix très particulier à ce type d'éducation.
Je viens d'une époque où il y avait une survalorisation d'une conscience légaliste, à base de bien et de mal, de permis et d'interdit, de récompenses et de sanctions. Tout cela se fondait sur la crainte du châtiment divin d'un côté et sur la peur du gendarme d'un autre. On était encore loin d'une référence à une conscience profonde, qui était d'ailleurs plutôt considérée comme quasiment maléfique, puisque la civilisation judéo-chrétienne développait le concept d'un homme foncièrement mauvais, pécheur, pourri de l'intérieur de par sa naissance [le péché originel].

Avec l'évolution des mœurs, la libération dite sexuelle, la permissivité ambiante [il est interdit d'interdire], la critique des "valeurs bourgeoises", l'extraordinaire chute d'influence de l'église catholique (qui, une fois de plus n'a rien compris à ce qui se passait...), le développement des médias et de la publicité qui installent progressivement la culture de l'hédonisme, de l'individualisme, pour ne pas dire de l'égoïsme, on s'éloigne encore et toujours de la référence à la "conscience profonde", pour s'en remettre totalement à la conscience anesthésiante du courant sociétal actuel, fondamentalement mercantile, qui propose de vendre du bonheur à chacun dans les grandes surfaces ; ce qui constitue le plus bel exemple de tromperie que l'homme a su inventer, mais pire encore, auquel il se soumet lui-même bêtement et volontairement, même si une nouvelle forme de contestation commence à voir le jour.

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Le malheur sied à l'homme


Ainsi donc, encore un siècle et s'en sera quasiment terminé de l'aventure humaine, selon nos délicieux prophètes de malheur modernes que sont les grands scientifiques météorologues, relayés par de merveilleux porte-voix modèles labélisés Nicolas Hulot, cet animateur richissime de TF1, en mal de complément de notoriété.

Admirons au passage la performance consistant à déterminer au dixième de degré près la hausse de la température pour dans un siècle, alors qu'en général les météorologues ne sont pas foutus de nous donner le temps qu'il fera demain sans se tromper une fois sur trois.... Mais passons...

L'homme a besoin de prophètes. Cela existe depuis la nuit des temps. Il a d'ailleurs toujours eu une préférence pour les prophètes de malheur, qui font beaucoup mieux recettes en annonçant des Apocalypses, des fins du monde pour demain matin, des épidémies et des cataclysmes. La Bible et bien d'autres textes du même tabac (pardon, il ne faut plus dire tabac, c'est désormais interdit... Je rectifie : du même acabit), sont truffés de prophétie plus délirantes les unes que les autres qui, si elles s'étaient réalisées, aurait fait disparaître la race humaine de la face de la terre et nous ne saurions pas là en train, moi d'écrire, vous de me lire.

Pour que cela marche, le prophète a absolument besoin de s'exprimer au nom d'une autorité supérieure qui lui a fermement commandé de parler. Dans le passé, on croyait en Dieu bien plus qu'aujourd'hui, alors, le prophète parlait au nom de Dieu s'il voulait être crédible et vendre sa marchandise. Aujourd'hui, on croit beaucoup moins en Dieu, alors pour être crédible le prophète scientifique parle au nom du Grand Ordinateur, lequel est un engin tellement perfectionné qu'il ne peut que prononcer la Grande Vérité des Vérités. Au nom du Grand Ordinateur, je vous l'affirme, nous sommes totalement foutus !

Le rôle du prophète est aussi de culpabiliser l'homme à mort (c'est le cas de le dire !). Il est là pour que l'on remette de l'ordre dans la maison. Lui, le prophète, il n'est responsable de rien, mais nous les hommes, nous sommes de sacrées crapules qui devons dès aujourd'hui expier pour ce qui ne se produira pas demain. Détruit ta bagnole ! Crève de froid en arrêtant de te chauffer ! Étouffe-toi avec un sac plastique ! Arrête de péter c'est un gaz à effet de serre ! D'ailleurs, interdisons la culture du haricot car le fayot fait péter ! Détruisons les vaches pour la même raison, elles pètent bien trop !

Observons que les Scientifiques et le Grand Ordinateur ont progressé dans la manière de nous vendre leurs prophéties de malheur. Désormais, la prédiction de la fin du monde, c'est le siècle. Il faut bien dire que les scientifiques avaient un peu perdu en crédibilité en nous annonçant des malheurs terribles à brève échéance, qui bien évidemment, ne se sont pas produits : souvenez-vous du Bug de l'An 2000 ! Cela devait être la catastrophe ! Souvenez-vous du prion et de la vache folle : il devait y avoir des millions de morts... On attend toujours... Et notre récente grippe avière ! Quel flop ! On a dépensé des millions d'euros de nos impôts pour faire des stocks de masques, de médicaments et de je ne sais trop quoi encore... J'entends encore ce Grand Scientifique dont j'ai oublié le nom, qui, sur France Inter, (radio de service public!!), nous indiquait l'urgence des urgences de se préparer (à mourir ?) Car la grande pandémie, garantie mort assurée, était pour les semaines à venir... On attend toujours...

Et pour mes vieux lecteurs, vous vous souvenez de cette fin du monde annoncé pour le 14 juillet il y a bien des années ? Et la grandes guerres atomiques dans les années 50 qui devaient nous décimer dans les mois qui arrivaient ? On attend encore...
Et n'oublions pas de mentionner ce merveilleux mythe du débarquement imminent des martiens... (Mais qu'est-ce qu'ils foutent ? Ils n'avaient pas de GPS les martiens ? Ils se sont paumés ; ...)

Il doit y avoir dans le fond dans notre cerveau reptilien un intense besoin de nous maintenir dans la peur permanente, individuelle et collective, il nous faut sans cesse être confronté à un ennemi, chimérique ou avéré, mais absolument indispensable pour vivre. Finalement nous avons besoin d'une loi de la jungle qui génère un perpétuel combat contre quelque chose ou quelqu'un. Pour unifier un peuple, il lui faut toujours un ennemi commun à combattre. Pour réconcilier une famille, il faut que celle-ci puisse s'en prendre au voisin de pallier. Pour combattre le chômage, il faut en rendre responsable "l'étranger", le chasser à coups de pieds dans le cul.

Alors, comme l'homme actuellement recherche confusément une unité planétaire, qui passe par ce qu'on appelle la mondialisation qui est une sorte de balbutiement économico-sociolo-psycho-tout-ce-qu'on-veut allant dans ce sens, il faut absolument qu'il se trouve un ennemi commun, une lutte à entreprendre contre quelque chose. Un projet fédérateur, unificateur. Comme on n'a pas trouvé mieux que ce concept d'ennemi commun : on a choisi une mayonnaise qui pourrait prendre, parce qu'elle est censée concerner chaque humain (quelle aubaine !) : luttons tous ensemble contre le réchauffement de la planète ! N'y a-t-il pas projet plus noble que de se sentir chacun responsable de sauver l'ensemble du monde ? N'est-ce pas là une extraordinaire raison d'existence ? Chacun de nous deviendrait, à sa petite mesure, sauveur de l'humanité tout entière... Que voulez-vous trouver de plus fédérateur...
Allons enfants de la patrie,
le jour de gloire est arrivé !

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Alors ? Heureux ?


Sur notre petite planète il me semble qu'il n'y a guère de gens pour déclarer qu'ils n'ont pas envie d'être heureux. Et tous ceux qui pensent que ce n'est pas possible ici-bas rêvent d'un paradis caractérisé par une félicité éternelle.
Pourtant, lorsque le bonheur se présente est-il certain que nous l'accueillons pleinement pour ce qu'il est ? Est-il certain que nous le goûtons totalement ?
À peine a-t-il surgi, que l'on s'en étonne et que déjà on s'interroge et même on s'inquiète : pourvu que ça dure ! Le bonheur nous apparaît tellement comme un bien précieux et rare que lorsqu'il surgit nous n'avons de cesse que de s'interroger à son propos. Comment se fait-il que cela soit si merveilleux ? Est-ce que je le mérite ? Et puis il y a tellement de malheur autour de moi... Ne faut-il pas que j'y renonce !

Pour certains, rapidement, ça tourne au vinaigre. Le moindre petit grain de sable dans le rouage du bonheur sera l'occasion d'en faire une pierre qui grippe la machine et l'arrête. Comme le bonheur est souvent (si ce n'est toujours) liée à une situation relationnelle, nous ne pouvons nous empêcher d'avoir ce sentiment confus que l'autre est peut-être à l'instant plus heureux que nous, ou pire encore qu'il se sert de nous pour son bonheur égoïste. Et comme il n'est pas question qu'il soit plus heureux que nous, autant gâché tout de suite le côté délicieux de l'instant en soulevant la petite bricole qui va parfaitement servir à plomber l'atmosphère. Et dans ce cas, nous savons exceller dans la parfaite mauvaise foi.

Car c'est très subversif le bonheur, c'est particulièrement dérangeant tant c'est simple et ça ne fait pas de bruit. Le bonheur on l'accueille comme une gratuité, quelque chose qui surgit parfois comme un inattendu ; quelque chose qui suppose un lâchage de notre part à une altérité, c'est-à-dire à une extériorité. Le bonheur suppose une forme d'abandon que l'on peut confondre avec une dépendance. Alors nous préférons reprendre les choses en main, être actif et revenir à plus de sérieux, car enfin, c'est bien connu, la vie doit être une épreuve plus qu'un délice. Le bonheur n'est intéressant que lorsqu'il est une promesse pour demain et non pas une réalité de l'instant.

"Les gens heureux n'ont pas d'histoire", déclare le dicton, or nous voulons avoir « une histoire », quelque chose à raconter qui puisse attirer l'attention sur nous. Et quoi de mieux que des malheurs à exposer et développer à l'envie pour attirer l'attention sur soi ! Dire que l'on est heureux, que tout va bien, que la vie s'écoule tranquillement, n'intéresse pas grand monde. D'ailleurs si c'était le cas nous n'aurions que des journaux télévisés et des radios qui nous raconteraient combien la vie est belle. Or pour faire de l'audience il faut du malheur, des catastrophes, des meurtres, des crimes, si possible des enlèvements d'enfants, de la maltraitance et des trucs sexuellement bien crades. Là je vous garantis que l'Audimat grimpe en flèche ! Mais le bonheur, franchement on n'en a rien à foutre !

Et je n'évoque même pas toutes les formes de croyances fondées sur des principes sacrificiels, avec des rituels d'expiation et de sacrifices sanglants où la souffrance est magnifiée à l'extrême, où le martyre représente le sommet de la divinisation.
Croyez-moi, il faut renoncer au bonheur si vous voulez laisser une trace dans l'histoire et que l'on parle encore de vous. Mieux vaut mourir jeunes et dans d'atroces souffrances pour avoir du monde compassé à votre enterrement, plutôt que de mourir vieux dans la quiétude douce d'une fin dans la paix, car vous n'attirerez que quelques proches intéressés par votre héritage juteux, ou qui aime aller au bistrot en sortant du cimetière. Si vous avez été heureux, on vous oubliera très vite, si vous avez subi les pires malheurs on parlera de vous encore longtemps.

Comme j'ai envie de laisser cette trace, je vous dirai tout de suite que je suis mal, que ma vie est triste et douloureuse, que j'ai la rate qui se dilate, j'ai le foie qui est pas droit, le coccyx qui se dévisse, l'abdomen qui se démène ... En bon Dieu que c'est embêtant, je ne suis pas bien portant !


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Ô la jolie relation !



À la suite de plusieurs conversations ces derniers jours sur des sujets très divergents, j'étais frappé des retentissements à long terme de propos que l'on a pu tenir ou d'événements qui ont pu se dérouler.
Par exemple, on dit quelque chose à quelqu'un, sans volonté particulière de le « marquer », ce sont même parfois des propos anodins, de circonstance, de ces phrases que l'on peut dire sans trop réfléchir, qui ressemble plus à de la conversation mondaine qu'à des propos réfléchis, pensés, structurés. Et puis, sans qu'on le sache, nos propos inconséquents tombent sans crier gare directement sur un champ de mines dans le monde intérieur de l'autre. PAF ! Et la réaction en chaîne des explosions se met en branle. Un vrai feu d'artifice qui crépite dans tous les sens à l'intérieur de la personne touchée par la salve anodine.

Parfois, la réaction est immédiate et l'on tombe des nues.
- "M'enfin ! Je n'ai rien dit d'extraordinaire qui puisse te mettre dans cet état… !!"
eh bien si, c'est l'effet papillon. Un petit souffle de parole, et vlan, on déclenche un tsunami chez notre interlocuteur.
On avait oublié, ou même on ignorait, que notre interlocuteur était « sensibilisé » (comme un allergique peut l’être) au sujet en question ou à notre manière de dire les choses, ou qu'il était imperméable à notre forme d'humour décalé. C'est un peu comme les allergies. Il est des pollens verbaux qui nous font criser, étouffer, mettre en colère.
Dans le meilleur des cas on arrivera à s'expliquer ou à tenter de se comprendre. Mais parfois c'est impossible, surtout si la réaction de l'autre consiste à nous décocher lui-même une salve bien sentie en direction de notre propre champ de mines.
Alors là, la guerre est déclarée. Les offensives peuvent commencer.

Dans le registre des grands auteurs comiques ou des pièces de boulevard, ce registre-là est largement exploité pour nous faire rire en mettant en scène des personnages susceptibles et soupe-au-lait, construisant à partir d'un événement anodin, toute une mayonnaise horrible de quiproquos, d'engueulades, de concours de mauvaise foi, etc.
Si l'on rit autant, c'est bien que quelque part cela touche des ressorts profonds de nos pensées et comportements, de nos modes relationnels et de leurs défaillances.
Dans ce genre toujours, les auteurs de la série « un gars, une fille », ont su parfaitement ciseler des petits bijoux comiques à partir de ce type de fonctionnement relationnel.


Parfois, la réaction est à effet retard et on tombe encore plus des nues.
Parce que l'autre nous fait plus ou moins la gueule pour un truc qui s'est passé il y a 15 jours ou trois mois. Nous, on a tout oublié évidemment, mais chez l'autre le petit vélo cérébral s'est mis à pédaler à toute vitesse pour faire produire par le cerveau tout un ensemble des toxines envahissantes qui vont instiller dans le corps leur lot de malaises, d'aigreurs et de ressentiments, de dévalorisation ou de désir de vengeance, allant croissant et qui, bien entendu, seront absolument entièrement la faute de l'autre. « Il n'avait qu'à pas me dire ça ! ». Alors, après avoir bien fait mariner, bien entretenu et alimenté notre fiole de poison, quand on rencontre ce fameux "autre", il va s'en prendre plein la poire pour pas un rond !...


Bien sûr, les échanges et les mises au point que l'on peut avoir dans la relation, surtout si celle-ci est importante à nos yeux, peuvent permettre de clarifier, dédramatiser, et faire en sorte que la relation en ressorte rétablie, voire grandie.
Mais je pense que la seule manière vraiment de s'en sortir, c'est la reconsidération de soi-même, l'analyse des ressentis sous-jacents, la remise en cause personnelle. Enfin, pour ma part, je ne vois vraiment que cela qui puisse être efficace à terme. Je parle évidemment de mes propres réactions exagérées, de mon propre champ de mines antipersonnelles. Il faut que j'aille résolument empêcher mes grenades d'exploser. Puis, revenir dans la réalité de la relation qui cherche à se construire non pas à se détruire.
Encore faut-il trouver en face un vis-à-vis qui soit dans les mêmes dispositions. Ce n'est pas toujours le cas, ce n'est pas toujours évident. Il est des personnes qui ont un permanent besoin de vivre sur le registre des relations conflictuelles. Cela leur donne le sentiment d'exister et de s'affirmer. Dans ma vie professionnelle, j'ai eu à côtoyer ce genre d'individus. Ce sont probablement parmi mes souvenirs les plus meurtrissant en terme de relations qui cherchaient à se construire.
C'est d'autant plus terrible que je fus moi-même de ce genre-là. Quelqu'un capable d'agressions verbales tranchantes comme des coups de rasoir dont j'avais le secret. C'était ma manière de me défendre contre ma faiblesse intérieure, contre mon gouffre personnel d'absence d'amour. Abysses de désespérance dont je ne voyais pas le fond. A ce petit jeu, je m'enorgueillissais d'être toujours vainqueur. Triomphe amer et dérisoire de celui qui avait perdu l'essentiel...

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Le tourisme intérieur



La période estivale est, pour un certain nombre de personnes, un temps favorable pour faire un peu de *tourisme intérieur*. Certains rejoignent des monastères ou quelque vieux moine à la mine authentiquement fausse de celui qui a découvert Dieu derrière un pilier un soir de Noël des années 50, vous fera miroiter la paix éternelle. Hélas, vous ne la gouterai que quelques secondes éphémères, au détour d'une allée, où un bouquet de fleurs placé au bon endroit par un bon père, vous fera entrevoir le Paradis terrestre.

D'autres s'en vont marcher, qui en montagne, qui au désert, qui sur les chemins de Compostelle, avec l'espoir qu'en se perçant une cloque au gros orteil le troisième jour de marche, ils auront la révélation du sens de leur vie, tant il est vrai que si certains lisent dans le marc de café, d'autres découvrent dans la transpiration de leurs pieds, les effluves suaves de l'illumination.

Les avides de spiritualité intellectuelle vont s'abreuver de belles paroles ésotériques réservées aux initiés. Ils ne comprennent pas tout, mais font confiance aux assistants patentés du gourou en chasuble blanche. Des adeptes de la première heure - (il est toujours bon d'être un adepte de la première heure) - les introduisent avec des mots sucrés dans les profondeurs abyssales de la pensée du Maître, laquelle se résume le plus souvent à des lieux communs enrobés de formules savantes destinées à justifier les honoraires exorbitants de ces *rencontres spirituelles* réservées à des élites.

Je me moque ?
À peine !
En tout cas, je me moque de moi... Car je fus l'un de ceux-là il y a bien des années, victime consentante des marchands de pacotille mystique, lorsque j'étais en recherche de sens à l'existence et que je croyais bêtement trouver des réponses à l'extérieur de moi.

J'étais encore à confondre *touriste* et *voyageur*.

Le *touriste* passe, regarde, s'informe, éventuellement s'instruit, et surtout il peut raconter et raconter encore à son retour, tout ce qu'il a vu... Et mieux encore, ce qu'on lui dit... qui le rend si important (« j'y suis été moi monsieur !! ») et que vous ne verrez jamais, pauvre tache engluée dans votre petit chez-vous ! Bonne pomme, vous l'écoutez, en pensant qu'il est vraiment chi*** à la ramener avec ses souvenirs de séjour au Club Machin, à l'autre bout de la planète, où il a pu parfaire son allemand, et où, même là-bas : « ils servent du Perrier ! »

Celui qui, durant ses vacances, s'en va faire du *tourisme intérieur* et de cet acabit. Il vous racontera en long et en large l'émotion spirituelle qu'il a ressentie et qui l'a vraiment « bouleversé pour le reste de sa vie » (enfin pour au moins 48 heures !) ; il vous narrera les paroles profondes entendues et qu'il a interprétées à sa façon (c'est-à-dire qu'il a déformées !) ; il vous expliquera l'inexplicable, ce truc magique qu'il y a là-bas, qu'enfin « tu ne peux pas comprendre tant que tu n'y es pas allé ».
C'est sûr, sa vie va changer, il va tout bazarder et s'en aller sur les chemins d'une nouvelle existence, loin de ce monde pourri de la consommation. Et lorsqu'il aura terminé son discours, il ouvrira « l'auto journal » pour voir si la nouvelle Audi va damer le pion à la dernière Mercedes. Cruel dilemme spirituel que de choisir entre ces deux merveilles temporelles.... !
Il faudra qu'il en parle au gourou...

Le *voyageur* est souvent un être silencieux. Il ne raconte pas son aventure intérieure. Il la vit. L'aventure intérieure, à mesure qu'elle se déroule se fait Mystère et Silence. Elle fait passer progressivement de la richesse au dépouillement. Le voyage intérieur passe et repasse inlassablement par un même chemin, un unique chemin, qu'il faut d'abord débroussailler, assainir, aplanir, puis tenter de baliser.
À l'intérieur de nous-mêmes il y a pas de tour-opérateur qui aurait préparé ce voyage à l'avance. Le voyage intérieur est un circuit de découverte totale à travers une terre vierge où le seul visiteur attendu est soi-même.
Parfois, on entame ce chemin avec un compagnon de voyage. Mais vient un jour où c'est absolument seul qu'il faut s'aventurer plus avant. Car il en est ainsi de la zone la plus intime de soi : cet endroit ne supporte aucune cohabitation. On y est seul. Heureusement seul. En ce lieu de l'ultime, nul ne supporterait qu'un autre vienne y habiter. C'est l'endroit privé qui ne peut être dévoilé à quiconque.
Malheur à celui qui laisserai violer cet endroit là.

Non seulement il nécessite la solitude, mais encore il ne se relate pas, ne se raconte, ni ne se partage, même avec un autre intime de l'intime, un autre intime de soi-même. Le désirerait-on que s'en serait impossible. Ce n'est pas un lieu de narration, c'est LE lieu d'existence. Le raconter le ferait disparaitre. Le livrer à voir serait le renier.

Le risque d'aujourd'hui est que le *voyageur* se fasse *touriste*.
Le touriste vient de quelque part et y retourne. Il n'habite, ni ne demeure dans son lieu de villégiature.
A son retour, il raconte.

Le Voyageur EST SON voyage. Il l’incarne totalement. Le voyage c'est lui-même en vibration, en mouvement.
Il n'y a pas de "retour ailleurs". On ne "revient" pas d'une telle expédition. On vit dedans et avec. Sans cesse.
Ainsi le voyageur est présence à l'instant du voyage. En marche, jamais il ne s'arrête, puisque sa raison d'être est l'Aventure du périple intérieur.

D'une certaine manière, on n'a rien à en raconter... Rien à en dire vraiment...
Et cependant, le désir de partage demeure...

(À suivre...)

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Le désir du *voyageur*


Je disais ailleurs que le *touriste* aime raconter ses aventures, ses voyages. C'est parce qu'il parle d'ailleurs, d'autres endroits que ceux qui sont les siens habituellement. Son récit est distancié. Il a pris du recul. Son discours peut être passionnant, analytique, savant, documenté. Il n'en est pas moins distant. Il a observé de l'extérieur et fait état de ce qu'il a vu, soit avec une volonté de totale objectivité, soit, le plus souvent, en y mêlant ses impressions personnelles, ses ressentis, ses jugements.
Même s'il livre ses impressions personnelles, le touriste parle d'un autre, des autres.

De même en est-il du *tourisme intérieur* : on n'est pas véritablement en contact avec les zones les plus profondes de soi. On parle d'elles, ou de ce que l'on croit qu'elles sont. Mais on n'a pas encore fait réellement le voyage jusque là. C'est une première manière d'approcher. Cependant bien des gens en restent à cette étape de *touriste*, se contentant des petites émotions spirituelles ou pseudo-extraordinaires qui ont pu être vécues et ressenties à l'instant T. Ces moments sont considérés comme hors du commun des mortels. Il faut donc sans cesse raconter cette expérience où ces expériences-là. Elles sont bouclées sur elles-mêmes. Elles en deviennent egocentrées. Cela peut même devenir un objet de fixation. Tout s'enroule autour de cet émotionnel et de son histoire plus ou moins fantasmée. Mais, on le sait, l'émotionnel est une émanation. Il est comme la vapeur d'essence qui n'est déjà plus l'essence elle-même. Or, ce qui intéresse aujourd'hui, c'est d'abord le ressenti, plus ou moins « extraordinaire », que l'on peut palper, « vivre » ; dont on peut parler, d'autant que le côté magique attirera toujours l'oreille de celui qui cherche « des sensations fortes ». Autrement dit, le *touriste intérieur* s'intéresse à la mousse périphérique qui, comme la bave, se dépose sur les lèvres et permet mutuellement de se lécher les babines avec délectation.
L'expérience intime risque alors de devenir un fait historique. On le relate, on le montre comme un film de vacances. On en parle au passé. C'est-à-dire que c'est terminé, cela ne se reproduira plus. Il n'y a pas de continuité expériencielle.

Le *voyageur de l'intérieur* est par essence, par nature, un voyageur au long cours. Il fait la course au large en permanence. D'une certaine manière c'est un éternel voyageur. On pourrait parodier la chanson de Renaud : « ce n'est pas l'homme qui prend la mer, c'est la mer qui prend l'homme », en disant : « ce n'est pas l'homme qui prend le chemin de l'intériorité, c'est l'intériorité qui prend l'homme tout entier ».

Le *voyageur de l'intérieur* navigue dans des eaux profondes. Tel le plongeur en apnée, il est attiré par le fonds de lui-même, cet *endroit* que l'on découvre au-delà de l'émotionnel, cette sorte de lieu originel des ressentis avant même qu'ils ne se manifestent à la perception et à la conscience. Ce lieu où se trouve concentrée notre nature première, originelle autant qu'originale ; ce lieu-source, et je dirais même de pré-source, puisqu'il s'agit de l'endroit de soi-même qui précède le jaillissement de la vie indéfiniment reçue.
Là, on peut quasiment toucher notre point d'origine avant même qu'il ne se manifeste à nous. Je dis « quasiment », car le toucher réellement n'est pas en notre pouvoir de perception effective. Il en est d'ailleurs de même à l'autre bout de notre destin, lorsque nous rencontrerons « la mort » (la mort n'est pas quelqu'un, mais elle n'est pas non plus personne), nous ne pourrons pas la toucher, ou plus précisément nous n'aurons pas la conscience de ce ressenti-là, étant donné que la mort sera là à l'instant même où nous ne serons plus.
Et puis, ce point d'origine s'éloigne à mesure que l'on s'en approche, tout comme l'horizon inatteignable.

Il n'est pas réellement possible de poser des mots descriptifs sur ce à quoi mène le *voyage intérieur* lorsqu'il navigue au plus près de son origine.
Le *voyageur de l'intérieur* aimerait pourtant satisfaire son désir de partager cet expérienciel avec un auditoire capable d'en percevoir l'ampleur et la profondeur. La seule possibilité qui s'offre à lui et celle de se mettre dans la mouvance d'un maître spirituel authentique (et j'insiste sur le mot « authentique »). Or, il en existe bien peu. Plus précisément la possibilité d'en côtoyer un effectivement et dans la durée se compte sur les doigts d'un manchot !

La plupart des gens que j'ai pu rencontrer, parce que je suis allé à leur recherche, et qui ont vécu ce qu'ils appellent des expériences spirituelles, ne sont le plus souvent que d'affreux bavards imbus d'eux-mêmes, relatant à l'envie des séquences de sensibleries exacerbées, faisant état de délires mystiques plus ou moins frelatés, qui, au mieux, méritent un article dans une revue de pseudo-Psychologies (décadentes sur papier glacé, supports de pubs du bien-être à haut rendement énergétique !!!), pour un lectorat en mal de phénomènes étranges et de tables tournantes !

Les mystiques chrétiens (ceux que j'ai pu lire) relatent d'intéressantes expériences avérées, mais la permanence d’une interprétation religieuse de ces phénomènes m'a toujours semblé à la fois gênante et réductrice, au sens qu'il y a toujours un présupposé divin. Dans cette perspective, nécessairement le voyage intérieur est destiné à rejoindre Dieu, en tant que source première du Tout. Or, ce que j'appelle cet avant-source, rien ne démontre par avance qu'à cet endroit se trouve un Autre, (qu'on l'appelle Dieu ou qu'on le nomme autrement, qu'importe). Et si l'on a comme préalable la recherche de cet Autre, forcément on ne peut faire autrement que le trouver... Tant il est difficile de rester en la seule présence d'un *non-étant* qui ne serait pas le néant, sans être non plus « quelqu'un ».

Demeurer dans ce mystère me plaît beaucoup plus, - et pour tout dire m'attire plus -, que les solutions toutes faites que proposent la plupart des religions, lesquelles, au lieu de demeurer dans l'attitude de l'observance mystique et mystérieuse, proclament et affirment des dogmes infaillibles, des lois divines intangibles, des certitudes éternelles, des vérités toutes faites et dogmatiques, à coups de canons. Et il faudrait que chacun « se convertisse » pour former une armée unique et conquérante allant en chantant massacrer les impies à coups de crucifix tranchants et de mitrailleuses bénies par les évêques au nom de Dieu. Pouah ! Quelle horreur !

Si le *voyageur intérieur* peine à rendre compte avec des mots de son expérience personnelle, il n'en demeure pas moins que celle-ci transparaît dans sa personne. L'expérience se voit. Ce voyageur-là ne parle pas de ce qu'il avait pu découvrir au tréfonds de lui-même, mais il répond « autrement » aux questions posées à ce sujet. Il m'a fallu du temps pour comprendre que je n'étais encore qu'un *touriste intérieur*, avide de connaître par procuration plutôt que de tenter moi-même l'aventure. Il m'a fallu du temps pour comprendre que j'avais à me *laisser être* dans la compagnie du *voyageur*, plutôt que l'interroger. Je ne dis pas parler de moi, car parler de soi, discourir sur son ego, c'est facile... Tout le monde le fait... Et puis pour cela il y a les psys et autres "écoutants" de tout poil...
Mais, « se laisser être » c'est tout autre chose encore. C'est entrer dans le dépouillement d'un face-à-face qui n'a pas pour objet une connaissance mutuelle, mais la recherche de la source intérieure et de ce qu'elle contient comme mystère universel.
Cela suppose d'être entré avec l'autre dans une forme de proximité intime singulière qui ne relève pas de la relation affective au sens classique du terme, mais du degré d'intimité spécifique qui unit maitre et disciple.

Cette intimité-là mêle simplicité et déférence, égalité et distance, égards et exigences. Elle est une sorte de relation "codifiée". On ne rencontre ni un ami, ni une personnalité, et encore moi un gourou, mais un Maitre ... le sien...
Le vrai disciple est à la fois révérencieux et effronté. D'une certaine manière il fait-le-maitre-se-faire. Car, pour moi, (dans la perception que j'en ai en tout cas...), c'est le disciple qui fait le maitre, plus précisément qui le révèle à lui-même, c'est à dire à sa responsabilité de maitre. Or, le vrai maitre est serviteur du disciple. Ce n'est donc pas une place enviable, vu les exigences que peut avoir ce dernier.

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Les dieux ont l'avenir devant,
s'ils ne font pas demi-tour.


S'il est un produit qui fonctionne bien, c'est Dieu et/ou les dieux. Tant il est vrai que l'homme a besoin des perspectives bénéfiques qu'offrent les divinités. Il semble tellement difficile de supporter sa condition de mortel, de finitude, qu'il est nécessaire de s'en éloigner en élargissant le champ des possibles.

On peut s'éloigner en fuyant cette perspective : « la mort je n'y pense jamais. » En se grisant des instants qui passent, et Dieu sait (tient encore lui !) si nos sociétés dites modernes font tout pour cela ! Mais la question revient nécessairement, car des morts, il y en a sans cesse et partout autour de nous, soit qu'ils nous touchent directement, soit qu'ils s'étalent chaque jour que Dieu fait (décidément toujours lui !) dans les journaux, sur Internet, à la télé... Guerres, accidents, catastrophes, attentats, et j'en passe... Mais enfin, il faut dire que l'on s'y habitue, et que l'on a même trouvé la parade en devenant de simples comptables de cadavres :
- « l'ouragan Machin a fait 2.412 victimes... »
- « ah bon ! Pas plus ? ».
Ou alors il y a le grand jeu de l'été organisé par le gouvernement : le challenge c'est : moins de tués sur les routes ! Qu'est ce qu'on gagne ? : Si les automobilistes ce sont bien comportés, une petite ristourne sur la prochaine prime d'assurance auto. Moins de cadavres = plus de sous ! Comme quoi la mort peut rapporter gros...

Tout cela est très boutiquier. Ça manque de souffle. Le dernier soupir manque de souffle. Et les pompes religieuses ne sont plus prisées comme dans mon enfance. La mort de l'homme n'est plus qu'un produit de consommation courante.
Décidément : rendez-nous les Dieux !

Hélas (oui je dis bien hélas...) Le produit religieux ne fait plus tellement recette. Le produit chrétien est complètement déconsidéré, obsolète et sentant la sacristie ; quant à l'islam, cela ne semble pas la tasse de thé de l'européen moyen,... En tout cas quant à présent...

Mais alors, qu'est-ce que l'on va faire de notre espérance !... Je parle ici de l'espérance collective qu'un peuple peut se donner. Tous les "grands soirs" ayant échoué, et les socialistes étant tellement dans les choux pour longtemps, que nous reste-t-il donc ? ... Sarkozy !
Il a tout du dieu qui nous manque, alors on a voté pour lui !
Et il se comporte comme un *Dieu-Providence*, remplaçant à lui seul l'État du même nom. Comme Dieu, il est partout à la fois. Apparaissant aux foules qui l'acclament, prêchant la bonne parole à ses disciples au MEDEF, envoyant ses apotres ses ministres en mission d'évangélisation dans des réunions-baratin, pour faire des miracles relayer de vaines promesses.

Il a tout compris Sarko : Dieu est mort, il le remplace !
Hélas, n'est pas Dieu qui veut.

Car, comme je l'ai dit précédemment, et/ou ailleurs, pour se faire Dieu, il faut avoir un puissant souffle d'espérance. Quelque chose qui aille au-delà des taux de croissance, quelque chose qui dépasse le riquiqui de l'indice CAC 40. Quelque chose qui soit bien au-delà du paradigme à la mode de l'écologie. Vouloir sauver la planète, c'est pas mal, mais sauver l'homme se serait peut-être encore mieux...

Ah ! Sauver l'homme ! Nous voilà retombé en pleine chrétienté ! Le pire, c'est qu'ils n'ont pas tort sur toute la ligne, les bougres ! Ils ont dans leur besace un produit génial, qui devrait cartonner à la vente, un truc qui devrait être bien plus florissant que la téléphonie mobile, un produit d'enfer (si j'ose dire !) : la vie éternelle ! Un truc garanti sur paradis. Pas de dossiers compliqués à remplir avec numéro de Sécu. Il suffit d'y croire. Il paraît que ça marche à tous les coups.

Le problème, c'est que quasiment plus personne n'achète. On n'y croit plus. Voilà le drame. Désormais c'est un truc à gogo, pour demeurés du fond des campagnes. Et puis c'est tellement improbable. Et pire encore, argument déterminant, la vie éternelle n'est pas mesurable, pas quantifiable scientifiquement ; pas comme le CAC 40 qui fait de belles courbes, de magnifiques sinusoïdales : sources de joies intenses quand ça monte, de délicieux frissons quand ça baisse, de merveilleux espoirs toujours de voir enfin la Reprise Economique et la Croissance pointer le bout de son cul à l'horizon.

Pourtant, on ne devrait pas être dupe. Et les vieux comme moi encore moins. Le coup de la Reprise économique, de la Croissance, le Paradis de la Société de consommation, ça fait quand même 30 à 40 ans qu'on nous le promet ; et on fait encore semblant d'y croire !

Mon oncle et ma tante (qui furent un peu mes parents de substitution), n'étaient pas riches, ils étaient prolétaires, ils vivaient à la campagne, un peu au jour le jour. Mais ils avaient placé tous leurs avoirs dans la Providence, la "Divine Providence", qui les comblait en tout. Aux fins de mois difficiles on priait la Providence de nous aider, de nous venir en secours et assistance. Il y avait pour cela un rituel à suivre consciencieusement.
On pourrait s'en moquer ! Oui mais voilà, ça marchait ! Je veux dire que l'extraordinaire confiance qu'ils avaient en la "Divine Providence" les préservait de l'angoisse. Et lorsque celle-ci affleurait chez ma tante, plus sensible ; mon oncle disait simplement : « il faut prier ! ». - « Oui, Jules » répondait-t-elle en sortant son chapelet. Et à mesure qu'elle égrainait les grains d'olivier, l'angoisse s'anesthésiait.
Aujourd'hui, en cas d'angoisse, on va voir son médecin, son psychiatre, lequel déclare : « il faut prendre un cachet ! »
La Divine Providence n'est plus ce qu'elle fut...
Après ces rituels confiants, les lendemains de mon oncle et de ma tante étaient meilleurs. Ils avaient sans doute comme bonus l'absence d'accoutumance et de dépendance aux cachets !
À égalité d'effets, mieux vaut peut-être la Providence que le Prozac...

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Qu'est-ce que tu dis ? ?



Ma tendance naturelle est de penser que ce que je dis est compris de l'autre. Et même, que c'est d'autant mieux compris que l'on se connaît bien, voire de longue date.
La réciproque est aussi vraie. J'ai tendance à penser que je comprends ce que l'autre me dit. D'ailleurs, c'est une expression qui me vient facilement : « Oui, je comprends ». Parfois, je suis un peu plus ajusté en disant : « je crois comprendre ».
Mais est-ce si sûr ?

Il y a des relations où l'on vit pas mal d'incompréhension alors que l'on prétend au contraire. Et ceci en toute bonne foi évidemment. Dans un certain idéal, il faudrait arriver à comprendre l'autre tel qu'il se comprend lui-même, ou plus précisément tel qu'il se perçoit, même si, à nos yeux, la manière dont il se voit ne serait pas « la bonne ». Car c'est bien connu, on a tendance à croire que l'on a de l'autre une perception plus exacte que celle qu'il a de lui-même : « je le sais mieux que toi qui tu es ! », joli processus de domination sous couvert d'empathie !

En ce domaine d'une compréhension réciproque, l'observation des blogs et des systèmes de commentaires est intéressante, pour ne pas dire édifiante. On voit des commentaires qui se veulent des reformulations et qui mettent à côté de la plaque, aux dires mêmes de l'auteur. À l'autre extrémité on voit des commentaires qui disent mieux la pensée même de l'auteur du billet, mais cela n'a pas admis par ce dernier. Etc.
Pour ma part, il m'arrive de lire des propos dans lesquels je ne reconnais pas ce que j'ai voulu exprimer. Si, par exemple, cela vient d'une personne que je connais quelque peu, je me dis : il/elle a passé ce que j'ai dit au tamis de ses propres grilles de lecture, de ses propres schémas de pensée, et la restitution qui est faite en est déformée à proportion.
Parfois, j'ai le sentiment d'avoir dit assez clairement « blanc », et je vois que l'on a compris « vert ». Parfois c'est l'inverse, on a compris « encore plus blanc » que ce que je cherchais à dire en balbutiant. C'est alors que je me sens non seulement compris, mais aider dans l'élaboration de ma propre pensée.

Lorsque je laisse moi-même un commentaire, après avoir cliqué, je me dis parfois que je suis peut-être totalement à côté de la plaque. Mais c'est sans doute comme cela qu'on avance. Par tâtonnements successifs.

Reste cependant, que plus ou moins bien ou mal compris, c'est pour moi toujours intéressant. Cela m'oblige à revenir constamment à cette réalité des énormes incompréhensions qui existent entre les hommes (les êtres humains en général) et qui sont sources de beaucoup de tensions relationnelles, lesquelles courent toujours le risque de dégénérer en conflits.

Chercher à comprendre l'autre est un exercice difficile, coûteux, fatigant, qui demande une forte décentration de soi, tout en restant présent à sa propre réalité. Comme j'ai toujours aimé écouter les gens, et si possible tenter de les aider, j'ai cherché à acquérir autant des savoir-faire que de savoir être dans l'écoute d'autrui. Je n'ai pas la prétention d'y être arrivé, et même j'ai de plus en plus l'impression que cela relève de "mission impossible", car, les phénomènes parasites sont innombrables. Les miroirs déformants, les loupes grossissantes, les filtres simplificateurs, les a priori, le milieu culturel d'appartenance, les schémas personnels, l'action de l'inconscient, les conceptions acquises, les dysfonctionnements personnels, etc. sont légions. Sans compter la dose de mauvaise foi que nous sommes capables d'ajouter lorsque nous avons avantage à faire semblant de ne pas comprendre ou à déformer sciemment le réel. Et, cerise sur le gâteau, le refus de reconnaître ses erreurs et ses errements.

Et puis, nous sommes bien plus préoccupés par notre propre besoin d'être compris, que par l'effort de compréhension de l'autre. C'est comme une pente naturelle. Ce terrain-là est d'autant plus pentu si dans notre enfance on a cherché à nous inculquer une multitude de choses, plutôt qu'à se faire attentif au surgissement de notre personnalité naissante.
Bien souvent, notre volonté affichée, proclamée, de vouloir percevoir l'autre dissimule de fait la peur que nous avons de ne pas nous-mêmes être compris. C'est plutôt : « je cherche à comprendre en toi si tu m'as compris moi ! » L'égocentrisme a de merveilleuses subtilités !

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Temps gagné, vie perdue.



Mon rapport au temps a toujours été quelque peu compliqué. J'ai souvent été dans une sorte d'oscillation entre, d'une part, travailler vite, beaucoup et bien, être efficient ; et, d'autre part, vivre de la philosophie de type Moustaki !: « Nous prendrons le temps de vivre, d'être libre, mon amour ! »...

C'est un peu antagonique. Un peu comme l'avoir et l'être. Comme s'il fallait sans cesse faire le choix de l'un ou de l'autre. Gagner du temps où vivre sa vie.
C'est une banalité de dire qu'aujourd'hui nous sommes de plus en plus dans le : *tout tout de suite*. Au plan professionnel, je me souviens des débuts du fax, qui devait être une facilité et qui fut un véritable enchaînement à la machine. Il fallait répondre par retour, si possible même avant d'avoir lu le contenu du fax. Quoi ! Attendre 24 heures qu'un courrier arrive dans la boîte aux lettres ! Mais quelle horreur ! Ne parlons pas aujourd'hui du téléphone portable, des e-mails et messageries instantanées...

On repeint la maison, le patron de la petite entreprise, passe chaque jour pour voir où en sont les travaux de ses gars. Nous discutons de tel ou tel choix pour les teintes. Son portable n'arrête pas de sonner et certaines conversations s'éternisent... Je lui ai dit que je ferais mieux de l'appeler en même temps que nous parlons en face à face comme ça nous ne serions plus dérangés par son téléphone... Il a ri... jaune évidemment... Le jaune et la couleur du rire du peintre.
Alors, il m'a dit qu'il avait fait un infarctus il y a quelques mois, à cause du stress, et de ce foutu téléphone qui n'arrête pas de sonner de six heures du matin à vingt-trois heures. Je lui ai dit qu'il devrait le laisser tomber dans un de ses pots de peinture.

J'ai vécu de cette manière, où être sans cesse à la bourre donne le sentiment d'exister. Le rapport au temps est alors comme un gaz comprimé. D'ailleurs on le dit : vivre sous pression. Jusqu'à ce que cela explose. Le coeur de mon peintre a ainsi explosé.

La possession du temps, avoir du temps, en avoir, ne plus en avoir, tout cela comprime l'être et l'empêche de s'expanser. Peu à peu, dans la vie contemporaine, « le temps de vivre » tend à disparaître. L'être n'est pas rentable. Or il faut des gains de productivité. « Travailler plus pour gagner plus », mais certainement pas pour vivre mieux... Ne pas perdre une seconde, mais rentabiliser au maximum chaque instant qui passe. Le taylorisme et ses dérivés ont, pour longtemps encore, d'excellents jours devant eux, grâce notamment à tous ces systèmes informatiques qui permettent de contrôler chaque milliseconde de la vie du travailleur exploité collaborateur managé.

L'autre jour, je voyais à la télévision une publicité pour une bouilloire électrique qui permet d'avoir de l'eau chaude instantanée dans le gobelet de plastique, sur la poudre du (faux) café de même nom. Dans mon enfance, chez ma tante à la campagne, le matin on remplissait la bouilloire d'eau froide, on la posait sur le feu de la cuisinière à charbon, on préparait les bols et les tartines dans un lent rituel ; ensuite, ma tante prenait le moulin à café qu'elle serrait entre ses cuisses. On entendait le crissement des grains de café qui se broyaient sous ses coups de manivelle. Le café moulu tombait dans un petit tiroir. J'avais le droit de le retirer, puis de verser la mouture dans la chaussette sur la cafetière, sans oublier la pincée de chicorée Leroux. Ensuite on s'asseyait en attendant que la bouilloire commence à « chanter ». Commençait alors l'autre rituel de « passer le café ». Ma tante se levait pour verser l'eau chaude dans la chaussette. Elle se rasseyait, le temps que le café passe. Puis elle se relevait, pour recommencer. En tendant l'oreille on entendait le ploc-ploc des gouttes qui tombaient dans la cafetière émaillée. Mon oncle arrivait. Dans une petite tasse en faïence, il avait droit au « premier jus », plus corsé, plus aromatique. Ma tante préférait un café plus délayé, ce que mon oncle appelé du jus de chaussette !

Aujourd'hui, on déglutit très vite un expresso, un instantané, qui se prépare « tout seul » avec la cafetière électrique programmée de la veille. Ensuite, vite, vite, se précipiter dehors pour ne pas rater le train, l'autobus ou le métro, ou pour rouler vite avec son automobile, pour « passer » avant les premiers bouchons. Plus tard, on demandera à son DRH s'il est possible de suivre un stage de "gestion du stress"... Mon oncle et ma tante n'ont jamais suivi de stages de gestion du stress. Ils ont simplement vécus heureux à la campagne.

Ils ont pris le temps d'être et d'exister. Il y avait chez mon oncle cette sagesse, mi-paysanne mi-ouvrière, dont j'ai déjà parlé. Je crois que c'est par lui que j'ai commencé à recevoir ce goût pour l'être des personnes et des choses.
Hélas, par la suite, j'ai subi cette inévitable compression du temps, cette accélération étouffante du soi-disant progrès. Cette survalorisation effrénée du principe : le temps c'est de l'argent. Faire plus vite. Vendre plus vite. Gagner plus vite. Mourir plus vite. Il faut que les vieux restent jeunes : question de vitesse, de capacité réactive, d'aptitude à continuer de consommer beaucoup. Car les lenteurs de mon oncle et de ma tante faisait d'eux de piètres consommateurs. Rendez-vous compte ! Ils étaient heureux en se contentant de peu... ! Quelle horreur !

Depuis que j'ai arrêté mon activité professionnelle, je suis entré dans une progressive décompression, jusqu'à ce que mon être ait pu reprendre toute sa place. Cela ne s'est pas fait d'un seul coup. De la fébrilité à la décontraction expansée il m'a fallu passer par des stades intermédiaires.

Aujourd'hui, je suis de ceux qui ont le temps. Certains pensent que ce temps dont je dispose, ils vont pouvoir l'utiliser pour eux-mêmes : « toi qui maintenant "à du temps" est-ce que tu ne pourrais pas... ? ». Et voilà ! Les exploiteurs sont toujours là ! Me voler mon temps ! Le temps dont je dispose, il faudrait que je leur donne. Ils le revendiquent quasiment. Un inactif, un oisif, un retraité, doit "donner son temps" à celui qui n'en a pas ! C'est une question de partage, de solidarité !

Mais qu'ils aillent se faire foutre bon sang !

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ANNEE 2005


Arrete de faire le singe


On nous annonce que d'ici 2050, les grands singes auront disparu de la planète. Certes, il en restera bien quelques-uns dans les zoos du monde et la chanson de Brassens pourra demeurer compréhensible pour les générations futures :
« c'est à travers de large grilles, que les femelles du canton, contemplaient un puissant gorille sans souci du qu'en dira-t-on. Ces commères lorgnaient même un endroit précis, que rigoureusement ma mère m'a défendu de nommer ici »

Ces grands singes sont nos grands-parents. Nous avons plus de 98 % de leur patrimoine génétique dans nos corps. L'Humanité a décidé d'exterminer ses grands-parents. Mais non !, diront certains, personne n'a décidé de cela, c'est le résultat d'un ensemble, de multiples petites ou grandes évolutions, économiques, culturelles, sociétales, etc. mais personne n'a décidé de manière délibérée de supprimer les grands singes... Pourtant ils vont disparaître... Par notre fait collectif.

Pour moi, l'Humanité est une sorte de "quasi-personne" qui ressemble à chacun d'entre nous. Les actes que nous posons retentissent bien au-delà de nous et jusqu'aux confins de la planète, par une sorte de phénomène de tache d'huile.

Si on prend l'exemple de nos environnements proches, nous voyons bien combien une décision personnelle, anodine, altruisme ou égoïste, peut avoir des retentissements, sur un couple, sur une famille, sur une commune, etc. Retentissements positifs, comment retentissements négatifs. À plus grande échelle, c'est exactement la même chose. Nous portons une responsabilité collective dont nous sommes le plus souvent inconscients, quand nous ne préférons pas nous boucher les yeux et dire : « c'est par moi, c'est par moi, c'est pas moi ! ».

La disparition des grands singes que sont nos grands-parents dans l'évolution, ressemble curieusement aux comportements de nos contemporains vis-à-vis des vieux que l'on décide d'éliminer progressivement d'une existence digne de ce nom. On les parque dans les hospices et les maisons à vieux ; on les vire des entreprises ; on les culpabilise parce qu'ils vont coûter cher à la société avec leurs retraites aux montants exorbitants ; on les méprise parce qu'ils ne comprennent rien à la modernité et ne savent pas se servir de la dernière télécommande à 150 touches de fonctionnement ; on lorgne sur leurs plans épargnes et leurs économies en regardant sa montre : alors ? Pas encore mort le vieux ? ; enfin bref, c'est clair : le vieux : on n'aime pas ! Et d'ailleurs, généralement il sent mauvais. Comme le grand singe : ça pue !

Dans les sociétés dites primitives, l'Ancien était un Sage auquel on se référait. On prenait conseil auprès de lui. Il transmettait quelque chose d'une histoire, d'un savoir-faire, d'une tradition. Aujourd'hui, les savoir-faire anciens sont obsolètes. Tous. Les révolutions industrielles, puis informatiques, les technologies nouvelles, ont créé de la nouveauté radicale, de sorte que sur le plan économique la transmission des savoir quotidiens n'a plus aucun intérêt. Ça ne rapporte rien. Alors : poubelle le vieux !

Le problème du grand singe, c'est comme le problème du vieux, il n'y a pas d'intérêt économique à ce qu'on le conserve. Les vaches ne sont pas prêtes de disparaître tant que Danone fabriquera des yaourts, et tant qu'un chercheur imbécile n'aura pas inventé la molécule de synthèse qui remplacera le lait (mais ça viendra).
Alors : exit le grand singe, exit nos ancêtres lointains, exit le vieux qui va coûter bien trop cher à la collectivité.

Mes propos ne sont ni pessimistes, ni amers (quoique !), il reflète me semble-t-il une réalité que personne ne veut vraiment regarder en face : politiquement correct oblige.

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Le chiffre et la norme font vivre


Notre société à tout codifié et normé. N'a vraiment de valeur que ce qui peut se mettre en chiffre et en équation, et si possible en chiffre rond, c'est plus net ! Ainsi, il faut se lever à 7 h 30 et pas à 7 h 28. Un train peut partir à 7 h 28. Une personne ne démarre pas sa journée à cette heure là. C'est idiot. Les Chinois seront bientôt 1,5 milliards. Il serait complètement absurde de dire : les Chinois seront bientôt 1.498.385.324. Et pourtant c'est vrai, un jour ils seront exactement ce nombre. En revanche, la promotion d'un produit est toujours à 9,99 €, même si, pour payer, vous présentez un billet de 10 € et que la vendeuse ne dispose pas dans sa caisse d'une pièce d'un centime d'euro à vous rendre.

Un être humain ne peut pas se contenter d'être fait de chair et de sang, de sentiments et de passions, il est primordial qu'il soit un numéro de sécurité sociale, de carte bancaire, et que dans la file d'attente on ne lui dise pas "Monsieur Dupont c'est à vous", avec un sourire, mais : "il est passé où le 416 ?".
Si par malheur on écrit une lettre gentille avec des propos polis à une administration pour réclamer quelque chose qui vous est manifestement dû, la lettre vous est retournée avec la mention manuscrite : « mentionnez les références du dossier » écrite d'une main vengeresse. Et vous savez que la fonctionnaire obèse et aigrie a immédiatement pensé : mais quel con ce type de ne même pas savoir mettre la référence. Certes, elle aurait pu faire une recherche par le nom sur son ordinateur, mais il faut savoir discipliner l'usager et lui apprendre les bonnes manières de la vie en société bureaucratique.

Quand je fais l'amour je suis content de savoir, grâce à mon sexologue, le nombre de spermatozoïdes, à la centaine pret, que j'ai expédiés à l'intérieur de madame en fonction de l'intensité de mon orgasme du moment. Cela me permet de tenir un jour mon carnet de performances.

Et je ne peux bien évidemment terminer cet instant de défoulement sans évoquer ce merveilleux suspense biquotidien des sondages relatifs à la constitution européenne. C'est nettement mieux que la cotation en continu de la bourse. Il n'y a que deux chiffres à retenir, et même un seul pour ceux qui savent faire des soustractions. L'avenir de cette grande aventure de la construction européenne se réduit à un pourcentage, variable de sondages en sondages, d'heure en heure, qui permettent aux journaleux de bavasser à la radio ou de pisser de la copie en se livrant à des analyses cono-socio-politiquo-merdiques, vous expliquant doctement pourquoi le NON vient de passer de 52,5 % à 53 %. Et les connards que nous sommes on lit et on écoute...

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Nous ne vivons pas encore une époque moderne, mais cela vient...



Le "Groupe d'experts sur les technologies de l'information et de la communication" (Istag), créé par la Commission européenne, a proposé en 2004 : 11 "images concrètes du futur". Ces "défis" ont été retenus parce qu'ils apparaissaient réalisables sur 8-10 ans et capables de mobiliser l'opinion ainsi que les acteurs publics et privés :
1- La voiture à 100% sûre
2- Le compagnon multilingue
3- Le compagnon-robot de service
4- L'ordinateur qui se surveille et se répare tout seul
5- L'agent de police virtuel
6- Le simulateur de maladies et de traitement
7- La mémoire personnelle augmentée
8- La veste de communication ambiante
9- Le visualiseur personnel (personal everywhere visualiser)
10- L'agent de transport aérien ultra-léger (drone civil...)
11- Le magasin intelligent

Tout cela se fera dans une sorte « d'intelligence électronique ambiante », parce que nous serons sans cesse connectés ou interconnectés à quelque chose ou à quelqu'un. Il n'y aura plus l'Internet tel que nous le connaissons, mais la connexion sera omniprésente dans nos vies, exactement comme l'est l'électricité actuellement, dont nous ne saurions nous passer. La connexion devient la situation normale, la déconnexion l'exception, la liberté, et peut-être à terme, la subversion consistera-t-elle à oser se débrancher du réseau.
D'ailleurs, n'est-on pas déjà bizarre et suspect si l'on n'a pas de télévision et encore moins de téléphone portable ? Bientôt, lorsque quelqu'un se déplacera dans la rue sans le téléphone rivé à l'oreille, il sera contrôlé par les flics.

Dans la plupart des cas, actuellement, se connecter est un acte volontaire et délibéré. Demain, ce ne sera plus le cas nous serons forcément et obligatoirement tous des connectés à de multiples réseaux. Si nous ne le sommes pas nous-mêmes, tous nos objets environnants le seront : de notre classique ordinateur, en passant par le frigo, la chaîne hi-fi, le courrier électronique ou non, la climatisation de notre habitation, régulée automatiquement par les autorités locales où nationales, c'est-à-dire l'extension à tout le pays de ce qui pouvait encore ne concerner qu'un immeuble ou un quartier.
Lorsque j'étais jeune, il était impensable pour mon grand-père, qui remplissait sa cuisinière avec son charbon, d'imaginer qu'un jour tout un quartier serait chauffé par une immense chaudière collective, ou que du fond de son jardin il pourrait avec un appareil minuscule appeler n'importe qui de l'autre côté de la planète et que sa conversation soit captée par un immense Big Brother ; et pourtant tout cela a vu le jour, et bien d'autres choses encore...

Les jeunes d'aujourd'hui envient les soixante-huitard et leurs trente glorieuses. Leurs petits-enfants envieront les libertés individuelles dont ils disposent aujourd'hui et leur hédonisme triomphant. Car, dans les décennies à venir, chaque acte individuel sera contrôlé en permanence par une quelconque machinerie électronique perfectionnée. Tout cela étant mis en place bien évidemment, pour assurer notre sécurité comme le déclare en permanence mon ami Sarkozy (oui, je n'ai pas pu m'empêcher de faire cette allusion !). Il faut bien nous faire rentrer cela dans le crâne progressivement, car tel est la seule politique d'avenir : l'humain robotisé, obéissant, docile et bientôt cloné.

Certes, on va dire que j'exagère. J'aimerais bien. Mais je crains que non, et en tout cas, pas de beaucoup. Il suffit de voir combien la pose de caméras de surveillance au sein même des entreprises pour pister à chaque seconde les salariés fait florès. Il n'y a quelques décennies, les syndicats se battaient dans les ateliers textiles du Nord de la France, pour que soit aboli la demande d'un : « bon pour aller pisser », délivré une seule fois par 24 heures par le contremaître.
Aujourd'hui, chez Lidl, en Allemagne et partiellement en France, on n'en est revenue aux mêmes pratiques, notamment l'interdiction d'aller aux toilettes, et les flicages permanents par caméras vidéo : les « surveillants-vidéo » notant les « arrêts de travail » supérieurs à 30 secondes... Qui se traduisent par des avertissements et des menaces du licenciement.

Cette politique de recherche du rendement et du profit, sous couvert des impératifs de la concurrence et de la mondialisation, à d'excellents jours devant elle.
En effet, le contrepoids de la "force syndicale" s'affaiblit de jour en jour en particulier dans les entreprises privées... Et comme nous allons vers une privatisation à terme de tous des services publics... l'exploitation de ce qu'il était convenu d'appeler "la classe ouvrière" fera fureur dans les années qui viennent. Les grands dirigeants d'entreprises ont devant eux un magnifique boulevard bien dégagé d'exploitation du monde du travail... pour continuer à s'enrichir sur son dos.

Lorsque l'on tient actuellement ce type de discours, on passe pour un ringard complet. Il est de bon ton de « taper sur le parti socialiste » et encore plus sur les syndicats, dont les dirigeants ne sont que des imbéciles irresponsables, qui poussent à la grève pour emmerder le bon peuple de France...

Face à tous ces constats, je suis de plus en plus dans une déception intérieure personnelle. Les utopies, les grands soirs, les révolutions auxquelles j'ai cru, tout cela est parti en fumée. J'essaye de me raccrocher à l'espérance que l'homme porte toujours en lui la capacité à se transcender et à transcender son semblable. Qu'il pourrait un jour abandonner cette fuite en avant vers "toujours plus d'avoir", mais je crains que le principe de réalité de m'ait définitivement rattrapé.
Je deviens désabusé comme Souchon ! Alors que je l'ai critiqué de son espèce de désespérance douce et sentimentale.

On nous fait croire
que le bonheur c'est d'avoir
d'en avoir plein nos armoires
dérisions de nous dérisoire


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La propreté.


C'est terrible de voir à quel point de plus en plus de gens désirent vivre dans un "monde propre". Tout doit être clean, aseptisé, standardisé, sans pollution, sous plastique et cellophane, nettoyé, purifié. Dans les publicités, il n'y a que les femmes imbéciles qui n'utilisent pas encore les lingettes antiseptiques, les antibactériens, l'eau de Javel par hectolitres.

Ainsi, peu à peu, notre société dite moderne, avance vers une standardisation de la propreté dans tous les domaines. Je n'ai cité que des choses matérielles, mais dans le domaine humain il en va de même, et de plus en plus.

La France ne devrait-elle pas être aussi dépolluée ? N'y a-t-il pas des "déchets" qu'il serait bon d'éliminer ou d'empêcher d'entrer ? N'y a-t-il pas des gens « sales », qui n'ont pas grand-chose à faire chez nous ? N'est-ce pas un fond de discours politique que l'on entend de plus en plus ? Est-ce que l'on ne dit pas ça : il/elle n'est pas assez "clean" ce type/cette femme ?

Il y a comme ça des dérives lentes que l'on remarque à peine, auxquelles on ne fait pas attention, que l'on minimise. On se moque de ceux qui tirent la sonnette d'alarme de voir la société en dérive vers des extrémismes liberticides. Pourtant c'est le même langage qui est employé. Une "société propre", débarrassée de ses parasites humains. Un homme politique, petit par la taille et par le reste, qui fait parler de lui chaque jour, n'a-t-il pas déclaré tout récemment qu'être Français cela se méritait ? De quoi parlait-il alors ? Si ce n'est de cette notion de propreté que doit être capable de revêtir le bon français. Entre cet homme politique candidat à l'élection présidentielle et un certain participant du deuxième tour de l'élection précédente, il n'y a plus qu'un cheveu qui les sépare.

Les médias (observons qu'ils appartiennent tous à des groupes de pression capitalistes multimillionnaires) font parfaitement leur travail de préparation. Ils avaient fait la même chose précédemment en démontrant dans quelle jungle d'insécurité chaque français vivait (parait-il !). Et on a vu le résultat ! Pour cette fois si ce sera : nous voulons une "France propre".

Tous clonés et le cerveau javellisé ! C'est leur décision ! C'est notre avenir ! En avant !
Et dehors immédiatement tous ceux qui ne sont pas de la bonne couleur…. Propre…


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Le piège permanent


Nous sommes dans une société de consommation médiatique et d'information. Nous sommes à longueur de journée gavés de « mauvaises nouvelles ». Car, comme disent les journalistes, les trains qui arrivent à l'heure n'intéressent personne. Je ne sais pas si on réalise vraiment la terrible portée de cette maxime. Cela veut dire que tout ce qui peut aller bien dans une société doit être systématiquement passé sous silence dans les médias de l'information, au profit de tout ce qui va mal. Et, lorsque cela ne va pas si mal que ça, « on gonfle » l'événement pour lui donner une dramatisation perverse.

Ensuite, les mêmes journalistes, discuteront à l'envie sur le moral des Français qui est dans les chaussettes, et de ce fait le taux de croissance est à la baisse. Mais c'est eux qui concourent largement à ce qu'il en soit ainsi, eux les manipulateurs institutionnels de l'opinion publique. En d'autres temps, on aurait dit que ce sont de mauvais Français qui oeuvrent activement au déclin de leur nation.
Lorsque l'on souligne cela à de jeunes journalistes, on se fait traiter de censeur, de vieux grincheux qui voudrait que l'on retrouve : « la voix de la France » comme du temps de De Gaulle, la censure institutionnelle, les bulletins d'information écrits à l'Élysée ; bref, dire que, de manipulés par le pouvoir, les journalistes sont devenus manipulateurs de l'opinion, c'est ne pas respecter le politiquement correct à la mode du temps... On entrave : « la liberté d'information » et, au nom de cette liberté, on doit être réduit au silence...

Dans une telle ambiance délétère et malsaine, il ne faut pas s'étonner que les politiques s'acoquinent avec les journalistes, se tutoient, se font des bonnes bouffes dans les restaurants parisiens chicos, s'invitent dans leurs résidences secondaires, quand ils ne couchent pas avec eux/elles. (C'est fou le nombre d'hommes politiques qui vivent avec une journaliste...). Voilà un partage des pouvoirs bien rodé, bien huilé, et bien juteux financièrement pour tout le monde.

Par ailleurs, certains politiques, adeptes du Karcher, font de la morosité ambiante et de la peur délibérément orchestrée, une stratégie de tentative d'accès au pouvoir, avec la démarche simpliste suivante : « j'organise le bordel ! Et par ailleurs je me présente en sauveur ! Élisez-moi ! » Ce qui est sans doute encore plus condamnable, et pour tout dire rend indigne ce genre de personnes d'accéder à un quelconque pouvoir politique d'ampleur.


Et pendant ce temps-là, le brave électeur, relaie ces mécontentements orchestrés dans les cafés du commerce, sur le net, et partout...
On se bourre le mou ensemble et on s'apprête à déposer dans l'urne son bulletin de vote extrémiste.

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Enterrement de Jean-Paul II


Ils avaient tout prévu
sauf le signe venu du ciel !...


Ils sont tous là, les grands et les puissants de ce monde, arrivés un à un, contents de se revoir, ce petit sérail des chefs de la planète qui mènent le monde. Ils sont venus à l'enterrement du pape à Rome, invités par le Vatican.
À Rome, on aime les chefs. On les soigne et les bichonne depuis toujours.

Il y a bien longtemps que dans les ors des palais princiers du Vatican on a oublié les paroles sacrées :
« il renverse les puissants de leur trône
il élève les humbles »

Les humbles, on ne les verra pas. Ils n'ont pas été autorisés à s'approcher. Au premier rang, comme on aurait pu l'espérer par fidélité au fondateur du christianisme, on ne verra pas de pauvres ; on ne verra pas d'exclus ; on ne verra pas de paumés ; on ne verra pas de SDF ; on ne verra pas d'expulsés, de prisonniers, de criminels ; on ne verra pas de femmes victimes de violence, ni d'africaines victimes du sida ; on ne verra pas de gens ordinaires, pas d'ouvriers polonais, et surtout pas d'enfants,ceux dont Jésus disait : « laissez-les venir à moi »
On ne verra que des riches, des nantis et des vieux ; des prélats et des dignitaires portant des couronnes royales en or et en pierres précieuses.

Puis, arrivent les évêques, dans leur grande robe rouge, avec leurs chapeaux en plumes de stylos vissés sur la tête. Ils sont vieux et magnifiques. Tous semblables, clonés.

Tout a été parfaitement organisé de longue date. Le pape mort arrive dans un cercueil simple et dépouillé. C'est un excellent choix face aux caméras. Le cercueil en beau chêne haut-de-gamme ce sera pour après, loin des regards, dans la crypte, entre soi.

Le chef de l'inquisition, dénommé Ratzinger, prononce un beau discours. Il remercie les chefs d'État d'être venus, les évêques d'être là, et bien entendu les jeunes. Il sait alors qu'ils vont tous applaudir, et ça ne rate pas, car c'est un homme parfaitement rodé aux médias. Et pendant ces applaudissements, à l'écran, on ne voit que des vieux impavides et tristes.

Plus tard, le dit Ratzinger, assis sur son trône, recevra les présents, les offrandes, comme un nabab condescendant. Des gens simples viendront s'agenouiller et s'humilier au pied du Grand Défenseur de la Tradition la plus rétrograde. Quel symbole ! Tout est fait pour nous montrer une puissance au-dessus des pauvres pêcheurs qui doivent se soumettre à la sainte église catholique et romaine.
Jusque-là, les offrandes étaient faites à Dieu, déposé sur l'autel qui symbolisait sa présence. Désormais, face aux caméras du monde entier, chacun aura vu que les offrandes sont faites aux grands dignitaires de la catholicité et aux grand prêtre Ratzinger et non plus à Dieu. Quelle magnifique évolution !... Enfin Dieu est banni au profit des Puissances d'église.

Alors, face à tout cela, face à ces égarements de l'église, le Saint-Esprit, le Souffle de Dieu s'est élevé sous forme d'un vent divin qui a balayé la place Saint-Pierre. Sur le cercueil il y avait une bible ouverte, les pages au début volaient au vent, mais devant tant d'arrogance de la clique vaticane, Dieu lui-même, par le souffle de cet Esprit, referma brusquement dans une grande claque le livre saint posé sur le cercueil.

C'était le Signe de Dieu. Le Signe de sa Colère divine.
Ils avaient tout prévu,
Sauf le Signe venu du Ciel !...


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Toute la misère du monde (des miss)


Ce matin redémarre la campagne médiatique des "restos du coeur". Le week-end dernier c'était le "Téléthon". Je vous passe les guerres habituelles, les attentats partout, les mensonges d'état et évidemment... Sarkozy !

Alors, samedi soir, j'ai zappé sur l'élection de Miss France. Oui, je sais, ce n'est pas très glorieux. En plus, avec ma femme, on a commencé à se foutre joyeusement de la G... de toutes ces demoiselles. Et pas seulement de la G..., mais de leur corps tout entier !... À chaque passage de l'une d'elle en plus ou moins gros plan, on lui donnait un qualificatif désagréable mais néanmoins recherché. On a beaucoup ri.
Bon, je sais, ce n'est pas très malin.

La grande nouveauté, que Jean-Pierre FauxCul nous a fait miroiter à de multiples reprises, fut qu'on allait enfin voir le nombril de ces demoiselles et pouvoir porter un jugement sur ceux-ci, grâce au défilé en maillot deux pièces. Mais c'est surtout lorsqu'elles retournaient à leur place que, les voyant de dos, on a pu apprécier la mollesse ou la fermeté des fesses. En moyenne pondérée des variations saisonnières on peut estimer que la miss a plutôt la fesse molle.

La miss est aussi une joyeuse délurée soiffarde est fumeuse de pétards, si l'on en juge par le site Internet de l'une où elle se montre complètement déjantée et saoule comme une Kate Moss. Cela change du style bon chic bon genre et vierge effarouchée que l'on nous présente à l'écran.

Je me suis aussi demandé ce que venait faire l'actrice Mathilde Seigner dans cette galère. Comment avait-elle pu accepter de figurer dans une telle clownerie complètement manipulée et trafiquée par la production. Je la croyais d'une autre trempe. Je me suis trompé.

Mais enfin, je ne devrais pas tant critiquer, puisque j'ai regardé et que je me suis, je dois l'avouer, plutôt délecté devant ce merveilleux kitsch à la gloire de TF1 et des annonceurs, les miss ne servant que d'intermède entre les écrans publicitaires. À la fin, Jean-Pierre FauxCul a évoqué le Téléthon mais n'a pas dit si les miss mettraient leurs petites culottes aux enchères pour cette noble cause. Ce serait pourtant une bonne chose, tant qu'elles en portent encore une. En effet, nous allons assez clairement vers l'élection de Miss France nue, car d'année en année elle dévoile de nouvelles parties de leur anatomie. Mais pour cela il va falloir virer la Vieille à Chapeau. Ce qui ne saurait tarder.

Nous voici lundi, la femme à Coluche était à la radio ce matin. Tandis que les miss dessaoulent après avoir fait la teuf tout le week-end, les restos du coeur n'accueilleront pas toute la misère du monde. Les surplus alimentaires de l'Europe qu'ils distribuent, nés de notre gabegie de repus rotants, s'amenuisent. Nous ne donnerons donc plus ou pauvres (pardon, il faut dire SDF ou personnes en grande précarité) les miettes de nos toasts au foie gras.

Mais que fait le gouvernement !

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Les torchons ont de l'avenir


Un article du journal « Le Monde » traite de la presse "people" qui séduit de plus en plus les jeunes. Une femme, spécialiste déclare : « les jeunes, en phase d'apprentissage de leur identité, ont moins de cadres qu'avant et trouve dans les "people" des référents qui fascinent et qui sont jalousés. Les stars sont plus humaines si elles ont des boutons ! ». Une autre, directrice de recherches au CNRS et ancien membre du CSA ajoute : « il se crée de plus en plus une culture spécifique qui s'illustre par une expression, une prise de parole jeune, ironique, mordante. La presse people renvoi des modèles d'adultes qui réussissent vite et bien, différents des intellectuels des années 1970, de ceux qui portaient des valeurs pérennes ».
« Ces vedettes incarnent un nouveau type de réussite ou le seul fait d'être connu suffit. Cette montée en puissance de la télévision et de la presse people coïncide avec l'affaiblissement très fort du politique, les jeunes ayant que peu ou pas de références politiques ou religieuses », commente un maître de conférence de l'université Paris III.

J'étais jeune dans les années 70 et la presse people représentait ce qu'il y avait de plus con et de plus ringard... On se moquait d' "ici Paris" et autres "Paris-Match" dans notre esprit cela était réservé aux vieilles bourgeoisies aux apprentis coiffeuses. C'est vrai que l'on avait des références idéologiques et que la pression du religieux demeurait forte, ne serait-ce que parce qu'elle fédérait pour la transgresser.
On avait des perspectives à long terme, un plan de carrière, un avenir quasi tracé. Devant nous se profilait à longue échéance un an 2000 radieux. Mais 68 ouvrit une porte à deux battants vers une libération fondamentale, la sortie des carcans religieux et la mise à la poubelle des interdits moraux. On a beaucoup parlé d'une libération sexuelle parce que c'est médiatiquement bien croustillant, mais c'était bien plus large que cela.
De toute façon, si l'on ne voulait pas entrer dans le système, il était possible d'aller garder des moutons sur le Larzac, ce qui représentait le sommet de l'intellectualisme d'avant-garde...

Nous n'avons pas véritablement fait mieux que ceux qui nous ont précédés, il suffit de regarder l'état du monde actuel, mais il me semble que nous avions à tout le moins une foi dans l'avenir, même si certains faisaient dans l'éternelle désespérance, ainsi qu'il sied à des adolescents boutonneux.

Aujourd'hui, le merveilleux projet d'avenir que l'on propose aux jeunes, c'est le quart d'heure de célébrité à la télé. Les rares pékins qui y accèdent ignorent, bien évidemment (ou font semblant d'ignorer), qu'après ce quart d'heure de célébrité, l'émission terminée et l'Audimat assuré, la vedette éphémère est instantanément remplacée, ( "coco" il faut savoir être reconnaissant et laisser la place à la suivante, qui a quand même bien droit à son quart d'heure elle aussi, voyons ! Mais qu'est-ce qu'ils peuvent être égoïstes ces jeunes !...)

Reste, notamment pour les filles, la possibilité de montrer son cul dans quelques boites branchées durant encore quelques semaines ("cul vu à la télé"). Ensuite il faut savoir saisir la merveilleuse chance de la déprime profonde et ses apaisantes petites pilules bleues ; il faut savoir ouvrir ses cuisses dans quelques lits célèbres et surtout, surtout, garder contact avec quelques journalistes de cette fameuse presse people, ce qui permettra peut-être quelques articles bien "trash", (Sidonie, de la dernière Star-Cacapandémie, nous déclare : "il a voulu me faire un enfant dans le dos") et, qui sait, de finir par passer dans une émission de Mireille Dumas pour y exposer combien tout ce monde des médias n'est quand même fait que d'une bande de salauds, ... ce qui est une autre manière de faire de l'Audimat...

Mais enfin, n'avoir comme perspectives dans la vie que "d'être connu" en passant à la télé c'est véritablement la porte ouverte à toutes les désillusions, à toutes les révoltes, à toutes les dérives. Le pire c'est que tout ceux qui dans l'ombre tirent les ficelles et organisent ce processus manipulateur de la jeunesse, sont directement issues de ma génération, celle des soixantehuitards... Ils ont eut un maître, Eddy Barclay, qui a montré le chemin du tiroir caisse. Faire prendre les risques à ceux qui s'exposent sur les plateaux et encaisser par derrière les dollars c'est quand même bien la meilleure place...

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Avenir commun (comme un quoi ?...)


J'ai toujours beaucoup apprécié Régis Debray et cela n'est pas changé. Je lis en ce moment « les communions humaines » dans lequel il se livre à une critique de la religion notamment en ce qu'elle met au point toutes sortes de prescriptions, de rituels, de code de bonne conduite, d'élaboration doctrinale, de culte des dieux, de respect des règles et de tout un système religioso-politico-juridique permettant l'encadrement des populations avec sa pyramide de primautés centrales et provinciales, bref tout un système permettant le contrôle de tout un chacun. Il mène un plaidoyer pour substituer le mot « communion » à religion. Évidemment, ce mot peut avoir toutes sortes de relents et faire l'objet de toutes sortes de représentation. Mais il souligne que dans le vocable "communion" l'accent est mis sur la personne et non pas sur l'organique, sur la liberté et non pas sur des valeurs d'autorité.
Pour illustrer ses propos très rapidement résumés, je le cite : « la communion française, c'est quoi ? C'est ce qui met toute la jeunesse sur le pont par gros temps, quand se trouvent menacés les idéaux de souveraineté populaire, de laïcité et de raison. C'est une foi commune dans les valeurs de Liberté, Égalité, Fraternité. »
. Les communions qu'il évoque sont en réalité de toute nature, elles touchent notamment à la vie professionnelle c'est ainsi qu'il définit la notion de métier : « un métier, c'est ce qui reste quand on n'a plus d'emploi, au même titre que la culture, quand on a tout oublié. Un métier est un fait de culture, puisque ainsi s'appelle tout ce qui relève d'un héritage. Un métier s'apprend et se transmet, à travers un corps de métier, doté, comme tous les corps, d'un esprit. Il s'organise en communauté, car seule la communauté rend possible une transmission, et cette communauté engendre naturellement une communion. »
J'ai beaucoup aimé tout ce qu'il dit à ce sujet. Notamment la notion de transmission et la notion de communion. Cela me correspond parfaitement. Pour rester dans son vocable je dirais que j'ai participé à une communauté professionnelle dans laquelle j'ai à la fois reçu, puis transmis à d'autres ce qui constituait une sorte de patrimoine commun de recherche dans les domaines qui nous concernaient.
Je suis par ailleurs profondément convaincu de l'infinie valeur de la relation maître / disciple, sans doute parce que je l'ai expérimentée longuement.
Car tout ce que Régis Debray évoque d'une manière théorique suppose une mise en oeuvre dans la durée et la fidélité à des personnes. On ne change pas de Maître tous les six mois..., on n'en choisit un, on le fréquente, on reçoit de lui et on se le garde pendant de longues années.
Dans ma vie professionnelle j'ai côtoyé à une certaine époque des "Compagnons du Devoir", notamment dans ce sens de la définition et de la redéfinition des valeurs communes. Ce fut pour moi très instructif de ce qu'apporte une tradition ancrée loin dans des fondamentaux humains.

La civilisation occidentale et les sociétés latines ont longtemps porté ce type de valeurs pour ne pas dire qu'elles les ont initiées dès l'origine. Il faut des "forces humaines et humanistes" pour créer une "communion" et il faut que ces forces humaines soient supérieures et plus puissantes que les seules forces économiques, que les profits, la rentabilité, les rendements et la distribution de dividendes à des propriétaires actionnaires complètement étrangers à l'Aventure humaine qui se joue dans une "communion", et seulement préoccupés de grossir leur compte en banque afin de vivre heureux (soi-disant!) dans un yacht en Méditerranée ou ailleurs... (Je suis un peu caricatural, mais pas tant que cela).

Je disais plus haut qu'une communauté de transmission suppose du temps et plus encore de la fidélité. Il y a encore quelques années dans des entreprises, que l'on pourrait qualifier de traditionnelles, on cultivait « l'esprit maison ». Je ne dis pas que cet esprit était toujours excellent et il était parfois détestable, mais enfin on pouvait entrer dans l'entreprise comme apprenti et finir, si ce n'est PDG, à tout le moins exercer d'importantes responsabilités dans le cadre de la culture interne qui se déployait et progressait. On avait fait carrière dans la même maison, on en était souvent fier, au point que la famille, bien plus tard, sur le faire part de décès, indiquait "ancien Contremaître des Établissements Machin". les trentenaires d'aujourd'hui, quand ils passeront l'arme à gauche, s'ils veulent qu'on indique sur leur faire part de décès tout les emplois qu'ils ont occupés, celui-ci devra faire quatre pages au moins...

Il y aura donc de moins en moins de relation maître-apprenti parce que plus personne n'est fidèle à une entreprise, mais tout le monde est fidèle aux profits, au capitalisme pur et dur, à l'accumulation de richesses pour l'unique accumulation de richesses. Pour cela, et pour les barons des multinationales, il faut être "employable" : c'est-à-dire corvéable à merci. Et de toutes façons, en termes de transmission de savoirs, après quarante-cinq/cinquante ans, les vieux on n'en veut pas dans l'entreprise !(Sauf les dirigeants, propriétaire de la boîte, qui peuvent rester en fonction jusqu'à 80 ans ...) Et le paradigme que nos dirigeants politiques nous proposent actuellement, c'est un contrat de travail ou l'on peut se faire virer tous les deux ans sans autre forme de procès et sans explication ni justification aucune. Merveilleuse employabilité !...

Régis Debray va encore devoir rêver longtemps. Moi aussi ! Mais pour moi le temps de ce type d'engagement est terminé. Que ceux qui ont encore quelques utopies à défendre se lèvent et agissent, au lieu de critiquer les vieux soixantehuitards ! (C'est très à la mode actuellement, nous allons bientôt être vieux, et nous allons servir de bouc émissaire, c'est l'évidence ! C'est une notion classique, simple, et qui marche. Une sorte de Sarko-populisme). Mais, à ceux-là je répondrai : vous qui étiez jeunes (et l'êtes encore) au moment de la chute du mur de Berlin, pourquoi avez-vous gâché cette opportunité extraordinaire !...


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Au-delà de cette limite
votre bonheur n'est plus garanti.


Il nous faut toujours plus, mieux, autrement.
Et finalement, nous tuerons toujours la poule aux oeufs d'or un jour ou l'autre.
Ailleurs, c'est toujours mieux, dans l'assiette du voisin c'est toujours meilleur. Les Amours des autres sont mieux réussis que les nôtres.
Ne jamais se contenter de ce que l'on n'a, toujours lorgner ailleurs, fouiller, et même parfois remuer la merde d'à côté pour que cela pue plus que chez nous où c'est déjà nauséabond.

Des sales gosses de riches, voilà ce que nous sommes ! Plus on possède plus on est jaloux. Le pauvre cherche à survivre, le moindre possédant, le petit actionnaire, jalouse les gros riches et creuse sont malheur.
En amour, c'est pareil, dès que l'on en reçoit un petit peu, on en réclame beaucoup plus. On peut tout. L'exclusivité totale. Et... Inévitablement, on finit par tout perdre.

C'était une phrase fétiche de ma mère : « il faut savoir se contenter de ce que l'on a ». Comme la relation à ma mère était toujours difficile et parfois très conflictuelle, je trouvai la phrase idiote. C'était pour moi passif, démissionnaire, étriqué. Cela manquait désespérément d'audace !

Plus tard, mon Maître m'apprit qu'il fallait savoir vivre à l'intérieur de ses limites, et pas au-delà. Que c'était là l'un des secrets du bonheur. Lui, je l'écoutais, et je mis bien des années à comprendre ce que cela signifie vraiment. Il faut dire qu'il est difficile de cerner avec une certaine exactitude l'étendue de son territoire personnel de vie. Les frontières sont parfois confuses et le paysage dans le brouillard. Ce territoire, c'est cette sorte de "terre intérieure" qui constitue notre personne profonde de par ses aspects les plus essentiels, mais aussi « tout le reste » que sont nos défauts, nos manquements, nos incapacités et notre finitude. Il y a sur notre terre intérieure du bon grain et des mauvaises herbes. Dans un des Évangiles, il est dit qu'il ne faut pas arracher des mauvaises herbes de peur d'emporter avec du bon grain. Il faut surtout apprendre a bien cultiver la terre avant de semer. Alors, il y aura bien plus de bon grain que de mauvais, et peut-être jalousera-t-on moins le champ du voisin, surtout si on a tendance à ne voir chez soi que les mauvaises herbes.

Vivre à l'intérieur de ses limites, c'est être capable de voir assez clairement ce dont on dispose comme richesses et valeurs et cesser de reprocher aux autres d'avoir les leurs, qu'ils feraient mieux de nous donner car, ces cons-là, ne les méritent pas...

Mais voilà, notre société, le mode de pensée ambiant, constamment relayé par la publicité et la consommation, ne cesse de nous dire que nous ne sommes jamais assez ceci, ni assez cela. Qu'il faut sans cesse être encore meilleur, encore plus performant, plus compétitif, meilleur amant, meilleur maîtresse, et sans cesse conquérir, et conquérir encore.

Dans ce système, les relations sont vouées à être sans cesse sur le mode de la guerre des tranchées de Verdun. Le combat ne peut cesser, les trêves sont impossibles, chaque « autrui » est un ennemi potentiel ou déclaré. Alors, la vie ne peut-être qu'une tragédie sans bonheur.


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Après l'oreille, l'oeil


Jusqu'à présent, il fallait subir un certain nombre d'agressions sonores, soit dans la rue, soit même chez soi à la radio ou la télévision qui balance des pubs plein pot de manière à nous réveiller lorsque l'on s'est endormi devant le feuilleton à-la-con. Il était toujours possible de baisser le niveau sonore ou de se mettre des boules puantes dans l'oreille.

Depuis quelque temps, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais à la télé il n'existe quasiment plus de "plans fixes". Toutes les émissions se sont plus ou moins transformées en clip-vidéo : un nouveau plan toutes les 3 à 5 secondes. Faut que ça bouge ! Faut que ça remue ! Il y avait encore un certain havre de paix dans quelques émissions dites « culturelles » ou de débat, où l'on pouvait voir un présentateur ou une animatrice en plans fixes pendant plus de vingt secondes. Mon Dieu quelle horreur ! Il fallait mettre fin à ces errements, sinon le téléspectateur va sombrer dans une déprime profonde et durable.

Désormais, lorsqu'il y a un plan fixe sur quelqu'un qui parle vous pouvez observer que le fond est constamment mouvant. On voit défiler des images, que dans ma jeunesse on appelait "psychédéliques", des formes... informes, des couleurs changeantes, des halos. À moins que l'on interview la personne dans une bagnole qui roule, comme ça si elle ne dit rien d'intéressant, vous pouvez toujours regarder le paysage défiler.

Tout cela relève d'une véritable agression visuelle et depuis que je l'ai repérée ma tension artérielle a encore augmenté de quelques points. Par ailleurs, devant mon écran d'ordinateur, c'est de pire en pire. Deux sites sur trois ont des pages de pub qui scintillent, explosent, se déplacent, quand elles ne se mettent pas à bazarder de la musique intempestive.

Je me contrefous que des jeunes se retrouvent avec des acouphènes pour le reste de leur vie parce qu'ils sont allés dans des boîtes gueulante ou par ce qu'ils se sont faits greffer des écouteurs I-Pod dans les oreilles, mais qu'on laisse mes yeux de vieillards tranquilles !... Je vais bientôt assigner en justice Patrice "le laid" pour atteinte à mon intégrité physique.

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ANNEE 2006


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Distance critique.... Une certaine utopie...



Parfois l'effort est nécessaire pour prendre de la distance sur l'événement.
L'événement privé, comme l'événement public.
J'en donne deux exemples que je vis.


Au plan privé : je vis de l'incompréhension avec deux personnes actuellement. Je serais tenté de dire que l'une comme l'autre m'agacent. Car bien évidemment la tentation est toujours forte de décréter que c'est l'autre qui a tort, largement plus que nous-mêmes, quand bien même on se reconnaît une petite responsabilité bien compréhensible.

Vais-je faire l'effort de prendre du recul, ou vais-je laisser les choses pourrir de manière à pouvoir justifier bientôt qu'il n'y a plus qu'à laisser tomber ? Mon mouvement actuel est de capituler par le jet de l'éponge. Je ressens en effet une sorte de lassitude relationnelle. Je voudrais des relations fluides et sans problème, tout en sachant que c'est là le leurre d'un paradis perdu.

La relation authentique se vit nécessairement dans une certaine tension. Non pas la tension psychologique fatigante proche du stress, mais la « tension fondamentale » qui est celle de la corde du violon, c'est-à-dire celle sans laquelle il n'est produit aucun son juste. Lorsque l'on se relâche, lorsque, comme dit le langage courant : « on parle à tort et à travers », on a quitté ce type de tension fondamentale et la relation s'en trouve abîmée.

J'étais toujours surpris de cette sorte de « retenue de mots » qui caractérisait « G…Z ». C'était une attitude qui me faisait penser à ces barrages de retenue des eaux afin qu'elles ne débordent pas partout. Ce n'est pas qu'il hésitait à parler, mais je ressentais qu'il ne se laissait pas aller à un flot de paroles, mais qu'au contraire chacune était mesurée à l'aune de la relation elle-même. Ses propos tenaient compte de l'autre, de sa capacité à comprendre, recevoir, accepter ce qui était dit.

Ce n'est pas pour autant qu'il faisait des « cadeaux » et il savait parfaitement faire passer ses messages difficiles à entendre.

J'ai longtemps rêvé d'être à son image de ce point de vue. Malgré mes efforts je n'ai pas l'impression d'y être arrivé.


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Au plan de l'événement public : il s'agit de l'affaire d'Outreau. Je la suis de près en ses divers aspects. Non pas au plan anecdotique, mais sur le fond des choses, étant donné que je connais assez bien les milieux judiciaires, dans lesquels j'ai gravité à divers niveaux.

J'ai de la difficulté à sortir d'un certain parti pris contre le juge Burgaud. J'aimerais le voir sévèrement sanctionné. Si je m'en tiens à ce qu'on dit de lui et à ce qu'il dit lui-même dans certains articles, il représente largement tout ce que je déteste au plan des insuffisances professionnelles, relationnelles et psychologiques. Il est donc tout désigné pour jouer le rôle du bouc émissaire. Nous sommes d'ailleurs nombreux à être prêts à le faire si j'en crois certains articles, certains sites sur le net. Sans parler du propos entendus dans mon entourage. Le pire et que parfois je m'en réjouis. Hurler avec les loups permet d'abaisser son niveau de conscience et de réflexion personnelle. Je deviens un salaud qui a raison puisque d'autres pensent comme moi.


Pourtant, des dysfonctionnements comme dans l'affaire d'Outreau, c'est la réalité quotidienne d'une certaine justice française. Le juge Burgaud est emblématique d'énormes problèmes qui se posent à nous, à chaque citoyen que nous sommes, car nous avons la justice qui nous ressemble.

La présomption d'innocence ? : allons, allons ! Lorsqu'on les a arrêtés ils avaient des têtes de pédophiles non ? Tout le monde le disait ! Et le curé ? On sait bien qu'un curé ça aime tripoter ! Et l'Huissier de Justice !! A l'huissier ! Ce type qui fait un métier dégueulasse !!, (enfin sauf bien sur si c'est pour récupérer des sous pour NOUS !!!), on va se le faire le notable !!

La détention provisoire ? : on ne va quand même pas les laisser courir ! Ils pourraient recommencer ! En tôle les salauds ! Innocents ou pas ! En tôle ! Protégeons nos enfants !
Si le juge les avait libérés (à supposer qu'il ait eu des doutes sérieux sur la culpabilité, ce qui n'est pas démontré...), sa hiérarchie lui serait tombée sur le dos (je suis même sûr qu'il aurait été convoqué à la Chancellerie), et il aurait été sanctionné pour laxisme et surtout pour avoir déplu à l'opinion publique, [Mr le Juge, même le Président s'est ému de vos décisions...]. Mais l'opinion publique, c'est chacun d'entre nous, vous lecteurs, comme moi.

Les déplorables conditions en prison ? : mais personne ne veut payer plus d'impôts pour faire des prisons décentes à ces crapuleux incarcérés ! Souvenons-nous de Badinter (si je ne me trompe pas) autorisant la télévision dans les cellules et le tollé : « des prisons quatre étoiles ». Et si l'on veut construire de nouvelles prisons pour lutter contre l'épouvantable surpopulation carcérale, vous accepteriez, vous, de l'avoir en face de chez vous cette prison ? Et même dans votre ville ?

Les voies de recours pour protéger les libertés individuelles ? : il est de notoriété publique que 99 % des décisions du juge d'instruction et/ou du juge des libertés, sont systématiquement confirmées en cas d'exercice d'une voie de recours. On peut même se demander si les dossiers sont lus...

Les médias volant au secours de la liberté ? : laissez-moi rire ! La presse titrait à l'époque des enquêtes : «Le quartier de l'horreur», «La cité de la honte», «L'affaire des abuseurs d'enfants».
Et maintenant elle joue les offusquée, larmoie sur les acquittés, et pousse le juge Burgaud vers le gibet ! C'est à dire qu'elle a EXACTEMENT LA MEME ATTITUDE !
N'accusons pas la presse, elle nous ressemble trait pour trait... Dans la mesure où ce type de littérature se vend bien, c'est que la presse est le miroir dans lequel nous nous reflétons, dans lequel nous voyons nos faces avides et bavantes de sensationnel.

L'attente d'un « plus jamais ça !» ? : au niveau du discours, tout le monde dira qu'il faut changer les choses. Seulement voilà il faudrait mettre quelques milliards sur la table, et la France a un tel déficit...
Peut-être quelque chose se fera-t-il... Après le dixième scandale de type Outreau... Et encore...


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Outreau - pourquoi ?


Pour comprendre Outreau, ses dérives, la problématique de la Justice française, il faut écouter les débats de la Commission parlementaire, fort heureusement retransmis en différé sur le site de l’Assemblée-Nationale.

Certes, cela suppose d'y consacrer du temps... Mais quelle leçon de démocratie directe ! Il faut écouter l'audition des avocats et la manière dont ils soulignent les dysfonctionnements de l'Institution. J'écoute depuis ce matin... c'est absolument terrible... "Nous sommes en Absurdie" dira un des avocats. Et c'est vrai !

L'audition des "victimes acquittées" avait - à juste titre - un aspect émotionnel que les médias (toujours aussi [autocensuré] !) ont LARGEMENT repris, parce que le rôle des médias c'est de faire de l'audience, de vendre du papier, de générer de la merde pour que ça pue, parce que, quelque part, chacun de nous aime l'odeur de la merde. Mais les auditions des avocats n'ont été relayées que par des commentaires succincts, parfois "populistes", et pour tout dire, pas sur l'essentiel.
Si vous vous intéressez à notre démocratie et si vous ne voulez pas vous retrouver un jour face à une Justice quasiment inhumaine, qui peut vous broyez demain matin, même si vous n'avez RIEN FAIT, écoutez ces auditions, puis regardez ce que les politiques vont faire, ça vous aidera à choisir un bulletin de vote.

J'ai lu des critiques de certains magistrats (journal "Le Monde"), contestant cette forme de "démocratie directe", comme si, finalement, ceux qui s'estiment les élites de la Nation, tenaient le citoyen de base comme incapable d'esprit critique, mais seulement aptes à aller de lynchage en lynchage. Certes ces observations ne sont pas totalement dénuées de fondements, mais je crois (j'espère à tout le moins...) que les générations qui arrivent, [ouvertes sur le monde, mieux informées des réalités, notamment grâce à l'Internet], arriveront à une maturité de discernement et de choix, que les générations de leurs aînés n'avaient pas.
Or, les débats quasi effrénés sur le Net à l'occasion du vote sur la Constitution européenne, ont démontré la maturité des citoyens que nous sommes et l'aptitude dont nous disposons à débattre de notre avenir, et ce sans porter d'appréciation sur les résultats du vote.
Il conviendrait qu'il en soit de même en matière de justice.

Hélas, nous pensons trop souvent que la Justice ne nous concerne pas vraiment, dans la mesure où ne sommes pas des délinquants, ni violeurs, ni dealers, ni relevant de grand banditisme... C'est oublier que nul d'entre-nous n'est à l'abri d'une affaire Outreau (une dénonciation malveillante par exemple), ni d'une procédure de divorce qui s'enlise, ni d'une quelconque procédure simple, mais que présente pour vous une importance évidente, qui dure pourtant 15 mois parce que le juge est débordé et que votre affaire n'est absolument pas sa priorité.

Ce qu'il faudrait c'est changer les mentalités (comme l'on dit certains avec justesse...), celles du milieu judiciaire comme celle des citoyens à propos de la "présomption de culpabilité" (pardon.... "d'innocence"....). Oui, mais voila.... comment change-t-on une mentalité ?? C'est si facile le : "il n'y a pas de fumée sans feu" ! C'est si facile d'avoir des apriori ! C'est si facile de décréter "coupable" et de passer à autre chose !

Je vais tenter de rester optimiste, je vais tenter de me dire que ces débats publics seront suivis par beaucoup, qu'ils donneront à réfléchir et à faire l'effort de comprendre, qu'il en va de la grandeur de notre pays, qu'il faudrait cesser de rester passif face au fait que la France est régulièrement condamnée pour ses lenteurs judiciaires. En 2003 la France arrive au 3° rang de cet horrible palmarès, avec 76 condamnations par la Cour Européenne, à égalité avec la Turquie ! Ah ! Évidemment il vaut mieux s'intéresser au Palmarès de la Star'Ac !


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fabulette :
De la nécessité d'être riche


Il était une fois des hommes politiques de droite et des hommes politiques de gauche qui nous disaient sans cesse : il faut augmenter la richesse. Le capitaliste et le banquier applaudissaient à tout rompre.

Dans le merveilleux système économique qu'ils avaient développé, il faut reconnaître qu'ils savaient faire une large place aux pauvres et même aux très pauvres. Ils faisaient preuve d'un grand réalisme face à cette réalité incontournable : il n'y a pas de riches sans pauvres, le gâteau n'est pas assez grand pour tous et les super profits doivent demeurer pour quelques-uns uniquement, ceux qui sont sérieux, qui économisent pour investir, pensent rentabilité, qui ont une vision de l'avenir, bref les gens bien.

Mais un problème se posa, le pauvre avait tendance à ne plus se comporter comme avant, il semblait ne plus accepter sans broncher sa condition inférieure, et même, le pauvre, s'était mis à revendiquer (mais quelle horreur !) un droit au partage.

Face à cela, le capitaliste est quand même bien embêté, il se dit d'un côté : mais pour qui se prend-t-il le pauvre ? À réclamer ainsi, à sortir de son rôle, de sa caste, de sa classe sociale inférieure ! Il se dit d'un autre : il faut quand même que je transforme le pauvre en consommateur si je veux devenir plus riche encore en lui vendant des saletés inutiles.

Alors il a une grande idée généreuse et se met à donner plus d'argent au pauvre, (je veux dire à le payer un peu plus décemment pour son travail, en regrettant le bon temps de l'esclavage). et le pauvre s'engraisse, il grossit, mange plus qu'à sa faim, il y prend plaisir et réclame du confort.

C'est alors que le riche banquier se pointe et lui fait miroiter la poudre de perlimpinpin qu'est le crédit. Le pauvre va pouvoir s'acheter des biens de consommation sans bourse délier. Voilà donc le paradis pour tous. Alors le pauvre s'achète une maison à crédit qu'il va payer pendant trente ans. Il va librement se laisser exploiter, se laisser manger la laine sur le dos en exécutant un boulot de merde, mais qui lui semble suffisamment rémunérateur pour payer les crédits.

Mais le pauvre commence à vieillir un peu, et d'autres pauvres plus jeunes ont rencontré le banquier et veulent aussi leur maison, et le capitaliste en a marre de ce type qui ne travaille plus aussi vite qu'avant et qui voudrait être payé de plus en plus. Alors il le vire, parce que bien sûr, il l'aurait bien gardé, mais faut comprendre, la conjoncture, la concurrence internationale, les dures lois du marché….
Et le capitaliste a un regard compatissant en remettant la lettre de licenciement, avant d'aller bouffer à la Tour d'Argent avec le banquier, en rigolant bien de tous ces cons.

Le lendemain, le banquier, sachant que le pauvre vieillissant n'a plus d'argent, lui pique carrément sa maison qu'il avait déjà à moitié payer. Il la revend à vil prix au capitaliste qui le remercie chaudement. Le pauvre, qui n'a plus de droit, est alors promu au statut de SDF aussitôt son divorce prononcé. Il a refilé ses dernières économies à l'avocat.

Si vous voulez connaître ce pauvre ce n'est pas compliqué, il a sa cabane en carton du côté du périphérique, dans le troisième tunnel, vous trouverez facilement, c'est juste là où est la tour de verre des bureaux du banquier.


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Populaire populisme


Un homme politique peut-il faire autre chose que des promesses intenables ?
Le suffrage universel condamne-t-il au mensonge permanent ?

Un homme politique qui dit une vérité (par exemple Jospin déclarant : « l'état ne peut pas tout »), se traîne cette casserole pendant des années... Et pourtant il a dit une banale vérité...

Les quelques hommes politiques que j'ai pu côtoyer au plan national, dans le cadre d'un ensemble de circonstances m'ayant amené là, tenaient généralement sur ce sujet un discours en deux volets imbriqués.

D'une part, il ne fallait pas désespérer le peuple est donc lui faire des promesses de lendemains meilleurs (c'est bon pour l'économie). C'était même considéré comme la mission première d'un premier ministre : Vendre de la promesse.

D'autre part, si on ne flatte pas l'électeur il ira voir ailleurs. Ce qui est évidemment gravissime pour qui a fait de la politique son métier. Ne pas être réélu c'est en quelque sorte comme un licenciement économique... Il faut donc sans cesse composer avec ce « client » versatile, à la personnalité dédoublée que nous sommes chacun lorsque nous tenons en mains notre bulletin de vote.

Car nous voulons des réformes... À condition que l'on ne change strictement rien à l'existant si chèrement conquis.

Nous voulons plus de justice... À condition qu'il ne faille pas mettre la main au porte-monnaie pour cela.

Nous voulons des retraites juteuses, une sécurité sociale protégeant de tout, à tout moment... À condition que l'on baisse les taux de cotisation quand même trop élevés et que l'on cesse de payer des indemnités à mon voisin, ce feignant de chômeur...

Nous sommes franchement pour l'Europe et la fraternité des peuples, (je campe avec des belges l'été moi monsieur !) à condition qu'il n'y est pas de Constitution, ni aucune règle venue de Bruxelles...

Nous sommes pour subventionner tout ce qui fait notre originalité, notre singularité... À condition que l'on ne vienne pas nous demander de verser un euro pour cela.


Les parties qui ne sont pas au pouvoir on les appelle : « l'opposition ». Ce mot auquel on est habitué est en réalité terrible ! Il condamne à être contre tout ce qui est pour, et pour tout ce qui est contre. D'aucuns revendiquent : « une opposition constructive ». Pourriez-vous me faire la liste de ces personnes, pour chacun des parties qui ne sont pas au pouvoir ?

Si bien que, confusément, presque à notre insu, de la même manière que rentrent dans nos têtes les slogans publicitaires, nous en venons à penser que : voter c'est dire non ! Ce n'est pas choisir un programme après réflexion, ce n'est pas se poser la question sur les choix de société qu'il conviendrait de faire, sur les sacrifices, oui je dis bien les sacrifices, qui va nous falloir consentir, parce qu'il faut cesser de rêver aux chimères de « l'exception française ».

Voter c'est : "tar' ta gueule dans l'isoloir". Je vais me venger mon pote de toutes les promesses que tu n'as pas tenues. On a vu le résultat avec Le Pen au deuxième tour...
Or, ces promesses, nous les réclamons à cor et à cri. Nous en redemandons sans cesse. Nous espérons, comme des enfants gâtés que nous sommes, encore plus de chocolat...

Alors, l'homme politique n'a pas d'autre choix que de nous jeter en pâture son catalogue de l'impossible à réaliser. Il suffit qu'il est du bagout, du talent, qu'il sache emballer sa marchandise inexistante dans un beau paquet cadeau. Et nous nous mettons à espérer qu'enfin cela va venir puisque ce candidat nous l'a compris. Cela s'appelle le populisme. Le petit Nicolas fait ça parfaitement. (Il n'est pas le seul, mais dans le genre il est champion...)
Et ça marche... Hélas !

Je dis hélas, car derrière c'est le vide intégral dans l'ordre du réalisable. La même coquille creuse qu'un Chirac.


Ce qui est dramatique, c'est que c'est nous, les électeurs, qui générons ce système. Ceux qui ont des politiques audacieuses, des idées novatrices, qui ne vont pas dans le sens du Dieu Croissance (par exemple), qui ont la lucidité de percevoir qu'il faudra sans doute changer de paradigme, qui ne croient pas au bonheur par le tout économique, qui pensent qu'au lieu de se déchirer entre soi, on pourrait collaborer ensemble à la recherche d'une solution juste et réaliste ; ceux-là, ont une audience marginale et passent pour de doux rêveurs. Il vaut mieux : soit faire des promesses délirantes et/ou dangereuses (mais bien argumentées...), soit attiser les haines, les peurs, est donc désigner des boucs émissaires qu'il suffira de rejeter à la mer.


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Les tragédies de l'humanité humaine


Elles sont difficilement dénombrables. Elles jalonnent les routes de chacun. On nous en abreuve dans les médias, parce que cela fait toujours pleurer Margot. Et puis, on essaye de surnager nous-mêmes avec nos propres douleurs.

J'ai commencé par tenter de faire de la tragédie de mon enfance, de mon adolescence et de ma jeunesse une sorte de commedia Del Arte, improvisant ma vie tant bien que mal, faisant face en portant un masque souriant qui m'allait si bien. Ainsi je pouvais vivre à la périphérie de moi-même et trouver un faux équilibre, mais combien c'est fatigant de vivre en équilibriste sur un fil d'acier !
Ensuite... Ensuite j'ai fait le parcours que j'ai plus d'une fois évoqué ici, je n'y reviendrai pas.

Aujourd'hui, je mesure, non pas ma chance, mais le bénéfice réalisé au terme de tant d'années d'efforts, d'investissements longs et coûteux, de pleurs et de grincements de dents. J'ai le sentiment de "tirer les marrons du feu", mais d'insuffisamment goûter mon plaisir. C'est d'ailleurs à peine si j'ose dire que je suis heureux de ma vie telle qu'elle est, même si elle comporte encore des difficultés, des limites et des souffrances physiques.

Pourtant, ne devrions-nous pas sans cesse mesurer l'ampleur de nos chances ? Nos chances d'appartenir à un pays de riches et de nantis. (Je parle ici de ce petit monde du virtuel, car si on a accès à l'Internet, on est riche, c'est-à-dire on ne se pose probablement pas la question de savoir ce que l'on mangera ce soir ni où l'on dormira). Nos chances d'avoir des magasins remplis de victuailles à en crever de trop bouffer ; des congés payés, des loisirs, de la technologie haut-de-gamme, des maisons, des appartements, du chauffage, de l'électricité, etc.
Et pourtant, nous ne sommes jamais contents et encore moins heureux, (si j'en crois ce que je lis chaque jour et que j'écris moi-même à mes heures). Que nous manque-t-il donc, enfants gâtés que nous sommes ?

Je sais, je dis là beaucoup de banalités. Pourtant, n'est-ce pas cela après quoi nous courons sans cesse, nous les occidentaux repus et hédonistes : un bonheur personnel et éventuellement un bonheur pour ceux qui nous sont proches, mais cela est aussi un mouvement égocentré, tant il est vrai que les gens tristes nous ennuient à la fin avec leurs problèmes....

Or, à l'horizon... De ce bonheur : point ! Nada ! Niet ! Rien !
Cherchez l'erreur !

Lorsque je regarde mon enfance, mes havres de paix et de bonheur, c'étaient mes vacances chez un oncle et une tante, qui vivaient à la campagne, simplement. Il était manœuvre en usine, il s'y rendait à vélo ; elle était ouvrière textile à domicile. Il y avait juste un point d'eau froide intérieur/extérieur, qui d'ailleurs posait des problèmes l'hiver, les WC dans le jardin, pas de salle de bains évidemment ni douche et encore moins de baignoire. On se lavait dans un baquet d'eau froide ou tiède en acier galvanisé. Il y avait des poules et des canards et mon oncle cultivait son jardin pour que nous mangions des légumes. Jamais de viande rouge, c'était trop cher, mais le dimanche un bon gâteau... Parfois il tuait une poule que ma tante plumait minutieusement sous mon regard attristé par ce que la poule je l’avais vu vivante auparavant.

Ce couple-là, qui n'avait pas d'enfants, me considérait un peu comme le fils qu'ils auraient aimé avoir. C'était donc tout simple : ils m'aimaient vraiment... Je n'étais pas « pourri-gâté » puisqu'ils n'avaient rien à me donner de matériel ; je n'étais pas « soigné aux petits oignons », car la vie à la campagne était rude et mon oncle savait me rudoyer pour que je devienne « un homme » ; mais je me sentais profondément aimé et considéré. Ils m'offraient le plus beau cadeau : leur affection, leur présence.

En contraste, mes parents étaient en pleine expansion. Ils s'installaient dans l'extraordinaire développement économique d'après-guerre. Ils amassaient de la richesse en trimant sans arrêt. Ce que l'on n'appelait pas encore « les biens de consommation » débarquaient à la maison : premier frigo, première télé du quartier, première voiture, viande rouge tous les midis, beurre à tous les étages, chocolat à profusion, pâtisseries... du pâtissier, etc.
Mais, pour se payer tout ça, il fallait choisir entre travail et enfant. Ma mère choisit travail : mauvaise pioche pour moi... Elle me laissait à l'abandon. Alors je faisais « l'imbécile » et les coups pleuvaient. J'allais cracher la viande rouge du midi dans l'égout, je me faisais vomir, j'avalais du savon pour ne pas aller à l'école (ça marche pas...). Ma mère, surmenée, hystérique, délirante, criarde, finit par péter un câble... Ce fut sûrement de ma faute, d'ailleurs elle me le disait : « tu m'as rendu folle ».

Au milieu de ce barbotage dans la richesse qui s'en venait, et la folie qui s'installait à la maison, j'attendais impatiemment mes vacances à la campagne... J'attendais d'être aimé... dans une vie simple et quelque peu monacale...

Avec le recul, notamment ce fameux travail sur moi, j'ai compris bien des choses sur ce que fut le couple de mes parents et le positionnement de ma mère dans ce couple. Je n'en parlerai pas ici, ce serait trop long et sans guère d'intérêt.
Mais ce qui s'est imprimé en moi, par osmose, pas ressenti et non par raisonnement, c'est que, ce que l'on appelle aujourd'hui la société de consommation, est une terrible impasse et une entrave au bonheur d'être. Or, nous n'avons de cesse que de la développer.

Nous sommes dans le schéma : la croissance pour la croissance, non pas la croissance pour l'homme. Or la croissance est faite pour l'homme et non pas l'homme pour la croissance. Dans ces conditions, notre système économique ne conduit pas vers un plus grand bonheur pour les hommes.
Certes, à titre individuel, on peut s'en démarquer (bien partiellement, car nous "sommes dedans") par des choix personnels, comme ne pas se laisser piéger par la publicité, par le renouvellement inconsidéré de biens, etc. Mais cela ne peut être qu'au niveau collectif que les choses se jouent, au niveau des choix politiques, syndicaux, associatifs, groupe de pressions, ...

Dans ce domaine, j'ai globalement le sentiment (mais j'aimerais bien me tromper) que tout un chacun s'accommode des orientations dominantes d'un toujours plus de croissance et de consommation, car l'une ne va pas sans l'autre. Il s'agit donc de toujours + produire, + vendre, + capitaliser. Est-ce donc là la merveilleuse perspective pour l'homme : demeurer un éternel agent de production pour concourir au développement de cette énorme machinerie capitaliste... ? Dans le passé, il y avait encore un « patron », en chair et en os, décideur identifiable, qui, dans le meilleur des cas venait encore serrer la main de ses ouvriers dans les ateliers ; et dans le pire des cas, se faisait séquestrer dans son bureau par des syndicalistes. Mais aujourd'hui, « le patron », est un ensemble de participations croisées, un compte d'exploitation consultable dans un paradis fiscal, un groupe financier lointain mal identifié, un fonds de pension américain, qui décide de 3000 licenciements à l'autre bout de la planète, quand il n'envoie pas ses sbires démonter les machines la nuit...

Globalement tout le monde s'accorde à dire que désormais il ne peut plus en être autrement, qu'il faut se regrouper, devenir gros poisson pour manger les plus petits. Ce avec quoi l'on se bouche la vue, c'est que la France est un petit poisson dans l'océan de la mondialisation. On nous jette de la poudre aux yeux avec quelques regroupements retentissants, comme l'actuelle fusion Suez/GDF. Mais on voit bien que les requins internationaux montrent les dents et qu'au petit jeu de la croissance effrénée notre douce France est bien mal partie... D'autant qu'elle a renoncé à former une Europe politique et économique puissante... (Encore merci aux nonistes ).

Alors ? Je ne sais pas ce que feront les jeunes d'aujourd'hui... Le vieux soixante-huitard que je suis avait mis des espérances dans la gauche... Il mesure amèrement sa déception. Il paraît que l'UMP fait des adeptes chez les jeunes qui rêvent à Sarkoland comme mes petits-enfants rêvent à Disneyland...

La Droite de chez Droite porteuse d'espérance et de bonheur pour tous...
Décidément, là, véritablement... Je rêve !!!
S. V. P. rendez-moi mes vingt ans... Que je puisse se faire quelque chose pour qu'on n'en arrive pas là !


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Travailleurs du sexe


C'est un entrefilet dans le monde, sous le titre « prostitution », que j'ai failli ne pas lire. Et puis il est indiqué : « marche des "fiertés des travailleurs du sexe" à Paris ». C'est le mot "fiertés" qui m'a arrêté, tout comme ce concept de « travailleurs du sexe » . Et puis cette revendication tragique des prostituées : « faire reconnaître leur métier et leurs droits humains » ; et ce slogan : « fières d'être putes ! ».

Elles manifestent contre la loi Sarkozy et en particulier la création du délit de racolage passif. Il est évident qu'avec ce délit il est devenu très facile pour les flics de faire dégringoler les PV sur ces braves travailleuses. Peut-être espère-t-on ainsi renflouer les caisses de l'État...

Je ne vais pas ici ouvrir le débat sur la prostitution et ses causes profondes, ni sur les milliards de dollars que génère l'utilisation du vagin des femmes à des fins commerciales glauques et que nous admettons parfaitement. (On n'a pas encore vu la CGT organiser une grève nationale à ce sujet). Et encore, je me contente ici de la prostitution féminine, (par facilité rédactionnelle) il faudrait ajouter celle des hommes, des transsexuels, transgenres et des enfants des deux sexes. On pourrait en écrire des pages et des pages. Ce que je voudrais regarder c'est le malaise que cela génère en moi.

Il y a d'abord l'hypocrisie de notre société, c'est-à-dire de chacun de nous et plus particulièrement lorsque l'on soutient la politique de Droite. C'est une hypocrisie à la Tartuffe : cachez cette prostituée que je ne saurais voir. Du moment qu'elle n'est pas sur les trottoirs du 16° ou dans le centre-ville des bonnes bourgades de province, elle peut se faire exploiter, battre, violer, torturer. Cela ne dérangera personne pourvu que cela reste dissimulé. D'autant que c'est bien connu : ces femmes-là adorent le sexe ! Elles l'ont bien cherché ! Si cela ne leur plaît pas elles n'ont qu'à faire autre chose.

Ce discours hypocrite, d'une activité rémunératrice choisie, ne trouve-t-il pas désormais sa justification dans l'expression : « travailleuses du sexe ». Peut-on considérer que vendre son corps est un travail comme un autre ? Une activité économique banale ? Qu'il conviendrait d'insérer dans le code du travail, avec sa réglementation, sa spécificité, ses horaires de travail, ses conventions collectives, d'instituer le comité d'entreprise de la prostitution, son contrat premier embauche, etc. Les patrons de maisons closes, qu'il faudrait sans doute rouvrir dans ce cas (pour rester logique), auront-ils leurs représentants au sein des organes du MEDEF ?

Est-ce que j'exagère ? C'est pourtant cette réalité-là qu'il faut considérer car elle est sous-jacente à la revendication des prostitué(e)s : « faire reconnaître leur métier et leurs droits humains ». Les droits humains supposent un respect de la personne. Le respect de la personne s'exerce dans un processus social, avec ses règles, ses droits et ses devoirs, ses organes représentatifs. D'ailleurs, dans la contestation de la loi Sarkozy, il y a implicitement une demande de protection par les forces de police de leur activité, plutôt qu'une logique de répression. (Elles oublient que la logique de répression est inscrite dans le sarkozisme...).

Or, la prostitution est un esclavage pas un métier. Esclavage au sens premier du terme lorsqu'on s'est retrouvé dans le guet-apens des rabatteurs, vendu à un proxénète auprès duquel il faut racheter à prix d'or sa liberté, l'autre alternative étant de tomber dans les mains de la police et l'avenir n'est guère plus enviable. Esclavage encore, dans lequel on s'est laisser couler en commençant par considérer que vendre son corps est un peu comme un « petit boulot » pour subsister ou payer les traites de la maison, (juste 2 ou 3 passes le WE chéri, ça suffira…), puis en se laissant prendre dans les filets d’un réseau de proxénètes ou dans la griserie de l’argent vite gagné.

Bien entendu, périodiquement, on trouvera à nous montrer dans les médias, quelques escort-girls et hôtesses diverses pour clients friqués, qui vous déclarons qu'elles font un merveilleux métier très rémunérateur. Il faut toujours un arbre clinquant pour cacher la forêt de la misère humaine de la prostitution ordinaire.

Alors ? « Fières d'être putes » ? Cela me rappelle il y a pas mal d'années lorsqu'un mouvement de prostituées avait fait la une de l'actualité. On voyait sur les plateaux de télé une porte-parole qui défendait ce métier avec vigueur et conviction, comme un grand patron défendrait la pérennité de son entreprise. C'est bien plus tard qu'on apprit que bien évidemment elle était manipulée par un réseau de proxénètes respectables et que « la force physique de conviction » lui était régulièrement est douloureusement appliquée aux endroits sensibles de son corps.

Et pourtant, cette « marche des fiertés » a sa légitimité. Car on ne fera pas disparaître la prostitution comme on a éradiqué la peste et le choléra. La recherche de dignité de ces hommes et de ces femmes est légitime. Ils ont parfaitement le droit de la revendiquer. Mais qu’attendent-ils exactement de notre société ? Une légalisation du métier pour l’exercer dans de meilleures conditions ? Ou une aide d'une autre de nature pour retrouver leur dignité humaine bafouée ? Et je ne suis pas du tout sûr, hélas, que les réponses aillent dans le sens de ce que je souhaiterais.

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