Et moi, et moi, et moi...
Textes de l'année 2007
Textes de l'année 2006
Textes de l'Année 2005
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ANNEE 2007
Mes solitudes
Nostalgie
Je ne laisse pas indifférent
Adieu jeunesse !
Le regard rapace
Vérités invisibles
Vibrations et présence
Victorieux de l'impossible
La puissance de l'instant
L'abandon
On naît, et on est
Je me sens un homme libre
Flottements
Persomachie
De l'amorçage des pompes
Flottement
Demain, je commence...
Kundera et la compréhension
Déception
Et la mort ?
Le passé reste devant
Tristesse
Désolant désordre
Flamme
Retour vers l'essentiel
Wanadoo, doux, doux !
ANNEE 2006
Comme quelque chose d'une trahison
Tous les matins du monde
Débordements
Pas facile de dire je t'aime
Chemin de connaissance
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2007
Aussi loin que je puisse remonter dans mon passé, tant celui dont j'ai conscience que celui qui me fut raconté, les Solitudes ont été mes plus grandes compagnes. Elles furent mes amies, mes maîtresses, mes sécheresses. Celle d'aujourd'hui est une insatiable quémandeuse de présence qui me tire vers elle pour que je m'abandonne à ses bras.
Finalement, je vous ai toutes aimées mes Solitudes. D'ailleurs je n'ai guère eu le choix, vous vous êtes imposées dès les origines. Toi, ma première, tu apparus dans les premiers mois de ma vie. Tu te tenais silencieuse près de mon berceau. J'avais beau crier et hurler tu demeurais impassible. C'est ton terrible silence et ta froideur que je craignais, mais il fallait bien m'en accommoder.
Peu à peu, dans ma petite tête d'enfant, j'ai réalisé qu'il en serait ainsi toute ma vie, que j'irais ainsi de solitudes en solitudes. Là était ma destinée ; il ne pourrait en être autrement. Il me fallait apprendre à vous connaître, à vivre cette mystérieuse cohabitation nécessaire.
Il existait des personnes qui ne pouvaient vivre qu'au milieu de la foule, que dans le bruit des villes, qu'environnées d'une musique assourdissante. Elles avaient besoin d'un incessant bavardage, d'une logorrhée diarrhéique autant envahissante que nauséabonde. Moi, finalement, je n'aspirais qu'à vous retrouver dans le calme frais de ma chambre, dans la douce tiédeur du soir au bord de l'eau, lorsque les foules étaient remontées des plages.
Ce n'est pas que je détestais le monde, les relations, l'amour des personnes, l'intimité des femmes, le mélange des corps, la vibration des assemblées solidaires au service d'une cause, la plongée au coeur des foules où la harangue de celles-ci, micro en main, détenteur du Verbe pour mieux les entraîner là où je voulais qu'elles aillent. Non, tout cela je l'aimais aussi. Mais vous étiez tellement attirantes, mes solitudes, qu'il me fallait bientôt vous rejoindre, plonger dans le doux velours de vos silences feutrés.
Enfant, je me glissais sous les couvertures, dans le fond de mon lit, mon ours entre mes bras, pour lui murmurer à l'oreille tout ce que les autres ne voulaient pas entendre. Alors, tu étais là aussi, toi ma Solitude de l'instant de nuit. Tu acquiesçais par ton silence à mes propos secrets, tu te faisais plus épaisse et plus dense pour m'envelopper de la chaleur maternelle qui me manquait.
Au bout de mon enfance, là où l'on se met à basculer vers les années difficiles d'adolescence, lorsque j'ai pensé me débarrasser de toi en frappant fort sur mon corps, en le délabrant, en le faisant devenir flasque, j'ai cherché à t'éliminer parce que tu devenais trop pesante. J'ai cru que l'entourement d'un enfant malade par des êtres humains attentifs te ferait t'éloigner et même disparaître. Ce fut partiellement le cas. Je n'étais plus seul. Bien au contraire, c'était un trop. Je n'avais qu'une hâte : te retrouver. De simple présence, tu te fis confidente. Tu parlais peu, mais j'apprenais à te connaître, à entendre ta mélodie silencieuse murmurée au fond des fibres de mon ventre.
Et puis, vinrent les femmes, plus séduisantes que vous, mes solitudes. Dans la chaleur de leurs corps je cherchais mon chemin, avide de connaître le secret des baisers, l'ardeur des joutes amoureuses, le dévoilement de la peau, les larmes coulant sur les ventres. Je croyais pouvoir m'abandonner, mais j'étais à la merci. Je vous voyais là-bas au loin, mes Solitudes, me faisant signe, me pressant de revenir. Nous nous entendions si bien, vous et moi. Mais je ne voulais plus, j'avais le désir des autres, de l'Autre. Vous n'étiez que des leurres ; il fallait renoncer.
J'ai pris de la distance. Je vous regardais vous éloignant dans le rétroviseur. Bientôt vous ne fûtes plus qu'un point sur l'horizon. Sans regret, j'ai regardé devant, le coeur palpitant, l'envie dévorante de vivre enfin se faisait plus forte. J'ai mordu dans la vie, affamé que j'étais, goinfre, j'ai dévasté mes années. Je suis devenu l'homme « qui n'avait plus une minute à lui », l'orgueilleux de l'agenda bien rempli, du carnet d'adresses débordant, du compte en banque étoffé.
Et puis, je suis entré en manque de vous, mes Solitudes. J'ai renoué avec cette hâte des retrouvailles dans vos bras. Vous me manquiez tellement ! Que devenait ce coeur à coeur, ce coeur à silence, auprès de vous ? Je m'étais bêtement détourné alors que vous m'êtes indispensable et que je sais cela depuis le début des origines.
Aujourd'hui, vous voici toutes là rassemblées, des plus petites aux plus grandes. Je vous chéris mes Solitudes par ce que, par vous, je veux être et donner autour de moi. Sans votre présence à mes côtés, je ne puis que me dessécher. Vous êtes mes intimes, mes dialogueuses du Mystère. Si je ne me retire pas régulièrement auprès de vous, ma vie perd son sens, je suis coupé de votre source féconde, je deviens terne et appauvri.
Nostalgie
Je ressens une étrange nostalgie vis-à-vis de mon appartement au bord de la mer. Il me manque, comme la mer me manque.
Étrange parce qu'habituellement, autant j'aime m'y rendre, autant je sais m'en passer car je suis bien également dans ma maison ici.
Ce qui me dérange c'est que par ailleurs, j'ai le sentiment de laisser le temps s'écouler sans être suffisamment actif, à la mesure de ce que je désirerais. Évidemment, je ne dois pas négliger mon besoin de repos. C'est là pour moi une ascèse difficile. Je me suis pas encore remis de mon week-end chez ma fille. En plus nous y avons ajouté un autre week-end, qui vient de se terminer, avec une soirée samedi qui fut très chouette mais qui a augmenté ma fatigue. En sorte que les douleurs sont revenues, et que cela me fait ch....
J'envie les gens dont la santé est florissante. Ils ne connaissent généralement par leur bonheur. Ce n'est bien souvent qu'à l'occasion d'un accident de santé qu'ils se rendent compte à quel point l'intégrité physique est un bien précieux.
Ceux qui ont cette chance et cependant se plaignent au moindre bouton qui démange, m'exaspèrent parfois. Dans le même registre, ceux qui font tout et n'importe quoi avec leur corps (fumer, boire, prendre des risques inutiles et se mettre en péril, cultiver les exploits sportifs, etc.) me révoltent aussi à l'occasion. Enfin, disons que c'est lorsque je touche à mes limites personnelles que je suis dans cet état là.
Nous n'avons qu'un seul corps et qu'une seule vie... Saborder prématurément l'un comme l'autre me semble d'une idiotie colossale...
Bref, je disais que la mer me manquait...
En réalité je crois que je manque à moi-même et que c'est mon océan intérieur sur lequel j'aime naviguer, que je n'atteins pas en ce moment.
Je ne laisse pas indifférent…
Un certain nombre d'événements récents dans ma vie "en live", m'ont amené à dialoguer sur ceux-ci avec ma compagne, qui a un moment m'a dit : "de toutes façons tu ne laisses jamais les gens indifférents". Je ressens toujours un malaise face à ce genre de propos. À la fois cela me plaît, à la fois cela m'agace. Si je menais une analyse sérieuse de moi, je me laisserais écrire sur ces deux sensations distinctes. Mais je ne suis pas un homme sérieux ! Alors j'écrirai simplement quelques impressions. Mais il faudra que j'analyse ces deux sentiments apparemment contradictoires.
Dans mon enfance j'ai vécu que je comptais "pour du beurre". Personne ne s'intéressait à moi vraiment. j'ai vécu isolé, ce qui n'est pas la solitude choisie, mais l'emprisonnement feutré. Cela devait être dans l'ordre des choses. Les enfants étaient là pour se taire et même ils n'avaient pas à écouter les conversations des grands. De cela j'ai souffert sans véritable douleur. Je savais m'anesthésier instantanément et la manière dont ma souffrance resurgissait se manifestait plutôt par une sorte "d'auto-compassion" honteuse que je me surprenais par moment à ressentir à mon égard. Il m'est arrivé de pleurer, sans savoir que je pleurais sur moi-même. Le reste du temps je supportais les crises grandiloquentes et théâtrales de ma mère et j'essayais de grimper à bord de l'admirable et immense paquebot inaccessible qu'était mon père sans véritablement y parvenir.
Tout à basculé un soir de novembre il y a bien des années. La France s'apprêtait à fêter l'armistice et moi j'entrais en guerre contre la maladie qui venait de s'abattre et dévastait mon corps en y laissant des traces indélébiles. Alors je suis sorti de l'indifférence, ce fut ma manière de tenter d'y parvenir. De ce point de vue, ce fut une réussite. Pour le reste, pour les conséquences définitives dans mon corps, ce fut un échec total.
Moi, ce que je recherchais, c'était de trouver enfin l'amour de mes parents, je veux dire au sens qu'il se manifeste effectivement. Cela m'aurait amplement suffi. Ce que j'ai récolté ce fut une sorte de "sûr-intérêt" pour ma personne par je ne sais combien de personnes, à commencer par le corps médical puisque j'étais "un cas intéressant" ; ce que je ne désirais pas vraiment.
L'épreuve transforme. C'est une banalité de le dire. Si l'on arrive à s'en sortir, certes, avec l'aide des autres et un peu de chance, mais surtout par la volonté de rendre réalisable son Désir, on en ressort fondamentalement transformé, avec un atout majeur dans son jeu pour toujours. Il y avait en moi une force qui avait surgi, mais dont je n'avais pas conscience, bien qu'elle soit active de par sa nature même.
Et puis les années ont passé, avec des hauts et des bas, surtout des bas ! Mais il y avait une constante, je ne laissais pas indifférent, et même, que je le veuille ou non, je finissais toujours plus ou moins par devenir le leader d'un groupe en raison de l'influence que j'y exerçais, ce qui est loin de n'avoir que des avantages ! Notamment lorsque, n'ayant pas le pouvoir officiel, on devient un contre-leader, et que l'on est encore un jeune con qui en profite pour faire le jeu des divisions...
Évidemment, je retirais de tout cela pas mal d'orgueil et de satisfactions. Être le point de mire, constater que dans un groupe le silence se fait quand vous prenez la parole, que le groupe des opposants qui vous soutient applaudit à tout rompre, que vous savez manier des petites phrases assassinent, que l'on vous réclame et vous sollicite, (vous exploite aussi !), que l'on vous dise : tu n'étais pas là hier à la réunion, alors on s'est emmerdé ! ; c'est grisant et la "grosse tête" n'est pas loin... Mais le temps de la désillusion ne tarde jamais à pointer le bout de son nez. Car, être ainsi exposé parce qu'on dispose d'une sorte d'influence que l'on n'a pas véritablement décidée d'avoir, sans pour autant y renoncer (en se taisant par exemple...) fait que l'on est à la fois le phare qui éclaire pour certains, et la cible pour d'autres qui décochent leurs flèches plus ou moins empoisonnées... Dans les deux cas, c'est difficile à vivre, et même plus souvent douloureux qu'on ne le croit. En tout cas il en fut ainsi pour moi. (Et finalement cela demeure aujourd'hui...)
Et puis, les années ont passé encore, j'ai entamé une thérapie, je me suis humanisé un peu plus, je me suis surtout mis sous l'influence de "mon maître à penser", j'ai vécu une lente transformation, une sorte de maturation décapante en même temps qu'enrichissante.
Il ne faudrait pas croire que je suis devenu "quelqu'un de fort". Car à mesure que j'ai conscience de cette force en moi qui a quelque chose d'indestructible et que personne, pas même moi, ne pourrait anéantir ; j'ai dans le même temps, et par effet contraste, comme la lumière révèle l'ombre, la conscience aiguë des zones fragiles qui me constituent. Aujourd'hui, ce qui me pose question c'est que je m'en accommode plus que je ne cherche à progresser encore, comme ce le fut dans le passé. Comme on dit : "je me repose sur mes lauriers"... Si tant est qu'il y en ait !
Sans doute me faudrait-il des motivations concrètes pour me remettre en route ou pour me "remettre en cause" ... Mais, "la remise en cause en chambre", ne présente guère d'intérêt, pas même vraiment intellectuellement (en tout cas pour moi). Je m'accommode très bien (trop bien ?) de mes défaillances. C'est un peu tragique d'écrire cela, mais c'est ainsi !
Encore que... Si je regarde certaines décisions que j'ai prise récemment, force est de constater que j'ai remis en cause des principes que je m'étais donnés !
Mais là n'est pas vraiment la question, qui est : au final, pourquoi, quasi systématiquement, "je marque les autres" (positivement ou négativement) ? Qu'y a-t-il donc en moi qui se voit probablement et que je ne vois pas moi-même pour qu'il en soit ainsi ? Bien évidemment il y eut des circonstances où j'ai agi délibérément avec l'intention d'influencer, de convaincre, d'affirmer mes convictions, etc. (Il n'est d'ailleurs pas certain que ce soit bien efficace ! ...). Mais dans ma vie ordinaire, j'essaye simplement d'être moi-même, je suis à l'écoute des personnes, j'éprouve de l'intérêt pour qui elles sont, ce qu'elles font, et le plus souvent j'exprime ce que je ressens à leur égard. Ce n'est vraiment pas bien compliqué !
Récemment, ma compagne a vécu sa "réunion de rentrée" avec un certain nombre de personnes que je connais, avec lesquelles j'ai travaillé. Elle me disait : "c'est incroyable tout le monde n'arrête pas de me demander de tes nouvelles, je sens que ce n'est pas une demande polie, mais un réel intérêt de savoir ce que tu deviens". Cela fait cinq ans que je ne vois plus ces gens-là. Habituellement, dans le milieu professionnel on est très très vite oublié...
Il y a quelques mois une de mes anciennes collaboratrices m'a téléphoné pour aussi prendre de mes nouvelles. Je l'avais quasiment oubliée... Cela remonte à plus de quinze ans. J'ai cru qu'elle avait quelque chose à me demander, j'en étais même persuadé. Et puis non ! Elle voulait simplement de mes nouvelles.... Bizarre !
Alors, je suis de plus en plus tenté par la solitude, attiré par le repli. Comme s'il fallait m'extraire définitivement de tout cela. Entrer dans une sorte de diminution recentrée sur l'essentiel. Quand j'étais au coeur de l'action, que j'avais un relatif "succès", une certaine "réussite professionnelle", je disais parfois en riant qu'un jour je me ferai ermite.
Se faire ermite (dit mon dico) = Vivre dans la solitude; se convertir; revenir de ses égarements
Eh bien ce n'était peut-être pas une bêtise...
Adieu jeunesse !
C'est un téléfilm "mention passable" mais qui se laisse regarder. Une histoire d'amour de jeunes dans le milieu Beaux-Arts. Peu importe le film dont j'ai déjà oublié le nom. Je voudrais m'arrêter à ce qui s'est passé en moi, à cette flopée de sensations qui m'ont projeté dans mon histoire de jeune homme, alors que je ne m'y attendais pas.
Je n'aime pas être ainsi surpris par ce genre de ressenti qui me traîne en arrière comme on tirerait quelqu'un par les cheveux pour l'emmener là où il n'a pas envie d'aller. Ce n'est pas que je veuille ignorer mon histoire personnelle, mais j'aimerais qu'elle ne vienne pas encombrer mon présent. Je souhaite pouvoir explorer mon histoire passée, quand j'en ai envie, comme j'en ai envie. En garder la parfaite maîtrise. Hélas, dans le domaine du ressenti et de son surgissement, ce n'est pas moi qui commande.
Ce qui m'a saisi dans toute ma personne c'est ce constat banal et simple : ils sont jeunes, je suis vieux. Certes je ne suis pas « un petit vieux » qui attend la mort (pas encore...) et mon désir de vivre est loin de s'étioler. Je n'ai pas non plus (pas vraiment) la nostalgie de revenir en arrière. Si par un effet magique cela m'était offert, je ne suis pas certain de prendre l'option d'une sorte de nouvelle vie à recommencer.
Je dis cela, et cependant dans mon ressenti, à cet instant il en est allé autrement. Ce constat qui s'est imposé (ils sont jeunes, je suis vieux), a été, l'espace d'un instant, terriblement dur à constater. Une prise de conscience soudaine que je n'acceptais pas vraiment l'âge qui est le mien, et que, quoique j'en dise, j'aimerais être plus jeune.
Lorsque je dis à des personnes : « je suis vieux » c'est immédiatement contesté. Il ne faut surtout pas être vieux ! Quelle horreur ! C'est presque une tare, une maladie honteuse.
Cela peut encore passer si on ajoute un qualificatif valorisant du genre « vieux sage ». Et puis, quel que soit l'âge, l'important est d'être jeune dans sa tête, n'est-ce pas !
Et puis quoi ! Tu n'as même pas encore 60 ans ! Vieux c'est 90 ans ! (On peut observer qu'il y a quelques années, vieux c'était quatre-vingts ans, et quelques années encore en arrière, vieux c'était soixante-dix ans, et dans ma jeunesse pas mal de gens mourraient vers la soixantaine...).
Oui, je sais on va me rétorquer que les vieux ont les aime bien, chacun à chez lui ou dans ses souvenirs un grand-père très chouette (notamment lorsqu'il a servi de substitut paternel), et puis ils ont de merveilleux souvenirs à raconter du bon vieux temps et on adore les écouter avec ce sourire condescendant, vu que les souvenirs sur la guerre 40, la guerre d'Algérie, et le général De Gaulle, on les connaît absolument par coeur. À moins qu'il ne vous expose en long et en large les dernières péripéties des « feux de l'amour ». (comme le faisait mon père, lui, l'intellectuel, il en était donc là ?)
Mais, soyons clairs et un peu honnête, globalement, les vieux on n'aime pas, on n'en veut pas vraiment, enfin, pas plus que le temps de la visite à la maison de retraite ou médicalisée qui sent l'urine. Et ceux qui rendent des visites journalières disent qu'ils le font par amour, mais surtout par devoir et par crainte ensuite de se sentir coupable de ne pas l'avoir fait. Autrement dit les motivations ne sont pas excessivement glorieuses. Et je ne jetterai la pierre à personne ! J'ai plutôt été soulagé de la mort de mon père, parce que cela devenait trop lourd pour tout le monde.
"Papa tu fais encore jeune !" me disent mes filles, toutes heureuses de ce compliment. Ouf ! Tout est dans le "encore". Je suis en sursis. Le jour où je "ferai vieux"... Mais n'y pensons pas !
Dans mon ressenti surgit au moment de ce film, je fus conduit devant ma vérité... : je suis un vieux. Puis-je véritablement dire autrement ? Si ce n'est en utilisant toutes sortes de périphrases pour dire cette réalité, comme "je ne suis plus si jeune" , "j'ai mon âge mais je suis encore vert", "la jeunesse du coeur c'est ce qui compte", ou d'utiliser ces nouveaux vocables du type "senior", "aîné" etc. Histoire de dissimuer la réalité. Et chez les femmes, c'est encore pire. Le jeunisme est une tyrannie de chaque instant. Il faut combattre l'ennemi à coups de crème antirides, et porter les vêtements de ses filles pour "faire toujours jeune" !
Le vieux est socialement incorrect.
Tout cela pour dire qu'il n'est pas facile d'accepter de vieillir, d'accepter sa condition d'être destiné à finir. Et probablement à finir dans des conditions de plus en plus insupportables, avec de la tuyauterie partout, histoire de prolonger artificiellement le surgissement de ce qui est considéré comme intolérable et pourtant parfaitement naturel qu'est la mort.
Alors, cet après-midi-là, obligé de m'allonger pour soulager mon corps affaibli, regardant la télé pour me distraire quelque peu, plutôt que de lire comme je le fais parfois, je me retrouvais affronté à la réalité de ma condition, l'acceptant difficilement.
Soyons clair : je suis vieux, et je n'aime pas !
La regard rapace
Je suis fasciné par les oiseaux rapaces. Cet été je suis allé dans une maison des oiseaux où il y en avait un certain nombre. Je suis resté très longtemps à les observer sans rien dire et j'ai fait un certain nombre de photos. J'en publie quelques-unes.
C'est leur regard qui me fascine. Ils me semblent toujours appartenir à un ailleurs attirant et mystérieux. Je ne crains pas leur bec puissant, capable de déchiqueter la chair de leurs proies, ni leurs serres puissantes qui peuvent vous broyer plus sûrement qu'un étau, mais c'est leur regard qui me ferait détourner les yeux.
En les voyant m'est revenu un souvenir de classe. Je devais avoir 15/16 ans Lors d'un cours d'expression graphique, sur je ne sais plus quel thème, j'avais dessiné un immense oeil à faire peur. Le prof avait fait une allusion pseudo-psychanalytique, où il était question de jugement, de culpabilité et de volonté de braver le regard. Plus tard j'ai compris qu'il s'agissait du regard de ma mère, cette femme morte depuis vingt ans, envers laquelle, encore aujourd'hui, je n'éprouve aucun sentiment d'affection filiale. J'ai gratté au fond de moi autant que j'ai pu pour tenter de le retrouver, sans y parvenir à ce jour. Lorsqu'il m'arrive d'évoquer sa mémoire, j'éprouve envers elle une sorte d'indifférence pour cette étrangère qu'elle fut à mes yeux.
Elle avait le regard rapace ; j'étais sa proie. Dans cette maison des oiseaux je me suis confronté à elle par busard, épervier et autre aigle interposés.
Vérités invisibles
"J'aime infiniment ton talent d'accoucheur de vérités invisibles."
Quelqu'un me dit cela, suite à une intervention que j'y faisais. Cette phrase me plaît beaucoup car je crois qu'elle caractérise quelque chose d'important chez moi et que je n'aurais pas pu qualifier par moi-même de cette manière.
Bien entendu, elle a un côté valorisant et flatte mon ego, mais je ne crois pas qu'elle ait été écrite dans le but de me brosser la manche. En réalité, ce qui me touche probablement le plus c'est que je tenais des propos quelque peu semblables vis-à-vis de mon maître à penser. Il fut effectivement pour moi l'accoucheur de certaines vérités ou demi-vérités que je ne voyais pas me concernant. Lui, parlait, soit de la montée en conscience personnelle, soit de dissiper les brumes de l'inconscient, comme au petit jour se dissipent les brumes matinales. J'ai évoqué récemment ce thème de l'inconscient dans ce qu'il peut avoir de caricatural et j'y renvoie.
L'inconscient est... ce qui n'est pas à ma conscience claire et éclairée. L'inconscient contient un bon nombre de ces vérités invisibles qu'il nous est possible de faire venir à la lumière. Et c'est bien notre rôle d'accoucher de ces vérités-là. Il faut probablement trouver le bon accoucheur... Et ce n'est certainement pas une mince affaire. Je crois avoir eu la chance de croiser plusieurs accoucheurs qui n'étaient pas sans talent. J'en ai béni certain, j'en ai maudits d'autres qui m'entraînaient à des révélations sur moi-même que j'aurais préférer cacher encore.
Tout un temps, j'ai craint que la dissipation des brumes matinales de l'inconscient ne fassent essentiellement apparaître que mes délabrements, mes ruines et mes dévastations intérieures. Et il est vrai qu'une certaine manière de concevoir la démarche d'analyse (je ne parle pas ici uniquement de psychanalyse) génère des thérapeutes avides de nous confronter à ce chaos de manière à ce que nous nous y enlisions un peu plus... Ce qui permet de multiplier les séances... (Mais, chuttt ! On va dire que je suis mauvaise langue !....).
Il y a dans l'inconscient des vérités invisibles qui sont des richesses et des trésors intérieurs dont nous ignorons tout... Bien sûr, nous sommes capables de reconnaître des qualités et des valeurs, mais tout cela n'est encore qu'un vague regard sur un paysage recouvert des brumes plus ou moins épaisses de nos inconsciences. Et puis c'est si vaniteux et si orgueilleux de dire des choses belles sur soi-même... Et puis nous sommes paraît-il tellement capable du pire, qu'il faut que celui-ci recouvre le meilleur de nous. Certains disent même que pour aimer vraiment ils ont besoin de ressentir l'autre faillible (pour ne pas dire faible). Comme si pour pénétrer au coeur de l'autre il fallait d'abord aller le titiller là ou ça fait mal...
La sagesse est certainement la conscience de vérités invisibles, avec leurs ombres et leurs lumières. Une forme de reconnaissance de la réalité pour ce qu'elle est, pour tout ce qu'elle est : qualités et limites, actes constructeurs et actes destructeurs, pensées réelles et pensées chimériques, etc. l'attitude qui me guide est l'observation juste de la Réalité en vue de tenter une approche de la Vérité. Tout cela évidemment peut paraître des mots, du discours, et je ne suis même pas sûr que j'ai raison d'en parler ici, tant j'ai le sentiment parfois d'être peu compris, en raison du fait qu'à la fois je me montre insuffisamment explicite, et qu'en outre j'aborde les sujets qui nécessitent un certain type d'approche que tout le monde n'est pas disposé à faire.
Toute une époque de ma vie ce fut une richesse pour moi d’appartenir à des groupes "d'initiés" (on va croire que j'appartenais à une secte!!!), mais j'en ai touché la limite. À partir du moment où on a élaboré un système de pensée plus personnel (je veux dire par là qu'on ne répète plus les discours des autres... fussent-il excellents...) il devient nécessaire de vivre l'altérité, avec toutes les difficultés que cela comporte (notamment en termes de communication et de compréhension) et en même temps tout le potentiel de richesses qui peut peut-être venir au jour.
Toutefois, je demeure partiellement dubitatif sur mon aptitude ou ma capacité à une totale ouverture à la différence, si ce n'est bien évidemment par curiosité intellectuelle bien comprise. Arrive un moment où les convictions se sont enracinées au plus profond de soi (à moins comme le disait que l'on soit resté dans la spéculation et le brassage d'idées, nécessairement changeante au gré du temps et des modes de pensées dominantes). Elles finissent donc par devenir indéracinables. Il devient difficile de penser et encore moins d'admettre qu'il pourrait en être autrement. Des filtres et des grilles de lecture s'installent immanquablement. On peut ainsi progressivement se réifier.
Vibrations et présence
Ce matin je ressens au fond de moi cette vibration de la vie. J'ai une longue habitude de l'attention à mon corps, bien que celle-ci ait eu des éclipses qui ont toujours eu des conséquences néfastes sur ma vie. Depuis mon accident cardiaque je suis revenu à une attention beaucoup plus nette à mon ressenti et aux vibrations internes.
J'ai la chance de disposer de moyens pour en décrypter le contenu. Je sais analyser mon ressenti, j'ai appris cela au long des années, tant par moi-même que par les enseignements de mon maître à penser, afin de faire sortir des brumes de l'inconscience ma réalité pour ce qu'elle est, au moins pour la part que je suis capable d'appréhender. (au sens de prendre, pas au sens de craindre)
C'est pour moi le vrai chemin de connaissance de soi. Le reste est spéculation, brassage d'idées plus ou moins intéressantes, verbiage répétitif, plat et sans saveur, reprise des idées des autres.
L'analyse du ressenti intérieur est au contraire sans cesse en action est en libération de vie. La mienne, c'est-à-dire la seule sur laquelle j'ai un peu de pouvoir. C'est le pouvoir qu'à le marin dans sa capacité à faire naviguer son voilier contre vents et marées et l'amener au port.
La vibration de vie qui est au fond de moi se propage au rythme de mes battements jusqu'à m'envahir entièrement. Ainsi se délimite mon existence : dans cette vibration. Elle est là, uniquement là, jamais ailleurs. Je ne dispose pour vivre que de l'instant qui passe. À moi de l'occuper pleinement au moment même.
J'ose dire que c'est cela m'a vrai sagesse. Ma sagesse est Présence. Je pense d'ailleurs que c'est cela qui frappe lorsque l'on me connaît quelque peu et que l'on me fréquente. Ma capacité d'être présent dans l'instant, face à moi-même et face à l'autre.
Je me souviens comme si c'était hier de la première personne que j'ai rencontrée et qui vivait cette forme de présence. J'avais vingt-deux ans. C'était un curé d'une cinquantaine d'années, complètement à la marge, au rire tonitruant. On était dans la mouvance des années de l'après 68. Je me posais beaucoup de questions et sans être vraiment mal dans ma peau, je vivais cependant dans l'irréel, je privilégiais la fuite dans les plaisirs sous fond de désespérance. Je l'avais aperçu dans le cadre d'un groupe assez déjanté. C'était cependant la première fois que j'allais chez lui. Évidemment, j'ai commencé à parler de moi et à raconter ma petite vie sans intérêt. Au bout d'un moment il m'a interrompu : « tu veux une bière ? ». J'ai acquiescé, un peu interloqué d'être ainsi stoppé dans mes propos. Il est revenu avec deux bières et une bible. Il m'a servi la bière, a ouvert la bible, l'a mise sous mes yeux et m'a dit : « lis cela à haute voix ». C'était les béatitudes (heureux les humbles ! Heureux les assoiffés de justice ! Heureux les coeurs purs ! Heureux les faiseurs de paix !...). Je me suis exécuté non sans réticences et même quelques résistances que son humour a fait tomber. C'est en lisant que je me suis ressenti entouré par la Présence de cet homme. Je percevais son regard posé sur moi, très attentif à la manière dont je lisais et à mes émotions sous-jacentes. Ensuite il m'a demandé de quelle manière moi j'avais décidé d'être heureux. Je pense que personne ne m'avait jamais posé la question comme ça, pas dans ces termes-là : (décider), pas avec ce sérieux et cette intensité. Ainsi il m'a conduit à une présence à moi-même comme jamais encore je ne l'avais vécue. Pour la première fois j'ai entrevu la possibilité d'une vie accomplie et les prémices du chemin de fidélité à soi qui m'indiquerait la direction à suivre.
C'est dans les années qui suivirent que je fus à même de rencontrer mon maître à penser. Il me semble que ce curé atypique (l'un des rares qui a grâce à mes yeux !) m'a préparé la route ce soir-là. Les croyants diront que Dieu a guidé mes pas, ma mère aurait dit : "c'est la Providence !". Moi je dis plutôt c'est la dynamique du vivant, de l'homme vivant et solidaire de ses semblables. Mais peu importe. C'est ensuite une question d'option personnelle.
Ce matin, tout cela me revient dans cette vibration intérieure, dans ces battements de mon coeur affaibli mais toujours fidèle à l'impulsion de vie. Et c'est cette présence qui fait mon bonheur du jour. Mon présent est tissé de mon histoire passée. Il la contient dans l'instant même. C'est bien le seul endroit où je puis demeurer. Mon présent est ma maison, ma demeure.
J'étais dans ce présent-là le 10 novembre. À la fin du repas dans l'instant qui a précédé l'incident, je n'étais pas dans l'inquiétude de ce qui pourrait arriver, ni dans la crainte du lendemain, ni dans l'attente d'un plus grand bonheur possible un jour suivant. Je me sentais bien auprès de ma compagne qui s'apprêtait à servir le café. Et puis, l'instant suivant m'a conduit (tout du moins c'est comme cela que je les ressentis) à proximité de la mort. La panique qui m'a envahie n'a duré que quelques secondes. C'est d'ailleurs curieux avec le recul. Je ne peux même pas dire que j'ai fait efforts pour garder mon sang-froid (l'expression est amusante, car le "sang refroidi" je l'ai ressenti me descendre dans le corps), peut-être parce que je suis demeuré dans cette présence, sans le décider, comme une sorte de normalité de cet inéluctable d'une mort qui s'apprêtait à survenir.
Finalement nous ne sommes vivants et en capacité de bien vivre cette vie que parce qu'il y a une fin annoncée. S'il n'y avait pas la mort programmée en nous, si nous devions vivre pendant des siècles et des siècles est-ce que véritablement nous ferions quelque chose de nos journées qui en vaille la peine...? Nous savons bien que généralement sans échéance fixée en dehors de notre seule volonté, nous n'accomplissons pas grand-chose. Une mère passerait-elle son temps à préparer et repréparer des biberons, si son bébé ne réclamait pas la tétée à échéances régulières !
Ce que je retiens de ces jours derniers - et qui est pour moi une confirmation de mes convictions, en même temps qu'une gifle cinglante de mes déviances occasionnelles, - c'est l'absolue inutilité de la projection dans l'avenir. Je parle bien de la projection au sens "de quoi demain sera-t-il fait ?", je ne parle pas de l'intuition profonde que l'on peut avoir de sa destinée, laquelle est d'une autre nature notamment en termes de ressenti. Le sens de mon destin, de la trajectoire de ma vie, je les ressens par l'intérieur, et ce ressenti fait partie de mon présent, de l'instant. La projection dans l'avenir (avec des questions comme je lisais chez quelques blogueurs du type : est-ce que l'amour durera toujours... ?) est une production de l'esprit spéculatif, qui génère des réponses parfaitement argumentées avec finesse et intelligence, mais qui sont totalement inutiles... ! Enfin, presque totalement : car cela produit quand même la jouissance masturbatoire de l'ego !
Après ce bel effort, je retourne m'allonger et écouter Mozart...
Victorieux de l'impossible
En cherchant des photos que j'ai retrouvé une grande feuille de paperboard avec une sorte de graphisme représentant le déroulement de ma vie. Cela avait été réalisé au cours d'un stage sur la question du "Sens" (le sens de la vie, le sens de sa vie, notre place et notre rôle dans le monde, notre mort...). Le dernier jour il avait fallu le présenter au groupe. C'était il y a pas mal d'années. J'avais oublié. Mais en voyant cette feuille le souvenir m'est revenu avec acuité. Il fallait donner un titre qui faisait sens pour nous et pour notre vie. J'avais écrit en haut de la feuille : « victorieux de l'impossible ». Je me souviens combien ce titre s'était imposé, comme surgi du plus profond de moi dans un jaillissement et un élan. Je me souviens de mon hésitation à l'écrire : c'était tellement prétentieux ! Les autres allaient se moquer. J'avais cherché un autre titre comme : "victoire sur moi-même" ou des choses de ce genre, mais c'était minimiser la force avec laquelle l'autre expression s'imposait. Je me suis décidé à l'écrire au feutre rouge, en lettres de sang. J'en tremblais.
Avec le recul, puis-je dire que cette expression peut encore caractériser ma vie ?
Aujourd'hui je dirais que ce qui a caractérisé ma vie c'est d'avoir été conduit sur un chemin de libération fondé sur le don de moi-même. Ce don a une sorte de double branche, à la fois je me suis comme "redonné" à moi-même, et je me suis donné aux autres. Ces deux aspects sont intimement mêlés et inséparables. L'un ayant entraîné l'autre et réciproquement dans une dynamique de progression.
Mais l'essentiel fut sans doute ma libération. Le fait d'avoir brisé des chaînes vis-à-vis de mon passé. D'être sorti d'un esclavage de mes tyrannies sensibles. D'être allé à la reconquête de mon autonomie perdue. D'avoir fait taire certains démons intérieurs, de m'être pacifié de certaines de mes violences dévastatrices. D'avoir osé croire que je pouvais aimer vraiment (tout du moins essayer...). D'avoir résolument opté pour mes pulsions de vie qui sortiraient vainqueurs des pulsions de mort. Et j'ai longtemps hésité à choisir mon camp en ce domaine...
Certes, rien n'est merveilleux, rien n'est jamais acquis et bien des failles demeurent en moi.
Lorsque j'ai écrit l'expression : « victorieux de l'impossible » je pensais surtout au combat personnel que j'ai mené contre vents et marées dans quasiment tous les secteurs de ma vie, d'abord pour survivre, puis pour croire en mon destin tel que je l'entrevoyais comme possible, alors qu'autour de moi quasiment personne n'y croyait vraiment. D'une certaine manière j'avais pris ma revanche, inversé le cours des choses, j'étais sorti d'une absence d'existence en engageant mon combat. Il me semblait en sortir victorieux. Je n'étais pas Superman, j'étais simplement passé de "rien du tout" à "un peu quelque chose". Et ce petit quelque chose était mon bien le plus précieux. C'est à cette époque que j'ai commencé à avoir au fond de ma poche un tout petit galet blanc trouvé sur une plage. On s'était choisi tous les deux, à cause de nos ressemblances. Il s'était laissé longuement polir jusqu'à devenir presque translucide. Il avait juste une veine plus sombre en son milieu, comme une faille, un fragilité, un inachevé. C'était donc moi.
La puissance de l'instant
À mesure que j'avance dans ma vie, je découvre l'importance de vivre la présence à l'instant. Je sors progressivement de l'instabilité des attentes et de la chimère des promesses.
Longtemps j'ai vécu une sorte de dualisme entre cette présence à mon corps qui m'était nécessaire à la fois pour le remettre en état et le maintenir dans un fonctionnement satisfaisant ; et l'évasion par ma tête qui me permettait de me projeter dans un avenir que j'imaginais tantôt des meilleurs, tantôt des pires qui soit.
Dans mon enfance solitaire, je n'étais nulle part si ce n'est dans mes rêves, les chimères que je m'inventais, les personnages de jeu que je me créais, m'incarnant tour à tour dans l'un puis dans l'autre. C'est après mon accident de santé qui me cloua allongé pour plusieurs années que je suis entré progressivement, contraint et forcé, dans cette présence à mon corps qu'il fallait patiemment et inlassablement remettre en vie au cours de longues séances quotidiennes de rééducation. À mes incessantes interrogations et questionnements angoissés auprès des soignants : « est-ce que je vais redevenir "comme avant" ? », j'obtenais pour réponse des propos me ramenant à la réalité du moment, à l'exercice en cours et à une sorte de confiance dans l'instant qui pourrait peut-être déboucher, un jour, sur un autrement.
J'étais encore dans l'enfance, mais je recevais des leçons d'homme qui allaient me servir toute ma vie.
Il s'agissait de durer dans l'instant, dans la présence forte à mon corps, dans la précision du geste de l'exercice. Il ne s'agissait que de cela. De rien d'autre. Et chaque jour c'était recommencé.
Il y avait aussi ces longues séances de respiration profonde. Elles étaient destinées en premier à me redonner une capacité respiratoire suffisante, mais bien au-delà je recevais un enseignement corporel sur ce qu'était le mouvement de la vie, que celle-ci n'était que dans l'échange, dans le mouvement du donné et du reçu. De l'inspire et de l'expire.
Évidemment, tout cela n'était pas formulé avec des mots, mais c'était totalement expérienciel. Or il est indispensable que l'expérience précède l'analyse, sinon on demeure dans une attitude purement spéculative intellectuellement, qui certes, peut-être particulièrement grisante pour l'esprit, mais n'en est pas moins improductive, voire contre-productive pour soi-même et son développement. C'est donc dans la suite de ma vie que j'ai pu me livrer à cette analyse et en tirer enseignement.
Je constate que c'est dans cette fidélité au présent que ma vie a pu durer et s'accomplir telle que je la percevais au fond de moi et non pas telle que je l'imaginais dans ma tête. Je n'ai pas fonctionné au plan de carrière, j'ai fonctionné à l'intuition créative donnée au moment même, quand bien même cette intuition concerne l'avenir. En effet, la personne intuitive ne se projette pas dans l'avenir. D'une certaine manière, elle y est déjà par la présence à elle-même à l'instant même, lequel comporte, en puissance et en potentiel, l'accomplissement de ce devenir. D'une certaine manière, pour le véritable intuitif, l'avenir est déjà son présent et c'est pour cela qu'il réussit dans la vie. Il ne rêve pas sa vie meilleure demain, il l'accomplit aujourd'hui. [Je conçois que ce discours est peu compréhensif pour ceux qui vivent de projets plus ou moins chimériques ou réalistes (qu'ils mettent rarement en oeuvre, parce que ceci, et que cela...), d'espérance de lendemains qui chanteront d'eux-mêmes, comme si demain était une sorte de "quasi personne" capable de nous apporter je ne sais quoi de l'extérieur...
Ce qui me semble de plus en plus terrible à supporter c'est l'instillation sournoise et permanente de ce mode de pensée qui baigne notre société contemporaine. C'est toujours demain que tout ira mieux ! (Comme si demain c'était quelqu'un...). En cette période de campagne électorale, c'est excessivement flagrant au quotidien. Chacun promet qu'il fera demain ce qu'il se garde bien de faire dès aujourd'hui alors qu'il le pourrait. Tout est là dans le : « alors qu'il le pourrait... ». Demain on baissera les impôts, mais aujourd'hui je décide de les maintenir élevés. Demain il y aura moins de chômeurs, mais aujourd'hui je ne fais rien pour que cela change. Demain il n'y aura plus de sans-logis, mais aujourd'hui je les laisse sur les trottoirs, car je suis trop occupé à préparer l'avenir... Etc. etc.
et le pire, c'est que ça marche !
Dans le monde de la publicité et de la consommation, le fondement est le même mais les moyens sont différents. En effet, pour le commerçant c'est votre carte bancaire qui l'intéresse tout de suite. Il faut donc acheter aujourd'hui, mais la promesse est toujours pour demain. C'est demain seulement que vous serez heureux avec le produit acheté tout de suite. Mais demain arrive, et vous n'êtes pas plus heureux, alors vous retournez chez le marchand payer à nouveau de la Promesse... [Oui, je sais, je radote, j'ai déjà tenu sensiblement ce même discours].
Face à tout cela, je me réfère de plus en plus consciemment et volontairement à ma grille d'observation des êtres humains. Qu'est-ce que la personne est en train de vivre à l'instant même ? Est-elle présente, active et productive de "bien" (de bonnes choses) dans l'instant ? Où est-elle en train de me raconter des salades, perdue dans ses idées, décollée dans l'irréel, où discutaillant sur l'intérêt d'être jaune plutôt que rouge alors qu'on est bleu... Tout en ne faisant rien... mais en promettant de s'agiter bientôt. Je déteste les "Faudraitkon".
Je ressens de plus en plus un désintérêt pour le monde factice des idées et de la spéculation intellectuelle (dont j'étais pourtant friand dans le passé), au profit d'une attention à la réalité des êtres et des choses, pour ce qu'elle est, et pour ce qu'ils sont. Seule m'intéresse l'épaisseur de l'expérience de celui qui parle. Il n'est crédible que s'il a vécu ce qu'il dit et s'il apporte, par sa personnalité et ses actes, la démonstration de la valeur de son discours.
Finalement, je crois essentiellement aux "témoins".
Ces personnes-là ne sont pas les plus nombreuses, ou alors je n'ai pas suffisamment le talent pour les remarquer.
l'Abandon
Difficile de distinguer le pourquoi des choses. Voilà plusieurs jours que je ressens une grande lassitude qui m'a envahie. Bien entendu, je suis capable de passer par au-dessus d'elle, si je peux m'exprimer ainsi, et mener ma vie quotidienne comme si de rien n'était. Bien entendu, je peux mettre cela sur le compte de l'hiver, la grisaille du ciel, les journées trop courtes, le rare soleil trop pâle. Bien entendu, je peux dire que mon corps a de la difficulté à se mouvoir dès lors que les froids arrivent et qu'il me faut dépenser pour ma vie quotidienne beaucoup plus d'énergie qu'aux beaux jours. Bien entendu, je peux me contenter de toutes ces explications plus ou moins rationnelles, plus ou moins rassurantes. Mais je sais bien que la vraie raison est ailleurs ; où ? je ne le sais pas exactement tant que je n'aurai pas laissé cette lassitude s'expliquer par elle-même.
Je suis las de tout ce par quoi je suis traversé et qui m'atteint plus profondément que je ne le voudrais. Cette attitude frise par moment l'écoeurement et le dégoût. Je pense ici à la marche du monde que me renvoient les médias qui m'éclaboussent, la misère étalée et exploitée, les périls de tous ordres, et mon impuissance personnelle face à tout cela.
Je suis las des personnes de mon entourage qui, soit viennent m'étaler leurs problèmes, soit tiennent des propos « de surface » et/ou sans intérêt. Je n'ai pas envie de les envoyer balader, au contraire mon écoute demeure plutôt active et de toutes façons je ne sais pas faire autrement, mais c'est ma capacité d'absorption qui s'est réduite. S'en est au point que j'ai enclenché une procédure d'évitement vis-à-vis d'une amie que j'ai refusée de prendre au téléphone alors que ma compagne m'indiquait qu'elle voulait me parler, parce que je ne veux pas l'entendre dans l'expression de sa déprime profonde, que je n'en ai ni la force ni le courage.
Je suis las de ce sentiment que l'on me vide de ma substance et que je me laisse faire comme si l'on pensait que j'étais capable de tout supporter tout le temps. Ce midi, nous aurons des invités, il y a quelques jours je m'en réjouissais, ce matin je me dis qu'ils vont m'épuiser avec leur bavardage.
M'abandonner, c'est ce que j'aimerais faire, mais j'en suis toujours incapable. L'abandon confiant m'a tellement trahi que je ne suis pas prêt de recommencer. Je viens d'écrire « c'est ce que j'aimerais faire » mais je n'en suis même pas certain... Donner de moi-même, j'en suis capable et je le réalise je crois.
Mais l'abandon confiant, c'est encore autre chose. Une attitude sur laquelle je m'interroge d'ailleurs. Bien sûr, on peut s'abandonner dans les bras de quelqu'un, l'espace de quelques instants, de quelques heures, de quelques jours, mais ce dont je parle va bien au-delà de cette forme de confiance intense. C'est « l'abandon de tout soi » dont j'ai la nostalgie. C'est un mouvement de s'en remettre totalement, pour être totalement redonné à sa réalité la plus essentielle et vivante.
Je suis porté vers un sentiment d'intense contemplation, lorsque je vois un enfant s'abandonnant au sommeil dans les bras de sa mère. Cet enfant est pour moi l'icône de l'abandon confiant. J'ai longtemps eu dans mon bureau une photo d'une amie, jeune maman regardant d'un visage doux et d'un sourire aimant son enfant qui dormait dans ses bras. J'étais admiratif de cette icône, autant qu'envieux, ne parvenant pas à retrouver la trace en moi d'une telle expérience avec ma mère. Je ne dis pas qu'elle n'a pas existée, je dis que je n'en ai pas à la trace dans mon psychisme, mon corps, ma personne.
Alors, ma lassitude c'est cette lourdeur du poids d'avoir comme à me porter moi-même sans autre choix possible, ou plutôt sans autre choix offert.
Lorsque je me suis intéressé à ce qu'il est convenu d'appeler "les grands mystiques", c'est cette expérience que je recherchais à percevoir chez eux dans toute son acuité : leur abandon confiant à Dieu. L'abandon au coeur de cette relation secrète et mystérieuse que certain(e)s ont décrit avec tant de justesse. C'est cet abandon là qu'il leur donnait un intense charisme, une personnalité affirmée et une extraordinaire fécondité, en posant de puissants actes fondateurs avec une audace hors du commun.
Je veux dire par là que cet abandon confiant dont je parle, n'a pas grand-chose à voir avec l'abandon amoureux des amants, qui est d'une autre nature. Ou plutôt, il n'est que la manifestation visible en surface de ce qui peut être en jeu au plus profond des personnes. Ce n'est pas pour rien que Thérèse d'Avila exprimait son amour pour le Christ avec un vocabulaire d'amante torride.
Ce dont j'ai l'expérience, c'est l'abandon confiant à moi-même, plus précisément à cette dimension de moi qui ne se réduit pas à ma propre personne, mais me transcende de toutes parts. L'abandon à la puissance de Vie qui anime le coeur de l'homme, le déborde, et peut le porter au sommet de sa réussite humaine. (L'abandon étant ici synonyme d'une confiance qui fait s'engager concrètement). Mais ce n'est pas encore l'abandon "à quelqu'un", cet abandon relationnel qui génère une sorte de transfusion de vie.
Ainsi, je bute toujours au même endroit, celui de l'Ultime et de la Source première. Là où je me trouve face au Mystère, là où d'une certaine manière je refuse d'aller plus loin.
on naît, et on est.
On ne peut donner que ce que l'on est
On ne peut donner que ce que l'on naît
Mon correcteur vocal proposait ces deux variantes.
Au final chacune d'elles est intéressante... Car s'il est vrai que nous débarquons sur terre avec un capital génétique spécifique (ce que l'on naît), il nous appartient d'en faire un bon usage et de le développer dans notre ligne d'existence afin de devenir progressivement ... "ce que l'on est"... déjà plus ou moins en potentiel, en promesse, en capacité.
On pourrait dire que : tout est là, mais tout est à faire.
Si je regarde ma vie, c'est sur ce fond de tableau que j'ai mené mon existence. Tout du moins, et avec assez de netteté et de conscience, pour la période qui commence vers mes 30 ans. Aujourd'hui je demeure dans le même état d'esprit, même si je me pose un certain nombre de questions sur la manière dont il me faudrait " exploiter" ce dont je dispose et ce qui pourrait encore apparaître tant que ma vie et ma santé me le permettent.
Avant cette période, je vivais assez facilement en référence à des principes et des considérations externes à ma personne. Il y avait ce que l'on m'avait inculqué par l'éducation, celle de mes parents, celle de l'école, celle de mes éducateurs après mon accident de santé, puis il y eut l'influence des courants ambiants : mai 68 et tout ce qui s'en est suivi. Par une sorte de loi de balancier, je suis passé d'une éducation à base d'interdits, de morale rigide, de survalorisation de l'effort et de la volonté, à une sorte de permissivité tous azimuts dont je ne me suis d'ailleurs autorisé que partiellement à la vivre, et avec le recul je n'ai aucun regret en ce domaine. Je n'ai pas commis d'excès qui auraient pu me conduire sur des chemins de perdition comme je l'ai vu se faire dans mon entourage proche de l'époque.
C'est vers 25/30 ans que j'ai commencé à élaborer une recherche plus personnelle sur la réalité de mon existence à partir d'une démarche introspective. Je fus plus guidé par une sorte d'intuition d'un chemin intérieur possible, que par des apports venant d'ailleurs, même si bien entendu un certain nombre de lectures et la rencontre de certaines personnes ont constitué autant de déclic vers ce type de recherche personnelle. Mais, ce que je pourrais appeler cette forme de marginalité, dans son intention même, remonte bien plus loin dans mon histoire et probablement qu'elle a commencé à pointer le bout de son nez vers mes 13 ans. J'en veux pour preuve des correspondances de ma mère avec certaines de ses amies, qui font état de « ma maturité psychologique précoce », si je puis employer une expression de ce genre, qui n'était pas dans sa bouche bien évidemment, mais que je résume de cette manière. Il est vrai que je venais de subir une épreuve décisive en termes "d'existentialité" (je ne crois pas que le mot existe!....), avec mon accident de santé qui m'avait amené jusqu'aux portes de la fin définitive. C'est sans doute cet épisode qui m'a permis de m'affranchir d'un certain nombre de contraintes de mon milieu pour entrer dans les prémisses de ce que j'appelle parfois mon "chemin singulier à variétés plurielles".
Par la suite, fréquentant mon maître à penser, celui-ci avait coutume de reprendre cet adage : « Le livre est en vous ». Mais il ajoutait : « Apprenez à le déchiffrer, car il n'est pas écrit dans le langage que vous connaissez ». (Ce qu'il disait-là dépassait largement le seul champ psychologique ou psychanalytique...).
Le problème est qu'il y a beaucoup de livres en nous, que nous sommes parfois encombrés par tout ce fatras des pensées toutes faites ou venant d'ailleurs, en sorte qu'il devient difficile de découvrir « le sien ». La mode est à la "pensée en kit", accessible dans les grandes surfaces télévisuelles et dans le monde merveilleux du net. Le pire est encore de croire qu'on l'a trouvé, alors que l'on n'a fait que réécrire à sa sauce personnelle ce que d'autres, avant, ont beaucoup mieux dit que nous-mêmes.
Évidemment cela peut paraître très orgueilleux de chercher à développer une pensée propre, fondée essentiellement sur l'analyse de l'expérience personnelle, et en plus, d'avoir la prétention de la théoriser quelque peu... (quand bien même elle en rejoindrait d'autres sur des fondamentaux). Et pourtant quels sont les gens les plus intéressants dans la vie ? (Enfin selon moi...), si ce n'est ceux qui sont capables de rendre compte d'une existence personnelle ayant un minimum d'épaisseur, et donc d'être des témoins d'une réalité possible et accessible, et non pas de se comporter sans cesse en théoricien de la "vapeur des idées" qui ne font que passer sans jamais s'arrêter, qui ne servent qu'à la spéculation intellectuelle de ceux qui n'ont pas grand-chose à foutre.
J'ai toujours été irrité par les personnes qui faisaient étalage de leur vernis de culture pour se valoriser auprès des autres, à coups de citations savantes puisées dans des recueils, et dont les rayonnages de bibliothèques étaient ornés de livres qu'ils avaient à peine feuilletés. Moins la personne a de consistance personnelle, - j'allais dire corporelle au sens qu'il émane comme naturellement quelque chose d'elles, - plus elle s'est remplie la tête d'un fatras de connaissances dont aucune n'est intégrée dans leur existence concrète. C'est bien là le drame ! Ils manient le Verbe, mais ils n'ont pas de Chair, pas d'épaisseur véritablement humaine.
J'ai une sainte horreur de ces dîners plus ou moins mondains auxquels j'ai dû participer, et où chacun y allait de sa petite culture pour se valoriser. Soit je riais doucement dans la moustache que je n'avais pas, devant ce dérisoire enfantin ; soit je m'énervais et balançais mes propres conneries histoire de voir les réactions... Du style : - lui/elle : " Cher ami, avez-vous lu le dernier Machin Chose, qui émet avec pertinence l'idée que bla-bla-bla bla-bla-bla". Et moi de répondre avec beaucoup de sérieux : - « Et vous ? Avez-vous lu Tintin au Congo, où un truculent protagoniste de l'histoire déclare notamment page 14 troisième bulle en haut à droite : "oui Misié" ? Qu'en pensez-vous ? Ne sommes-nous pas là au coeur même de la problématique colonialiste de notre monde occidental au siècle dernier ? ». Et l'autre con/conne de se demander si je me fous de sa gueule, si je suis barjo, ou s'il a loupé le dernier truc branché dont on doit parler...
Enfin bref !
Tout cela pour dire que je garde une préférence pour les "découvertes intérieures", celles qui donnent de la saveur à l'existence, la mienne en tout cas. Celles qui conduisent à penser différemment que les tendances du moment. Celles qui se murmurent dans l'intimité d'une rencontre nocturne, celles qui demeurent partiellement secrètes, confiées à l'autre au détour d'un chemin de sous-bois alors que le crépuscule s'annonce. Celles qui conduisent au coeur, là où une trace indélébile viendra s'inscrire jusqu'à la nuit des temps.
Ainsi, ce "livre" qui est en nous continuera à s'écrire, à mesure justement que l'on se ...livre.
2005
Dessèchement
Lorsque j'arrive dans mon bureau, mon premier geste est d'allumer l'ordinateur, puis je me connecte au réseau pour consulter mon courrier. Je me dis qu'après je déconnecterai, pour ne pas être tenté d'aller papillonner ça et là. Mais l'attirance et trop forte, je clique sur favoris puis sur quelques blogs... Et c'est foutu... J'alimente ainsi une terrible paresse. Je pourrais étendre cela à la notion même de connexion à l'Internet. Un désir et une entrave.
Ma propre écriture sur le net, ce n'est pas tout à fait la même chose. C'est un peu comme une connaissance qu'on aimait, qui nous séduisait et nous grisait et qui devient peu à peu plus terne, plus pale et sans grande saveur.
En réalité, en écrivant ainsi, n'est-ce pas un peu de moi dont je parle ? J'ai comme le sentiment de perdre de l'intérêt à mes propres yeux. Je suis las de moi-même. Je manque d'entrain, de saveur, de goût. Je ne suis pas dépressif, (je connais suffisamment les signes de la dépression), je suis terne.
Je suis une bonne bouteille de vin de qualité qu'on a laissé ouverte et qui a perdu tout son bouquet, ses arômes, sa saveur.
Je me délite lentement. Je glisse vers une torpeur anesthésiante, une douce lassitude, une agueusie des plaisirs.
Je manque cruellement d'un relationnel revitalisant. Certes, j'ai passé d'excellentes fêtes familiales entouré des miens, choyé même, pour ne pas dire comblé. Bien sûr il y eut la fatigue des petits-enfants à la maison, mais si tout cela m'a apporté des satisfactions assez intenses, il reste que je n'ai pas vraiment ressenti une nourriture profonde qui me manque actuellement.
Mais le pire, c'est ce sentiment que je ne vais la trouver nulle part. Que toutes les nourritures spirituelles sont désormais fades.
Je suis dans un état de dessèchement avancé. Les terres assoiffées durcissent tellement qu'elles n'absorbent même plus l'eau des pluies bienfaisantes, et je suis une terre assoiffée.
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Kundera... et la compréhension
Je relis au hasard quelques pages de Kundera :
« Quand quelqu'un cite ce que vous avez dit, vous ne vous reconnaissez jamais ; vos propos sont dans le meilleur des cas brutalement simplifiés, quelquefois pervertis (quand on prend au sérieux votre ironie) est très souvent ils ne correspondent à rien de ce que vous auriez jamais pu dire où penser. Il ne faut pas que vous vous étonniez ni vous indigniez, car c'est l'évidence des évidences : l'homme est séparé du passé (même du passé vieux de quelques secondes) par deux forces qui se mettent immédiatement à l'œuvre et coopèrent : la force de l'oubli (qui efface) et la force de la mémoire (qui transforme). » (Milan Kundera. "Le rideau")
C'est exactement ce que je ressens. Ce sentiment que non seulement ma pensée n'est pas comprise mais qu'en plus elle est déformée.
En particulier, je pense que c'est sensiblement ce que se passe pour un certain nombre de réactions à mes écrits, ceux qui à mes yeux font sens pour moi. Ces interprétations et transformations de ma pensée me sont souvent quasiment insupportables. Je n'ai généralement nulle envie de m'expliquer plus avant, de rectifier ou de commenter. Et encore moins d'avoir à prendre des précautions pour me faire comprendre mieux, car je constate que, quel que soit l'expression, chacun lit avec ses lunettes déformantes, son référentiel personnel, ses problématiques spécifiques, ses a priori, quand la personne ne se sent pas visée personnellement alors que je parle "en général". C'est la reproduction de ce que je pouvais vivre dans certains groupes lorsque j'exprimais ce que je ressentais. Il y avait toujours quelqu'un pour venir me dire : « c'est pour moi que tu as dis cela ? ».
C'est fou comme notre nombrilisme ressort toujours par tous les bouts !...
Qu'est-ce donc que cette manie de penser que l'on envoie toujours « des messages codés ». Je pense que ceux qui réagissent de cette manière, sont ceux qui ne savent pas dire les choses en face.
J'ai sans doute un peu trop tendance à "dire les choses en face", sans toujours m'encombrer de précautions oratoires. Je ne sais pas toujours mettre la couche de paires de gants qu'il faudrait pourtant enfiler avec certains. C'est ma limite. Elle m'a valu certaines inimitiés. Je n'ai pas toujours compris, car dire les choses avec netteté ne veut pas dire que l'on dénigre ou dévalorise la personne. Cependant je comprends que cela peut être ressenti ainsi. Je suis contradictoire en ce domaine, capable d'être très diplomate comme très cassant.
En réalité, tout dépend de quoi il s'agit. Lorsque je défends des convictions personnelles, je suis parfois très tranché. C'est facilement à prendre ou à laisser. Lorsque j'écoute une personne me parler de sa vie, de ses malaises, de ses difficultés, ou de ses joies, je suis très différent, probablement « plus humain ».
Est-ce que j'ai envie de changer, d'être plus diplomate ? Ce n'est pas si sûr. En réalité ce qui me plaisait, c'étaient les conférences ou interventions coanimées. On était en accord sur le fond, l’un était plus accommodant, l’autre plus tranché, au final cela faisait une soupe pas trop mauvaise...
Je me suis souvent demandé si mon côté tranché relevait d'une blessure ou d'un manque de confiance. Je n'ai pas vraiment la réponse, car les signes d'une bonne affirmation de soi peuvent parfois se confondre avec la faiblesse de la crainte des autres, faiblesse qui peut se traduire par un effacement de soi ou par une sûre affirmation.
Je crois que le principal signe distinctif demeure dans le respect de l'autre et de ses croyances et convictions. Mais au nom de ce respect, je ne peux pas me renier, ni mettre des nuances là où les choses sont claires et nettes. Cependant je gagnerai à avoir un peu plus la souplesse du roseau et moins la fermeté de la badine.
D'une certaine manière, je n'aime pas beaucoup les "à-peu-près-istes", ceux pour qui tout et son contraire peut être soutenu et justifié, ceux pour qui tout est toujours valable, les parfaits relativistes, très à la mode actuellement. Mais à y regarder de plus près, certains d'entre eux sont en réalité de sacrés têtus !
Un autre signe de la bonne affirmation de soi est sans doute la capacité à se remettre en cause et reconnaître que certaines de nos convictions d'hier n'ont plus cours aujourd'hui. Cela m'est arrivé. Par exemple, j'avais des positions nettes sur certaines manière d'aborder un certain type de pathologie en psychologie. J'étais convaincu du bien-fondé de ma manière de faire. Je l'ai développée et soutenue. À l'expérience j'ai déchanté. Il ne me fut pas facile d'admettre mes errances en ce domaine. En réalité ce sont d'autres convictions qui ont chassé les précédentes.
Avoir des convictions ce n'est pas s'entêter.
Mais je refuse de cette sorte de tyrannie de la "remise en cause permanente" et dans tous les domaines, plus proche de l'infantilisme que de l'adulte.
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Déception
De récentes rencontres m'ont amené à me remémorer des actions que j'ai eues dans le passé, dans mes premières années professionnelles au service de la « Justice ». Il était question « d'un grand dévouement » dont j'aurais fait preuve. Je ne pense pas que j'aurais employé de moi-même une telle expression. Néanmoins, en faisant retour sur cette période de ma vie, ce sont des sentiments mêlés que je ressens. J'ai donné énormément de moi-même à cette « cause » y consacrant beaucoup de temps, mes énergies, et même mon argent à fonds perdus. J'ai fait cela par convictions personnelles et ce sont-elles qui m'ont donné la force de tenir mes engagements.
Je n'étais guère sensible aux reconnaissances, aux remerciements et d'ailleurs ils étaient peu nombreux, tant il est vrai que ceux pour lesquels on s'engage aux fins de leur procurer une situation meilleure, sont prompts à tout critiquer comme des enfants pourris-gâtés, estimant que ce n'est jamais assez. Mais enfin, je connaissais parfaitement ce paramètre, et je me référais surtout à ma propre conscience et à quelques proches dans l'engagement, dont j'écoutais attentivement le point de vue.
Je me souviens d'un homme en faveur duquel j'étais intervenu et qui m'invita chez lui un dimanche midi avec ma compagne. J'avais accepté car l'homme était sympathique et je ne connaissais pas le coin où il habitait, réputé agréable à visiter. Je me suis alors rendu compte que je m'étais fait piéger. Ce type, dont je croyais qu’il menait une démarche purement amicale, voulait en fait que j'intervienne également en sa faveur, que j'en fasse « plus » pour lui. Sans doute a-t-il pensé qu'avec l'apéritif et les vins il parviendrait à ses fins.
C'est un véritable dégoût que j'ai ressenti. Ainsi donc il pensait que j'étais l'homme des combines et des magouilles, alors que mon intervention en sa faveur précédemment n’avait été guidée que par le souci du rétablissement d'une certaine injustice, tout du moins selon moi. Ce qu(il me demandait à présent relevait du passe-droit et de la connerie pure et simple. J'ai rapidement détourné la conversation, disant que je ne parlais pas boulot le dimanche…
Partant de là... le repas fut écourté !
Je ne sais pas pourquoi je raconte cela, peut-être parce qu'il y a, tapie au fond de moi, comme une grande désespérance-désolation quant à la réalité du genre humain. Je proclame que j'ai toujours été un être convaincu de la grandeur de l'homme et de la capacité qu'il a à se transcender. Et en même temps il y a tellement de bassesse en lui... Et il y en a tellement en moi.
Bien sûr, ce combat entre grandeur et bassesse, c'est la noblesse de l'homme, à condition bien entendue que la grandeur remporte la victoire. Mais est-ce le cas ?
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Et la mort ?
Depuis quelque temps je suis à nouveau fasciné par le rapport à la mort. Je commence à travailler un projet d'écriture à ce sujet. Il met en oeuvre toute sortes de façons d'agir et de réagir face à cette perspective de mourir. L'écriture est sous toutes les formes possibles : depuis l'humour jusqu'au cynisme, en passant par la peur, le désir, la réflexion profonde ou superficielle.
Ce matin je lisais un témoignage où il y est question de la mort du conjoint et de la vie après la vie.
Je lis ceci : «Je ne pense pas le [mon mari] revoir un jour, je pense et j'espère qu'après la mort, il n'y a rien. Je l'espère car je sais que me voir ou me savoir seule avec nos [enfants] constituerait une souffrance insoutenable pour lui. »
Si la vie devait se prolonger après la mort, en effet, elle ne serait guère heureuse pour nous. S'il nous était possible, comme disent certaines religions, de garder une forme de contact avec les vivants de cette modeste planète où souffrent tant et tant de gens, je ne vois pas comment il serait concevable de vivre heureux dans un quelconque Paradis.
C'est toujours surprenant de voir « l'égoïsme des croyants » qui pensent atteindre après la mort une sorte de félicité permanente et personnelle, entre les bras d'un Dieu qui leur chatouillerait le nombril pour qu'ils fassent risette éternellement.
Ou alors, s'il y a vraiment un au-delà, il faut que l'âme soit passée à la lessiveuse à 90° plus Javel, afin qu'il ne reste aucune trace du passage sur terre, aucun regret d'avoir perdu nos amours ni laissé des personnes en souffrance. Aucun remords pour nous petites saloperies terrestres. Et dans ce cas, cet "ailleurs" est bien inutile en terme de relation conservée avec les humanoïdes. Ce serait un peu comme vouloir parler philosophie avec des fourmis.
Il me semble plus satisfaisant de penser qu'effectivement, après la mort, il n'y a rien. Strictement rien. Même pas le néant, ce qui serait encore "quelque chose".
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Le passé reste devant
Peut-on oublier les souvenirs d'une enfance douloureuse ?
Ces souvenirs qui reviennent parce qu'un événement les ravive. Surtout lorsqu'il s'accompagne d'une image, d'une photo qui vous procure l'effet d'une « madeleine de Proust ». Vous êtes instantanément tiré en arrière et votre corps est projeté dans la situation du passé.
Vous en parler à quelqu'un, mais vous vous rendez compte que l'intensité que vous ressentez n'est pas communicable. Vous êtes désespérément seul avec ce passé resurgi qui envahit tout le présent. Seule, avec ce petit garçon en vous qui implore que cela cesse. Ce petit garçon douloureux qui repointe le nez de temps à autre. Vous ressentez alors une immense compassion pour lui. Vous aimeriez aller le rejoindre pour changer quelque chose à cette horreur, à ces souffrances intenses. Mais c'est impossible, il vous faudra vivre et mourir avec cet enfant là, qui demeurera en dedans de vous, dans cet état là.
Alors il y a plus qu'à pleurer, pour vider cette poche de larmes qui s'est de nouveau accumulée au fond de vous, à cause de toute cette histoire ancienne.
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Tristesse.
Je me suis endormi triste, je me suis réveillé triste.
J'aurais aimé parler de ce sentiment avec ma compagne, mais ce n'était pas le moment. Elle a bossé tard le soir, parce que la formation qu'elle donne actuellement est expérimentale et qu'elle la retravaille pour le lendemain.
Moi, j'ai bêtement regardé la télé. La plupart du temps actuellement, la télé ça me rend triste. Ça me donne une mauvaise image de moi. De plus en plus l'impression de m'abêtir. J'aurais pu lire, écouter de la musique. Non. Je suis resté scotché à l'écran et en plus j'ai zappé d'une chaîne à l'autre. Bref, je me suis comporté comme un con !
Alors, je me suis endormi triste et réveillé triste.
Cette tristesse pointait le bout de son nez depuis quelques jours. Un sentiment larvaire qui s'insinue progressivement et finit par occuper trop de place à l'intérieur. Un sentiment-glu, poisseux, qui colle aux doigts quand on y touche, dont on voudrait se détourner, mais qui revient sans cesse.
Il ne sert à rien de vouloir le chasser. Ce serait comme vouloir pousser vers la porte extérieure une huile gluante avec un plumeau. Il n'y a qu'une solution, le regarder de près, l'analyser et ainsi trouver le dissolvant qui convient.
De quoi donc suis-je triste ?
De MA vie telle qu'elle est, tout autant que de LA vie telle qu'elle se présente à moi.
Ma vie personnelle me satisfait mais me rend triste. Cela à l'apparence du paradoxe. Elle me satisfait parce que je suis libre, que je n'ai pas d'entrave, que je ne traverse pas d'épreuve douloureuse, que je passe du bon temps avec des gens que j'aime, que je goûte un certain nombre de petits plaisirs de la vie, que je n'ai aucun souci matériel, que mes enfants semblent heureux et que j'en remercie la Vie.
Mais au fond de moi il y a un manque de sens pour ma vie. J'occupe ma vie, je l'occupe plutôt bien, mais c'est un peu comme on l'occupe lorsque l'on ne sait pas trop quoi en faire. Ma vie n'a plus d'utilité sociale au sens habituel du mot. Je « l'occupe », comme on occupe les vieux dans les maisons de retraite en attendant que le soir vienne.
Parfois, je tente de donner du sens à ce que je fais, mais c'est plutôt pour me convaincre à mes propres yeux, quasiment pour me justifier.
En même temps, je suis en complet paradoxe, car les quelques sollicitations qui ne sont faites dans le sens d'une « utilité sociale » je les refuse. Je suis parti sur une pente hédoniste et égocentrée. Or, cette manière de vivre, quelque part en moi, heurte ma conscience.
J'ai fondé ma vie sur le service. Je n'ose mettre un S. majuscule, qui ferait prétentieux, mais, pour moi-même uniquement, je mets la majuscule.... le Service pour moi, cela ne veut pas dire « rendre des services », même si ceci comporte aussi cela. Le Service cela veut dire se me mettre au service d'une cause à laquelle on croit et adhère profondément. Je pense pouvoir dire que cela fut le sens de mon existence. C'est sans doute pour cela que j'ai eu un parcours relativement atypique, car en réalité ce n'est pas vraiment la cause pour laquelle on m'engage qui est le plus important, mais le système de valeurs qui la sous-tend. Et lorsque j'ai changé d'orientation (et c'est arrivé plus d'une fois !) Ce fut toujours au nom de ces valeurs. J'ai cherché ailleurs où mieux les vivre.
Lorsque j'ai dû arrêter de travailler, par épuisement physique en raison de l'aggravation de mes déficiences de santé, je me suis dit que ces valeurs, j'arriverai à les mettre en oeuvre d'une autre manière, lorsque j'aurais retrouvé suffisamment de force. Mais voilà, ce « suffisamment de force » je ne l'ai pas retrouvé et ne le retrouverai sans doute jamais. Voilà une des raisons de cette tristesse gluante : je suis encore loin d'accepter qu'il en soit ainsi. Je n'ai pas accepté que ma vie a totalement changée quasiment contre mon gré. Je suis encore un rebelle face à ce principe de réalité. Et si je ne laisse pas tomber les armes de ce combat perdu, ma tristesse se transformera en déprime et en abandon de terrain. Je deviendrai semblable à ces personnes que je tentais d'aider, pédalant à en perdre haleine et jusqu'à épuisement dans le vide sidéral de l'absence de sens à leur vie.
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Désolant désordre.
Devant moi il y a un meuble de bureau très encombré. Il est bien sûr constamment devant mes yeux mais je ne le regarde pas. Sauf ce matin. Il y a des dossiers qui y traînent depuis plusieurs années, des bricoles inutiles, des disquettes d'ordinateur (et je n'ai même plus d'ordinateur pouvant les lire), des vieilles revues professionnelles, un traité sur la TVA intracommunautaire, un vieux cordon informatique qui reliait je ne sais plus quoi à quoi, des cassettes audio de conférences enregistrées que je n'écouterai jamais plus et d'autres choses encore qui ne me servent plus à rien.
Face à ce constat, j'ai un sentiment de désolation intérieure. Comme si je devais subir cette situation sans jamais pouvoir m'en dépêtrer. Apparemment, la solution pourrait être simple : il suffirait de prendre un sac-poubelle, virer le tout et faire de la place. Mais voilà, je reste complètement amorphe et totalement vidé d'énergie à la perspective de mettre de l'ordre dans ce meuble.
En effet, je suis incapable de réaliser effectivement le moindre processus de nettoyage par le vide. Il me faut opérer un tri et c'est excessivement difficile, pour ne pas dire douloureux de le faire. Il me faut un temps infini pour me séparer de ce que j'ai accumulé. C'est comme si, à chaque fois, j'arrachais un peu de moi-même, je m'écorchais. Alors, lorsque je me mets à trier pour mettre de l'ordre, je ne fais que déplacer des objets d'un endroit à un autre et très peu de choses finissent dans la poubelle...
C'est quasiment toujours le même scénario qui se reproduit et je me dis que j'ai perdu mon temps. Je ressens alors un terrible sentiment d'abandon venu de cette lointaine enfance où j'étais désespérément seul et devais tout apprendre par moi-même et en premier l'ordre qui supposait d'apprendre à choisir, ce que je ne savais pas faire, car l'enfant veut toujours tout, et tout garder.
N'allez pas croire que je suis quelqu'un de désordonné, mes dossiers professionnels ou personnels sont toujours en ordre, c'est d'autre chose qu'il s'agit. Face à ce meuble dépotoir je me retrouve devant un insurmontable. Je sais que la seule chose possible est de demander de l'aide à ma femme, comme j'aurais dû oser le faire enfant, cependant je ne demande rien. Pourtant j'ai l'expérience positive et bénéfique pour moi de cette manière d'agir, mais actuellement, dans ce domaine, je suis d'une passivité totale et absolue.
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flamme sans le "a"... heu (e).... (comprenne qui peut...)
Je n'arrive pas vraiment à me remettre à l'écriture "littéraire". Pour tout dire cela m'énerve et me désole, car c'est depuis les vacances. Je ne me suis pas conformé à la discipline nécessaire, c'est-à-dire l'écriture quotidienne telle que je l'avais pratiquée depuis le début de l'année environ. Et je n'arrive pas à me remettre, je demeure dans une passivité crasse. Pourtant, je sais parfaitement que cela me plaît, me dynamise, que cela est source de plénitude pour moi.
L'écriture nous est bénéfique, thérapeutique et essentielle. Mais voilà, je suis capable d'une terrible passivité... Ce n'est pas que je sois amorphe, et encore moins oisif, car je fais plein de choses. La passivité pour moi c'est de ne pas faire ce qui est essentiel à la mise en oeuvre du dynamisme vital.
Dans ce type de passivité, je suis parfois haut-de-gamme...
À défaut d'explication, j'ai pour excuse cette période difficile de l'année qui correspond à l'anniversaire du basculement de ma vie, il y a bien des années maintenant. Que je le veuille ou non, mon corps réagit et produit ses malaises. Les années où cela se limite à ça, c'est déjà pas mal. Les mauvais millésimes, j'ai un accident ou je me casse quelque chose... Toujours entre le cinq et le 11 novembre. Encore deux jours à tenir...
Parfois, je me dis c'est à cause de l'arrivée de l'automne, de la grisaille, des journées plus courtes, etc. et puis, à cette époque de l'année beaucoup de gens ne vont pas bien. Mais cette année, l'arrière-saison est magnifique, la lumière très belle certains jours et il a même fait chaud quasiment comme en été.
La grisaille et les brumes de novembre, c'est dans ma tête. Dans mes neurones défaillants, dans cet enfermement dans le cyclique, dans ce piège des répétitifs, des enchaînements mortifères qui nous font raller, mais somme toute, nous satisfont quelque part, tant il est préférable de se plaindre et de ne rien faire, plutôt que d'être proactif...
Alors, je navigue entre deux eaux tièdes. Je suis comme ces gens que je critiquais de ne pas se bouger suffisamment, dont il fallait supporter les lourdeurs, les désespérants désespoirs, et sur lesquels je me retenais d'utiliser la botte-au-cul-thérapie.
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Retour vers l'essentiel
Me voici au bord de la mer, je ne suis pas venu depuis l'été dernier. La retrouver, c'est retrouver une amie. Elle est égale à elle-même, toujours fidèle et pourtant si différente à chaque fois. Je parcours d'abord toute la longueur de la digue, comme pour renouer progressivement avec ce lien qui m'unit à elle. La plage est quasiment déserte, il n'y a que quelques rares promeneurs lointains. Je reviens m'asseoir au centre, sur un banc. Sur mon banc. Le ciel est gris clair uniforme, la mer et sensiblement dans les mêmes tonalités et l'horizon se distingue à peine. Probablement que bien des gens trouveraient ce paysage triste et rêveraient d'un ciel bleu et d'une mer méditerranéenne. Moi j'aime cette immensité uniforme et presque incolore où il n'y a que le moutonnement blanc des vagues en premier plan. Alors, le regard dans le lointain, je l'écoute, je concentre toute mon attention sur la mélopée modulée des vagues. C'est un véritable concert en stéréo qui progressivement remplit mes oreilles. Je sais qu'elle va exercer son rôle apaisant, qu'elle va pénétrer en moi jusqu'au fond de mon âme. Je regarde chaque rouleau de vagues, cherchant à en isoler le son. Cet exercice de concentration me vide la tête. Je ferme les yeux et je me retrouve seul avec elle, qui est entrée dans mon âme. Je demeure ainsi longuement jusqu'à ce que je sois transporté dans l'infini.
La marée est montante et l'eau est à quelques mètres de moi. Je me laisserais volontiers envahir et emporter par elle. Ce serait comme retourner à mon élément naturel. Je viens de l'eau, de l'humide, et j'y retournerai.
Je m'aperçois que je supporte de moins en moins l'incessant tourbillon des futilités quotidiennes, tout ce qui éloigne de l'essentiel de la condition humaine. Curieusement, face à cette immensité, je prenais conscience de l'étroitesse du chemin du bonheur. Ou plutôt que sa densité était une petite masse compacte rassemblée dans l'instant qui passe. De plus en plus je me fixe à cette ascèse de l'instant qui, dans l'éphémère de sa consistance présente, contient l'éternité de toute une vie.
J'ai longtemps vécu dans la projection. Ce terrible phénomène qui nous éloigne en permanence de notre nature profonde. Projection dans le passé : c'était si bien hier ! Projection dans l'avenir : demain ça ira mieux ! Projection au sens psychologique, c'est-à-dire cette transplantation sur l'autre de nos propres marasmes intérieurs, en sorte que toute véritable relation à lui s'avère impossible et à tout le moins se révèle complètement piégée.
Je ne dis pas que je suis indemne de tout cela. Mais, avec les années qui passent, je me vis de plus en plus limité à la seule présence dans l'instant. C'est probablement que j'aime l'instant que je vis et que je l'occupe totalement. C'est de là que vient peut-être cette sensation que j'ai fréquemment actuellement et que je traduis par : "je ne vois pas le temps passer !" Avec une pointe de déception comme si j'aimerais les prolonger chacun indéfiniment.
Il faut donc que je m'imprègne de cette évidence : je vis une période faste ! Parfois je me réjouis en me disant : « j'ai tout pour être heureux », mais ce n'est pas la bonne formule. Je devrais tout simplement dire : « je suis heureux actuellement » car telle est bien ma réalité.
Ce dont bien des personnes rêvent, ce dont je rêvais moi-même souvent, je le réalise actuellement. Et cependant je n'en prends pas suffisamment consciemment toute la mesure, en sorte que ce bonheur m'échappe partiellement en sa densité bienfaisante.
Finalement le bonheur ne peut pas être quelque chose que l'on attend comme cela, en espérant qu'un jour il va nous tomber dessus par miracle ; en espérant qu'ils viennent se substituer au malheur qui nous accable ; en espérant qu'un autre va nous le donner par amour, voire par sacrifice de sa personne à notre profit.
Le bonheur à la forme et la dimension de ce que l'on décide qu'il sera pour nous en cet instant. Je dis bien en cet instant, celui qui est en train de se dérouler à la seconde même. Bien entendu, je parle ici de l'ordinaire de notre vie, et pas des périodes de malheur que l'on peut traverser dans l'existence et qui sont des moments spécifiquement douloureux à vivre et a traverser. Non, je parle de l'ordinaire de nos vies, c'est-à-dire globalement de plus de 95 % du temps que l'on passera sur cette terre.
Nous sommes la plupart du temps suffisamment imbéciles pour ne pas profiter de ces instants qui passent, parce que nous croyons qu'il y aura toujours mieux tout à l'heure, ou demain, ou l'année prochaine, ou lorsque nous aurons gagné au loto. Parce que nous sommes sans cesse victimes de nous-mêmes, éternels insatisfaits ; et de notre environnement avec son cortège de promesses vaines qui nous laissent croire qu'un bonheur sera bientôt possible, à condition de payer le prix de cette marchandise en vente dans tous les bons magasins recommandés par nos marques officielles....
Ma vie n'est pas exemplaire, elle ne saurait servir de référence à quiconque. J'ai d'ailleurs acquis au fil des années une sainte horreur des « témoignages de vie » de ces personnes qui prétendent à une quelconque exemplarité ou se proclament un exemple à suivre. J'ai d'autant plus horreur de cela que certains en ont fait un fonds de commerce largement lucratif. On réalise un petit exploit que l'on négocie dans des livres, vidéos et T-shirt afin de vendre tout cela aux gogos engoncés dans leur fauteuil-club une bière à la main.
Cependant, à propos de ma vie, on ne peut pas dire qu'elle fut facile et dorée bien au contraire. J'ai subi bien des épreuves dans mon corps, dans ma chair et dans mon coeur. C'est peut-être cette privation des leurres proposés par la société marchande qui m'a conduit à découvrir ce qu'était le vrai bonheur, celui du petit possible de l'instant. J'ai appris le renoncement à toutes ces choses futiles ou grandioses pour l'obtention desquelles bien des hommes sacrifient l'essentiel d'eux-mêmes.
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Wanadoo, doux, doux !
Hier, Wanadoo déconnait. J'ai donc eu bien des difficultés à me connecter et ce fut même dans l'ensemble impossible.
Bien sûr, cela m'a énervé, mais je ne pensais pas que cela m'affecterait à ce point. Sans doute est-ce parce que je voulais me connecter pour effectuer un certain nombre de choses, mais rien ne présentait une urgence absolue, donc j'aurais pu largement occuper mon temps ailleurs, d'autant que j'ai largement de quoi faire...
Lorsque je suis dans mon autre chez moi au bord de la mer, je fais le choix de ne jamais me connecter et l'Internet ne me manque absolument pas. J'en déduisais que je n'étais pas addict. Mais est-ce si sûr...
Souvent je me dis que je cumule trop d'heures de connexion, au détriment de temps tournés vers moi et mon intériorité ; au détriment de temps consacré à une « vraie écriture ». Du temps du bas débit, j'avais un forfait en heures ; avec l'ADSL, je peux être connecté en permanence ; ce qui finalement me piège (même si je ne me connecte pas constamment).
Hier donc, à défaut de surf, d'aller bavarder çà et là sur des sites, j'ai enfin fait des tirages photos qui m'étaient demandés depuis un moment déjà. Dans le passé, lorsque j'étais un « homme actif » je les aurais réalisés depuis bien longtemps. Paradoxe des inactifs qui n'ont jamais le temps, par rapport aux actifs toujours disponibles...
C'est ainsi que je laisse un peu trop s'écouler ma vie et que certaines de mes eaux vives se perdent dans le sable. Ce thème devient récurrent dans ma tête ; car dans la réalité de ma quotidienneté je ne me sens guère en malaises de cette relative passivité. Le seul signal que j'observe c'est cette sensation que mes journées passent trop vite et que je diffère des actions que j'aurais à entreprendre. Or, à mesure que mes années de vie avancent, je me dis qu'il devient de plus en plus hasardeux de repousser sans cesse à plus tard ; j'ai plus d'années derrière moi, que des perspectives en avant.
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2006
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Comme quelque chose d'une trahison
Récemment, j'ai eu le sentiment d'être trahi par quelqu'un que j'appréciais.
Passé le moment de la meurtrissure, j'ai pensé que je passerais outre, que je relativiserais. Il n'en est rien.
Dans mon journal personnel, j'ai analysé les raisons de mon incapacité à passer outre. Si je l'ai fait dans mon journal personnel, c'est que je n'ai pas l'intention d'en parler ici.
Il me reste à accepter cet échec relationnel par perte de confiance en l'autre.
. À quoi bon demeurer dans une relation où l'on a perdu confiance. Quasiment totalement confiance dans la relation, puisque, du côté de "l'autre", la personne se montre incapable de la respecter ; et partiellement dans la personne elle-même, dont je ne puis m'empêcher de penser qu'elle m'a trahi.
Peut-être que d'ici quelque temps je changerai, mais pour vouloir retisser une relation dégradée, il faut des motivations fortes. Je ne les ai pas actuellement.
Je fais le constat que j'ai changé. Avant, j'aurais sans doute tenté de poursuivre la relation, quasiment coûte que coûte, quasiment comme une obligation morale. Cette fois, j'abandonne et démissionne. Je suis plutôt proche d'une sorte d'écœurement intérieur ; en outre je ne suis pas loin de tomber dans le piège du fonctionnement victimal : « après tout ce que j'ai fait pour elle... ». Ce serait sans doute oublier cet adage souvent entendu dans mon enfance : « fait du bien à un baudet ; il te répond à un coup de pied ».
Ma manière de réagir ne me laisse cependant pas en paix. Je ne pensais pas que je me laisserais autant atteindre. Je m'estimais plus fort.
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Tous les matins du monde
Hier soir, nous cherchons un film à regarder : ma fille fouille dans les vieilles vidéos et trouve : « Tous les matins du monde » (1991 - Alain Corneau, avec le père et le fils Depardieu et surtout Jean-Pierre Marielle magnifique M. de Sainte-Colombe). Je dis que c'est un film splendide. Nous le projetons. Manifestement elle n'accroche pas. À la fin, elle critique sévèrement : trop lent, trop triste, trop désespérant, une histoire trop banale d'amour raté, etc.
Je tente de prendre la défense du film, la densité des personnages, les ambiguïtés de Marin Marais, pauvre fils de cordonnier qui veut devenir célèbre par la musique à la cour de Louis XIV, et qui veut être enseigné par M. de Sainte-Colombe (une sorte de star Academy avant l'heure !) ; l'extrême complexité psychologique de M. de Sainte-Colombe, qui justement refuse tous les honneurs pour garder une sorte de pureté sévère et janséniste de son rapport à la musique et à sa femme décédée, source de sa créativité, de son art, lequel est justement d'une excessive douceur et sensibilité ; le rapport avec ses filles, cet amour sec pour sa fille ainée, amoureuse de Marin Marais jeune, la douleur humaine la plus poignante dans un univers froid qui fait contraste avec la beauté de la musique ; la profondeur des sentiments qui s'exprime dans les pièces musicales face au silence quasi permanent de M. de Sainte-Colombe, la qualité et les ambiguïtés du rapport maître/élève, la beauté des images et les lumières particulièrement soignées qui donnent le sentiment que l'on est sans cesse dans un tableau de Vermeer, etc.
Mon argumentaire ne la fait pas revenir sur ses impressions. Elle cherche alors un autre DVD. Je lui demande si elle ne va pas se coucher. Elle me dit que le film l'a trop déprimée et qu'elle veut regarder autre chose, sinon elle va mal dormir. Je comprends alors que c'est vraiment un grand film, capable de marquer très positivement comme très négativement. Et en tout cas de ne pas laisser indifférent.
Je réalise que je n'aurais pas dû lui proposer ce film là. Au départ, j'y voyais avantage parce qu'elle s'intéresse en ce moment à la musique dite classique, mais elle est aussi dans une romance amoureuse avec un homme (est--ce « le bon » cette fois-ci ?) Et elle navigue donc sur les fleuves abondants de la carte du tendre. Je comprends que cette histoire forte d'amour raté et de suicide ne lui convienne pas, et au contraire la fasse beaucoup réagir négativement...
Alors que moi, ce qui m'a frappé quant à l'histoire, c'est cette sorte de "repli intérieur créatif" de M. de Sainte-Colombe, qui se retire des réalités du monde (la vie dans sa cabane) pour vivre de la présence intérieure de son épouse morte, pour la rejoindre au cœur de sa musique qui demeure sa seule raison d'exister. Son intense tragédie humaine est la source de ses œuvres magnifiques, qu'il ne joue que pour lui-même, c'est-à-dire pour elle, qu'il ne publie pas et qu'il aurait probablement détruites si Marin Marais n'était venue le retrouver, comme s'il venait boire à nouveau à une source. C'est alors seulement qu'il lui confie ses œuvres.
J'ai quelques ressemblances avec M. de Sainte-Colombe....
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Débordements
Cela devait arriver. Je le sentais. Depuis plusieurs jours l'accumulation se faisait. Comme un lent entassement plaque après plaque, jusqu'à ce que cela cède par le fond. J'aurais dû prendre des précautions avant, ne pas laisser les choses s'accumuler ainsi. Mais voilà, je suis un imprévoyant de moi-même. Parce que je sais qu'il y a cette force au fond de moi, je la crois capable de résister à toute épreuve. Mais elle a ses limites. Comme pour tout dans ma vie, je me crois capable de dépasser les limites de mon territoire réel. Parfois, je crois ma force intérieure invincible parce que j'ai su traverser des épreuves particulièrement intenses et douloureuses. Mais la force intérieure à cette caractéristique qu'elle est une force fragile, un vase d'argile.
Alors, hier il a suffi de trois incidents ordinaires pour créer un accident tumultueux en moi, quelque chose qui laissera des séquelles. J'ai très mal dormi. J'avais froid. J'avais ces douleurs dans les articulations. J'aspirais à disparaître. Lorsqu'il y a tout cet ensemble je sais que je suis en danger : celui de l'écroulement.
Peu de gens, je dirais même quasi-personne, (hormis mon médecin et quelques très proches) savent à quel point « Je tiens à un fil » au plan physique. Tout le monde me croit en bonne santé, tellement, paraît-il, j'ai bon mine et je semble si jeune... Pour tenir le coup dans mon corps il me faut cette force intérieure, lorsqu'elle m'échappe je perds aussitôt 80 % de mes faibles forces physiques, ce qui me met dans une spirale d'écroulement de toute ma personne.
Lorsque l'on parle de "force mentale" ou de "forces de l'esprit", bien souvent on pense qu'il s'agit d'une métaphore, une figure de style, et que le mot force est employé dans un sens figuré. Ou à l'inverse, on plonge tête baissée dans l'ésotérisme le plus con, du style des capacités à déplacer des objets ou tordre les petites cuillers.
La force de l'esprit (que je préfère dénommer la force intérieure) est la source des énergies, y compris corporelles. Son vecteur et la volonté, mais la volonté est une capacité, un mode d'action, pas une force. C'est essentiellement la culture judéo-chrétienne qui a séparé corps et esprit, alors que ces deux réalités sont intimement emboîtées, bien que distinctes. Si cette manière de voir est généralement admise aujourd'hui, il n'en demeure pas moins que bien peu de personnes font l'expérience de cet emboîtement de manière significative et intense. J'ai « la chance » d'avoir un corps affaibli (j'allais dire comme par nature) depuis mon enfance, c'est sans doute pour cela que cette expérience a du relief et de la consistance en moi-même.
Le monde médical a toujours été étonné que je ne sois pas quasiment grabataire. Pour ma part, je sais qu'il n'en est pas ainsi, à cause de la force intérieure découverte au fond de moi, à laquelle j'ai cru et qui donc constitue « ma foi ». C'est elle qui a régénéré mes forces physiques. En ce sens, je puis comprendre que certains parlent de miracle, dans la mesure où ils ne tiennent pas compte de la réalité de la force psychique, telle qu'elle existe naturellement dans l'être humain ; ce qui n'a donc rien de « miraculeux ».
J'ai probablement fait les bonnes rencontres au bon moment... En effet, cette découverte je l'ai faite à quinze ans, dans les années 60 donc, grâce à une femme, réfugiée hongroise en France, pionnière dans des méthodes de réadaptation qui sortaient directement de son génie intuitif, évidemment contesté, travaillant à la marge, et qui sans doute avait perçu en moi un terrain favorable d'expérimentation. Sans doute cela aurait-il pu être complètement foireux ; ce fut une réussite totale. Certes, j'ai payé le prix fort, mais je n'ai rien à regretter.
Il n'en demeure pas moins qu'à mesure que les années passent, le peu qui me reste diminue inexorablement. Alors, lorsque je suis en situation de faiblesse morale ou psychologique (pour employer un vocabulaire un peu simpliste), le retentissement sur l'ensemble de mes forces est à effet amplifié dans un sens négatif. C'est un peu comme un moteur qui tourne tant bien que mal, et voilà que tout à coup on coupe le contact. Alors, je suis pris dans cette spirale de dégringolade comme malgré moi et je voudrais disparaître définitivement, comme cela aurait dû être le cas à l'âge de 12 ans. J'ai alors ce sentiment d'avoir trop forcé mon destin, d'avoir volé une vie qui ne m'était plus destinée et que je ferais mieux de jeter l'éponge. Une manière de le faire est alors de démissionner du processus relationnel. Je m'isole complètement. Malheur à celui qui m'adressera la parole, il aura droit à une gifle verbale.
Il fut un temps où j'entretenais cet état de manière machiavélique et morbide. Aujourd'hui cela tient plus d'une sorte de fuite vers le vide et l'anéantissement. D'une certaine manière je le ressens comme plus dangereux pour moi-même. Cela pourrait être une sorte de suicide lent, avec une dépression profonde qui l'accompagnerait. Je ne me sens pas à l'abri de cette éventualité. J'en ai parfois totalement marre de subir que le déroulement de ma vie nécessite un sur-effort permanent qui est de plus en plus source d'intense fatigue, qu'il vaudrait mieux s'arrêter là.
Ce qui ajoute à la difficulté c'est que je n'ai pas d'autre choix. Je suis comme cet homme suspendu par les bras au-dessus du vide, qui serre les poings pour ne pas tomber et s'écraser au fond.
C'est fatigant.
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Pas facile de dire je t'aime
A France Inter la journée est consacrée aux jeunes de banlieue. Ce matin il était question de la manière dont on parle d'amour. Un jeune a dit à peu près ceci : « on ne dit jamais je t'aime à quelqu'un qu'on aime vraiment ». Dans l'émission suivante, commentant ces propos, un journaliste dit : c'est pour cela qu'il y la littérature.
En entendant cela, un certain nombre de souvenirs ont surgi en moi. J'ai toujours eu beaucoup de pudeur et de retenue à prononcer ces mots. Je dis bien à prononcer. C'était plus facile d'exprimer mon amour par écrit. Là, effectivement, avant la signature, il m'arrivait de mettre, et encore après retenue, : « je t'aime ». En présence de la personne je disais d'autres mots, tendres, intimes, censé signifier mon amour et transmettre ce message : je t'aime.
Je me souviens de la première fois où je l’ai dis à ma compagne. J'étais dans ses bras, j’ai murmuré à son oreille… mais je l'ai dit en espagnol... Elle s'est un peu reculée, pour me regarder dans les yeux tout en restant contre moi. Elle a dit : « ça veut dire quoi ? ». Elle savait pourtant. Alors j'ai osé, mais c'était plus un souffle ténu qu'un élan : « je t'aime ». Elle a fermé les yeux, elle a dit … je ne sais plus… et nous nous sommes embrassés. Je n'oublierai jamais ce moment simple et dense.
J'ai sur mon portable un texto que je ne pourrais pas effacer. Il est de ma seconde fille : « mon petit papa je t'aime » il n'y a que cela sur ce texto. Elle me l'a envoyé « comme cela », sans raison... apparente. Parfois je vais le regarder. Je sais, c'est un peu enfantin. Mais cela me fait du bien de voir ces mots sur ce petit écran de la modernité. Comme tous les parents, j'ai vécu tous les registres avec mes enfants, de la complicité père/fille aux disputes et aux ruptures, avant que de rentrer dans une relation adulte/adulte (avec ses spécificités filiales). Elle est plus « déliée » que moi à son âge dans l'expression du ressenti et des sentiments, mais quand même ces mots « je t'aime » ce n'est pas si souvent qu'ils sont prononcés.
Certes, celui qui les prononce à tous vents risque de les vider de leur profondeur et de l'intensité de leur charge affective. Mais celui qui ne les formule jamais dessèche progressivement l'amour.
Dans ce qu'exprimaient les jeunes hommes de banlieue j'étais toujours aussi frappé d'entendre qu'exprimer des sentiments c'était perdre sa virilité, qu'entre une fille « qu’on kiffe » et le groupe des potes, il fallait choisir les potes. Décidément rien ne change vraiment. Un mec, un vrai, ça n'aime pas, ça prend, ça baise, ça jette, et ça s'en va tout raconter aux potes en rigolant ; et la fille qui dit je t'aime c'est une pute. J'exagère à peine les propos tenus. Certes, ils étaient un peu déplorés par ceux qui parlaient, parce qu'il fallait sans doute rester radiophoniquement correct, mais ce fond de tableau était sous-jacent.
J'ai ressenti une infinie tristesse, de celle qui va plonger loin ses racines et entraîne dans la désespérance si l'on n'y prend pas garde. Bien entendu, je ne suis pas angélique, je vois bien les terribles poids culturels et religieux, l'exclusion dans laquelle nous, les bons français, avons décidé de les maintenir, le mépris de l'appareil d'état, les lois de filtrage aux frontières. Je vois bien que tout cela ne peut avoir que pour conséquence d'endurcir les cœurs et donc de générer de plus en plus de violences, exprimée ou rentrée.
Ce terrible constat de la réalité me désespère de plus en plus. Tout se fonde sur la peur et se nourrit de la peur. Or, la peur, inévitablement, irrémédiablement, génère la spirale de la distance, de la division, de la violence pour soi-disant se protéger ou se défendre.
Seul l’amour peut rapprocher. Mais la République ne dit pas à un jeune de banlieue je t'aime. On lui dit, rentre dans le moule ou tire-toi ; on lui dit, intègre-toi ce qui signifie souvent renie-toi dans tes racines profondes ; on lui dit, soit sage, bien poli, tiens-toi tranquille et parle correctement. Enfin bref, tous ces jeunes « venus d'ailleurs » ne sont au mieux que des sales gamins de la République qu’il faudra mettre au pas. Ça, c'est dans le meilleur des cas, mais pour certains ce ne sont des racailles... dont il faudra bien finir par se débarrasser.
On n’a pas fini de voir des bagnoles brûler…
France ? Pays des droits de l'homme ? Terre d'accueil ? Vous avez lu ça où, vous ?
France mon pays du désamour.
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Chemin de connaissance
Je développe une pensée en spirale et sphérique. Je n'ai pas une pensée en ligne droite. Je suis un aigle. Je ne suis pas un archer. L'aigle est d'ailleurs mon symbole. J'ai dans mon bureau la reproduction d'un aigle, venant des ateliers du Louvre. C'est l'un des plus beaux cadeaux que ma compagne me fit il y a pas mal d'années. Elle comme moi connaissions toute la symbolique que cela représente pour moi. J'aime toute la complexité des symboliques de cet animal : depuis les plus spirituelles jusqu'au plus abjectes. Ainsi, de toute façon en est-il de l'homme, capable du meilleur comme du pire dans la même espace-temps réduit.
Je suis un inspiré. Oui, je sais, cela fait ridicule, mais je m'en fiche. La source de mon inspiration réside à l'intérieur de moi. L'artiste parlera d'inspiration créatrice. Au plan intellectuel je parlerai d'inspiration conceptrice, au sens qu'elle se conçoit par émergence de lumières intérieures et qu'elle ne va pas chercher sa source à l'extérieur. J'ai le sentiment que l'enseignement consiste souvent à gaver l'enseigné des connaissances des autres et non pas à transmettre son propre savoir, et encore moins à apprendre à l'enseigné à découvrir sa propre source créatrice. On apprend à l'enfant de savantes règles de grammaire, réinventées tous les deux ans par les penseurs stériles de l'éducation nationale payés avec mes impôts, on ne demande pas à l'enfant d'écrire son poème, si ce n'est que pour « faire amusant et récréatif » (il est pas mignonnement naïf ce petit chéri ?). De toutes façons c'est mignon mais c'est nul. Cachons vite cette horreur dans un petit sourire condescendant (con descendant) et revenons-en à Baudelaire, dont il n'arrive pas à la cheville.
Je me souviens de mes dernières années sombres à diriger un service dans la fonction publique (il était temps que je m’en aille de ce monstre étouffant, ce que je fis….). J'ai vu débarquer, issue du concours, une jeune femme qui avait une maîtrise de lettres. Je me suis dit : chouette, voilà une rédactrice qui va me faire des documents et des rapports de qualité. Hélas, c'était bourré de faute de français, d'orthographe, de tournures maladroites. Elle avait peut-être une maîtrise, mais ne maîtrisait rien du tout de la langue de Molière... Je faisais refaire le tout par une secrétaire plus âgée qui n'avait que le BEPC ...
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, j'ai peu de culture. Il me semble que l'érudition est le plus souvent un encombrement qui stérilise la pensée personnelle. J'ai une sainte horreur des gens qui ont une citation à la bouche toutes les trois phrases. Ce sont des mouches du coche. En revanche, j'ai une profonde admiration pour les érudits qui ont réussi à constituer leur pensée personnelle féconde, même si elle est essentiellement intellectuelle. (Je citerai Régis Debray par exemple). Je ne lis pas cet auteur pour apprendre des choses (même si j'en apprends évidemment), je le lis pour confronter sa pensée avec la mienne. Je peux paraître prétentieux en disant cela, mais pour moi c'est très humble. Régis Debray est bien plus grand que moi, mais je me nourris de certains fruits de sa recherche, je le digère, je l'absorbe. C'est très dévorateur. Mais je me nourris tout autant de quelques articles de presse, d'un article sur l’Internet ou d'une émission de télé.
Tout cela finit par constituer une alchimie intérieure, comme une sorte de pâte épaisse dans tout mon corps et pas seulement des concepts rangés sagement dans ma tête. Et puis cela peu à peu fait naître la créativité conceptuelle personnelle sous forme de ressentis profonds.
Cela n'a rien à voir ni avec l'émotivité, ni avec les émotions primaires qui peuvent provoquer un surgissement désordonné. C'est au contraire un travail très rigoureux de déchiffrage, de mise en mots d'un ressenti. Le rôle de l'intelligence et donc une sorte de soumission au contenu de ce ressenti, et à la fois une confrontation avec l'acquis, en vue d'une cohérence d'ensemble et d'une continuité structurée. Autrement dit, s'il y a un jaillissement créatif, ce n'est pas celui de l'écrivain romancier, ni de l'artiste. Même s'il y a des similitudes, ce n'est pas la même démarche et la rigueur n'est pas au même endroit.
C'est pour cela que je parle de pensée en spirale et sphérique. Il n'y a pas une trajectoire que je qualifie de linéaire, de type premièrement, deuxièmement, troisièmement. C'est comme le vol de l'aigle qui va planant, en cercles, qui peut sembler désordonné ou majestueusement artistique, mais qui n'est rien de cela, qui est une stratégie de recherche de sa proie et de tactique pour l'atteindre. Ma proie c'est l'impalpable mystère de la Connaissance « par le dedans ». Le Livre est en moi, pas dans les bibliothèques ni sur l'Internet. Google peut aller se faire cuire un œuf !
Je me sens un homme libre
À force de lire des blogs, après avoir aidé beaucoup de personnes au long de ma vie, et donc en comparant d'autres vies à la mienne, je me dis que j'ai de la chance de ressentir la vastitude de ma liberté intérieure personnelle. Certes, j'ai encore mes zones d'aliénation, c'est-à-dire lorsque je ne maîtrise pas suffisamment mes impulsions, que je m'en contrôle pas l'expression comme il conviendrait, mais, la portion de liberté, dépasse largement les 50 %...
Évidemment, il faudrait définir ce qu'est la *liberté intérieure*. Je ne sais pas si je vais m'y risquer aujourd'hui faute, pour une part de disponibilité d'esprit, faute d'autre part, d'un certain courage de m'y mettre actuellement, car je vois assez clairement les divers développements qu'il faudrait apporter.
Je me contenterai pour l'immédiat de dire ce qu'elle n'est pas, car en ce domaine j'entends souvent des choses contraires à mes propres convictions, et même parfois, des choses fausses.
La *liberté intérieure* n'est certainement pas la capacité de faire tout ce que l'on veut, pour ne pas dire un peu tout et n'importe quoi, comme l'adolescent qui se croie libre, mais n'est en fait que dans une aliénation de contradiction et d'opposition propre à son âge, certes, mais ne parlons pas de liberté intérieure à cette étape. La difficulté commence lorsque l'on rencontre en ce domaine des adolescents longuement attardés, lesquels adolescents peuvent compter 40 ans à 50 ans d'heures de vol... Évidemment, cela devient alors problématique, notamment dans les relations amoureuses... Car vivre des amours adolescentes à 50 ans, cela n'est pas sans poser quelques difficultés !... En particulier si le partenaire est lui-même peu « mature ».
Si je regarde un peu l'expérience de ma vie, je dirais que ma *liberté intérieure* résulte d'une longue conquête, et même d'un combat, contre les forces aliénantes qui séjournaient en moi.
Dans le même temps, elle est une aventure d'engagement fidèle, à la fois à des personnes, est à la fois à ce *moi profond* que constitue mon identité essentielle, que je ne me suis suit pas choisie, mais que j'ai reçu par naissance et par développement.
Autrement dit, et c'est un paradoxe essentiel, la *liberté intérieure* est en réalité un "consentement" à ce qui existe en moi et hors de moi.
La meilleure métaphore que j'ai trouvée pour en rendre compte, et celle de la liberté du navigateur qui mène son voilier dans la direction qu'il a choisie, mais qui doit tenir compte, consentir et même subir, les courants, les vents bons ou mauvais, le calme plat de la mer ou la tempête qui se déchaîne. Tout cela en fonction des capacités et de l'état de son bateau.
S'il veut « en faire trop », par défi, entêtement, incompétence, orgueil, provocation, besoins insatiables, idéalisme, contrainte morale ou religieuse, etc. alors, il a toutes les chances de chavirer, voire de périr en mer.
Il en va de même s'il abandonne la barre, se décourage, se démoralise, et pire encore saborde lui-même le navire...
Ma plus grande et ma plus belle aventure de liberté d'engagement fidèle, est certainement celle que je vis depuis 35 années avec ma compagne. Je dois à cet amour partagé, envers et contre tout, non seulement les plus belles heures de mon existence, mais encore, sans elle, je pense que je ne serai jamais accédé à cette source du don de moi, si intense, tellement bienfaisante pour notre aventure à deux, et qui, loin de m'aliéner, m'a au contraire permis d'agrandir l'espace de ma *liberté intérieure* jusqu'à des frontières que je croyais inaccessibles pour moi.
L'autre acte de liberté qui a vraiment libéré toute ma force intérieure, aura été de me mettre librement dans une soumission choisie à mon Maître à penser. (Mes lecteurs habituels savent de qui je parle...).
Là où j'en suis, j'aurais tendance à dire, que la *liberté intérieure* est une aventure de soumissions successives, à ce que j'appellerai des *courants porteurs* (pour aller dans le sens de ma métaphore maritime), dont on pressant qu'en allant dans cette direction, en les suivants, on sera amené à un déploiement personnel de sa terre intérieure. Pour ma part, il s'est agi de personnes dont j'apercevais la grandeur d'âme, la profondeur humaine, le poids de l'expérienciel, la structuration de la pensée, le souffle du charisme. Il s'est agi aussi de rencontres marquantes, de ces pierres blanches, de ces moments lumineux qui gravent leurs traces indélébiles sur le coeur, dans l'âme. Enfin, je citerai certaines lectures mais qui ont plutôt été comme des portes, des ouvertures qui m'ont permis d'entrer, d'entrevoir ces zones inconnues de moi. Mais, ce que j'ai reçu de plus intense, ce fut toujours au coeur d'une relation, généralement dans la durée, pour ce qui est des transformations les plus fondamentales.
Curieusement, je réalise que c'est seulement encore après que je peux citer les divers thérapeutes qui ont accompagné toute cette phase de reconstruction personnelle et même d'émergence de ma personnalité, bien qu'ils ont été très importants en leur temps. Je suis pourtant allé loin avec certains, dans les phénomènes transférentiels notamment, avec toute la douleur et tous les excès que comportent ces phases (et en plus on paye ! !), notamment l'extrême dépendance choisie au début, mais qui parfois s'impose et englue, et dont il faut bien finir par « sortir par le haut » (à condition que le thérapeute soit très compétent... Mais aussi que « l'aidé » ait aussi acquis sa propre intelligence du chemin, c'est-à-dire qu'il ne se vive pas pieds et poings liés avec la prétendue science du thérapeute - mais ceci est un autre débat... -).
Bien entendu, il me reste bien des zones d'ombre, des dysfonctionnements, des incohérences, dont je me demande si j'arriverais à m'en débarrasser un jour. Je me le demande d'autant plus que j'ai parfois le sentiment de vivre sur mes acquis et ne plus tellement désirer de nouvelles formes de progression. C'est probablement une erreur, un égarement, car le vivant est un être sans cesse en croissance et développement. C'est tellement puissant dans l'humain cette dimension-là, qu'elle donne naissance aux croyances, religions et convictions d'une "poursuite après", d'une autre forme de vie qui se continuerait, qui se développerait encore.
Reste que, si je me limite à l'instant présent, je me retrouve avec ce sentiment de reconnaissance profonde qui envahit toute ma personne et qui aimerait comme « étreindre la Vie », et la serrer dans mes bras en déposant sur elle un baiser de reconnaissance infinie.
Flottements
Les quelques rares fidèles lecteurs qui ne connaissent depuis un temps plutôt long, se souviennent peut-être que la période actuelle m'est difficile à vivre. Je fais allusion à ce que l'on appelle parfois « le syndrome d'anniversaire ».
Ma difficulté est de type du syndrome de l'oeuf et de la poule !
Est-ce qu'en pensant à cette période anniversaire (et il m'est impossible de ne pas y penser...), je favorise la survenue de mes malaises corporels, qui certaines années se sont traduits par de graves ennuis et des hospitalisations à cette époque-ci de l'année, ou est-ce que je suis « victime » de phénomènes curieux et obscurs qui dépassent largement mes capacités à gérer tout cela.
Où est donc ma liberté ?
Certes, je suis comme tout un chacun en proie aux déterminismes qui brident inévitablement notre liberté personnelle. Et il n'est parfois d'autre choix que celui de l'acceptation, à défaut d'une révolte vouée à l'échec.
Certes, nos sociétés modernes marquées par un infantilisme désastreux du « tout est possible » tendent à nous faire croire (et c'est la plus élaborée des arnaques) que nous pourrions faire tout ce que l'on veut, toujours, et partout. En quelque sorte il suffirait de vouloir pour pouvoir.
Quelle est ma marge de manoeuvre ? Et quelles sont les attitudes que je dois adopter ?
je viens de passer plusieurs jours où j'ai multiplié les somatisations. L'an dernier, à même époque, j'étais transporté aux urgences parce que je venais de titiller le nombril de la mort.
Ma compagne me rassure ! « Ce n'est jamais deux années de suite ! »
Youpi !
Il n'empêche, elle s'est arrangée pour ne pas programmer de déplacements lointains durant la première quinzaine de novembre...
Il y a quelques années je m'étais pris les pieds dans le tapis du transgénérationnel. Un collègue/ami avec qui j'avais évoqué ces scénarios répétitifs m'avais fait connaître la théorie développée par Anne Ancelin Schutzenberger (cette petite vieille de 88 ans toujours vaillante...).
La théorie d'Anne consiste à dire que nous payons les dettes du passé de nos aïeux par une sorte de « loyauté invisible » qui nous pousse à reproduire des événements et situations douloureuses. Pour s'en sortir, il faudrait renouer avec une histoire familiale et dénouer certains écheveaux de liens complexes tissés dans le passé. J'ai lu plusieurs de ses ouvrages sans pour autant être totalement convaincu. C'est toujours ennuyeux lorsque les gens qui posent un principe théorique finalisent ensuite celui-ci par des démonstrations interprétatives.
Les pistes que j'ai explorées dans cette direction ne m'ont pas fait déboucher de manière satisfaisante. Aidé par mon frère, qui a écrit une histoire de la famille comme un véritable enquêteur de police après avoir consulté des milliers de documents écrits d'archives familiales accumulées, j'ai pu seulement faire certains liens de dates dans ma lignée paternelle. Je trouve quand même là certaines étranges coincidences... Mais je n'ai pas réussi à retrouver cette *loyauté invisible* dont parle Anne.
En outre, cette approche par l'extérieur et sur un fond de théorie quelque peu préexistante, n'est pas celle que je privilégie. Je préfère, de loin, la démarche d'analyse des ressentis personnels et la remontée dans le passé par le biais des sensations et non pas par celui des souvenirs conscients, que ce soient les miens ou ceux des autres. La confrontation à une vérité objective, si tant est qu'elle existe, ne peut être qu'une confirmation bien a posteriori.
Ce que je vis durant cette période ressemble plus aux syndromes post-traumatiques, et au syndrome de répétition, décrit dans la littérature relative à ce genre de situation (guerre, attentats, agressions, etc.). Mais en même temps cela s'en éloigne dans un certain nombre des effets. J'ai en effet tendance à me remettre « de moi-même », (si je puis dire ainsi), dans une nouvelle situation traumatique, à l'image de celle initiale de novembre 19xx. Et ceci évidemment sans une volonté délibérée.
J'ai quand même vécu un certain nombre « d'accidents » (au sens large du mot) dans les jours qui entourent cet anniversaire fatidique, et ce depuis des années et des années.
La difficulté que je rencontre actuellement, est celle de me situer dans une sorte de fatalité incontournable qui par avance n'affaiblit en me rendant de fait plus vulnérable. Et je retrouve là mon oeuf et ma poule !... Lequel des deux a commencé... et de quoi est-ce que je fais le jeu).
Alors, je me sens dans une sorte de flottement.
Frêle esquif ballotté sur les eaux, tout autant que le voilier solide et fiable capable de traverser les tempêtes. Je m'observe comme en continu, tel le navigateur attentif à son navire, à la météo, au cap à tenir.
Par moments j'ai la crainte de l'avarie, du rocher inattendu sur lequel je pourrais me fracasser ; à d'autres, je me sens pleinement confiant dans ma capacité à traverser sans encombre cette tempête de la première quinzaine du mois en question.
Évidemment, penser le malheur ne le fait pas survenir. Encore que... (En ce domaine il y aurait beaucoup à dire sur le *satanisme* [par exemple] et les mouvements actuels dans ce sens, bien plus dangereux que les petits diables que nous brandissaient les curés !!! ). Tant que l'on nous promet un châtiment dans un au-delà improbable... cela n'engage que ceux qui y croient... Il en va tout autrement des pratiques sataniques en ce bas monde, et des dégâts psychiques qui peuvent en découler et que j'ai pu constater par moi-même chez un certain nombre de personnes que j'ai côtoyées et aidées.
Il est certaines forces subtiles desquelles il ne vaut mieux ne pas trop s'approcher. La sagesse populaire disait : "lorsqu'on veut déjeuner avec le diable il faut une longue cuillère"... Je suis témoin de la valeur de cet adage !
Je fais allusion à cela parce que, pour rester dans une métaphore, il est aussi hélas possible d'être le Satan de soi-même...
J'aurais tendance à penser que cela nous arrive plus souvent qu'on ne le croit...
Satan enchaîne.
La Lumière de Vie libère. (Dieu libère, dira un "croyant").
En ces jours je me sens frontalier entre ces deux territoires antinomiques.
Il n'est donc pas anormal que je ressente une intense fatigue dans ce combat singulier...
Persomachie (**)
J'ai aimé les combats. Et parfois ils me manquent.
J'ai aimé la fraternité des tranchées de bataille, au temps des solidarités qui soudaient dans la foi. Ces retours de là-bas, longues heures de voiture ou la brillance de nos yeux perçait la nuit mieux que les phares de la guimbarde d'Arthur.
Des flancs de la colline, les lueurs de la ville. Nous rêvions que bientôt... Oui bientôt...
Quelques-uns passèrent à l'ennemi, et beaucoup d'autres désertèrent.
Le carré des fidèles poursuivis l'ardent combat.
J'en fus.
Entrer en résistance suppose une sûre croyance.
À moins que ce ne soit l'imbécilité du naïf.
Les victoires ne sont pas triomphantes. Juste le temps de se réchauffer le coeur dans l'arrière-salle de chez Mario, qui nous offrait la bière, parce qu'il y croyait-il, lui aussi.
Et puis les années passent...
Il faut paraît-il « entrer en réalisme ». C'est lui qui dit ça... alors, évidemment, le ver est dans le fruit.
Confondre réalisme et dénaturation. La noble démission dans l'orientation perverse.
Il faut chercher ailleurs.
Chemin de solitude à deux qui ramène l'essentiel au devant de la scène.
Le fond est intact. L'inaltérable glaive annonce des temps victorieux.
Mais la victoire est souterraine et ne rêve plus de faire du bruit autour d'elle. Ceux qui le comprirent revinrent, plus dépouillés, plus épurés, avec plus de justesse dans l'ardeur, plus de noblesse dans l'action. J'avais changé moi aussi. Beaucoup changé. Les catacombes permettent d'étrangler quelques démons intérieurs.
J'ai su que là il me faudrait tout donner.
Mais vouloir tout donner c'est parfois aussi se faire arracher. Se laisser piller. Manquer du recul nécessaire. Faire la sourde oreille à ceux qui mettent en garde. Que soient déplumés les oiseaux de mauvais augure !
L'ardente flamme est capable de tout consumer. Peut-être d'ailleurs faut-il qu'il en soit ainsi. Un jour me revint cette parole qu'il m'avait dite : « tu ne seras jamais un tiède ! ». Adolescent boutonneux je n'avais guère compris.
Les promesses de certitudes finissent par s'accomplir.
Certains jours, nous étions comblés au-delà du dicible.
Mais ce n'est pas encore assez. Le feu intérieur est tyrannique. Il n'offre jamais le repos que l'on ne sait pas prendre.
Le corps est aussi prompt à servir qu'à réagir lorsqu'on le malmène.
J'ai négligé ses signes.
Alors, un jour il me lâcha...
Mais moi, je n'ai pas encore renoncé au combat.
Je refuse d'être amené sur les lignes arrière où l'on soigne les blessés.
C'est un manque de sagesse qui me joue des tours. Car j'ai perdu la force du bras qui tenait mon épée.
Je suis en armistice sans avoir désarmé.
Pâle guerrier sur mon champ dévasté.
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J'ai aimé les combats.
Et certains sont encore à venir.
Les plus essentiels ne sont pas toujours là où l'on croit, là où on les attend.
Le guerrier fait la guerre.
Le combattant joue sa vie pour une paix.
Si le combattant devient guerrier, il met tout en péril.
Je fus l'un et l'autre,
l'un et l'autre mêlés,
Valeureux guerrier, et piètre combattant au temps de mes errances.
les guerres intérieures ont dévasté mes terres.
Vermine pour moi-même, un poison destructeur.
Rendre gorge. Je leur ferai rendre gorge !
Pour chaque coup porté, deux coups en réciproque.
Toute révolution justifie son temps d'épuration.
Que passent par la guillotine ceux qui m'ont entravé.
Assassinat de l'amour.
Meurtre prémédité de ceux que l'on devrait chérir.
Aux saboteurs de mon existence je ne laisserai nul répit.
J'irai jusqu'à pourfendre les coeurs des alentours.
Je me disais ardent, mais j'étais incendiaire.
Inutile de dénombrer les victimes que je laissais en cendres.
Je tirai ma fierté d'être plus destructeur que mes ennemis supposés.
Il arriva qu'un jour l'agneau se présenta.
C'était lui. C'était moi.
Douloureux face-à-face.
Supplique de sécession.
Dans son regard, je vis mes yeux.
___________________
(**) "Persomachie" :
Peut-être faut-il une petite explication de texte. "machie" vient du grec et signifie combat. (On peut penser à tauromachie). Je connaissais la "psychomachie", vieux vocable inusité qui symbolise le combat du vice et la vertu. C'est comme cela que m'est venu le titre "persomachie", parfait néologisme d'invention !...
De l'amorçage des pompes
Lorsque j'étais enfant il y avait chez ma tante une pompe à bras dans la cour. On y tirait l'eau d'un puits affleurant à la nappe phréatique. Pour que l'eau jaillisse en abondance, il fallait une dextérité particulière, un certain coup de main, plus précisément un certain coup de bras, que je n'avais pas forcément. J'admirais la manière dont mon oncle remplissait rapidement son seau. Parfois la pompe se désamorçait. Il fallait alors la réamorcer avec une eau venue d'ailleurs.
Dans ma tête enfantine, je m'interrogeais : comment ferait-on le jour où il n'y aurait plus d'eau de réamorçage ? S'en était presque angoissant, au point que je n'envisageais même pas de demander à mon oncle comment il ferait si, d'aventure, pareille situation dramatique se présentait. Mon oncle avait l'art des dramaturgies élaborées et je craignais que sa réponse ne fasse entrevoir les pires des catastrophes, avec le risque pour chacun d'entre nous de mourir de soif dans d'atroces douleurs. Devant mes yeux je voyais alors cette terrible page du « crabe aux pinces d'or » où Tintin et le capitaine Haddock, assoiffées dans le désert, se tiennent la gorge et délirent avant de succomber sous le soleil brûlant.
Il y avait au fond de la cour, dans la réserve-capharnaüm de mon oncle, quelques vieilles bouteilles vides abandonnées. J'avais secrètement rempli d'eau ces bouteilles, pour parer à toute éventualité de réamorçage de la pompe. L'accès à ce fourbi m'était normalement interdit, mais bien sûr, je m'empressais de le visiter en son absence. Lorsque mon oncle s'y rendait, je guettais sa sortie, espérant qu'il ne découvre pas mes bouteilles pleines d'eau et n'aille demander courroucé des explications à ma tante pour cette incongruité.
J'ai gardé de tout cela pour ma vie, qu'il fallait se méfier du désamorçage des pompes. Il faut demeurer vigilant et entretenir en permanence un certain nombre de choses en soi-même. Il y a le risque de s'assécher, puis de se dessécher définitivement. Cessez d'actionner la pompe pendant un certain temps et vous verrez que les dégâts se sont installés. Ainsi, par exemple, de l'amour. À ne plus faire jaillir l'eau de la source vivifiante en posant des actes d'action d'amour, on risque à terme de voir le filet d'eau se tarir peu à peu.
On croit détenir une énorme quantité d'eau amoureuse. C'est vrai. Mais si la pompe se fait défaillante pour aller y puiser, faute d'être correctement utilisée, et même laissée à l'abandon, c'est comme si on était dépossédé de tout cet amour-là. Parfois même il s'empuantit au point de se transformer en animosité aigre.
Je pense tout à coup aux Shadocks qui pompaient sans cesse ! Peut-être l'auteur de cette petite merveille avait-il des souvenirs comparables aux miens... Quoi qu'il en soit, l'allégorie est parlante : de la nécessité de pomper pour entretenir l'existence... [Les esprits mal tournés sont priés de ne pas mettre ici une connotation sexuelle autant que buccale, là où je n'en ai pas mis une...]
J'écris tout cela parce que l'autre jour en promenade, j'ai vu dans un jardin une de ces vieilles pompes qui, en l'occurrence, servait bêtement de support à des pots de fleurs. Il ne manquait plus que les nains de jardin pour que le kitsch soit complet...
Flottement
Les jours passent et je m'égare.
Comme si le temps ne m'était pas compté.
Un souvenir de lycée me revient. Il était question de choisir entre une vie courte rapidement brûlée par une vie intense, et une longue vie prudente et sage où l'on ménage sa monture. Vu d'aujourd'hui, je trouve la question totalement idiote. Mais à l'époque il me semble que pour la première fois je me trouvais face à une question existentielle. La question d'un choix de vie. Pour la première fois peut-être, j'entrevoyais que dans la vie on avait « la faculté de choisir » et non pas l'obligation à se laisser mener par d'autres ou au gré des vents. Or, vu l'imbécillité de la question, le choix m'apparaissait impossible. Je voulais les deux : une longue vie ardemment brûlée.
J'ai vécu avec ardeur l'engagement de moi-même, jusqu'à ce que ma santé, mes forces physiques, m'obligent à autre chose. J'ai alors quitté un cadre qui, s'il comportait ses contraintes, était aussi un canalisateur.
Alors, j'ai commencé à m'étaler et à me distendre, comme je l'ai évoqué récemment.
Lorsque les eaux ne sont plus canalisées, elles se dispersent et stagnent. Cela peut former des plans d'eau agréable au bord desquels on peut venir pêcher tranquillement. Mais l'eau n'a plus la force du torrent qui fournit l'énergie au moulin...
J'ai perdu toute une forme de rigueur que j'avais avec moi-même. La passivité est une force qui devient pesante. Qui retient en arrière comme un boulet. Le manomètre de mon élan vital est proche de zéro.
Ce n'est pas la première fois que j'ai écrit des propos de ce genre. Et rien ne change dans ma vie. Par moments, avec des sollicitations extérieures, quelques geysers produisent leur énergie, quelques oasis me désaltèrent. Je me donne alors pleinement et je suis assoiffé de poursuivre encore. Puis, je dois chèrement payer le prix. Le prix de l'épuisement, des douleurs qui reviennent, qui me fragilisent et contribuent à me meurtrir davantage.
Je commence mille choses et n'en finalise aucune. C'est typique chez moi lorsqu'il s'agit de choses « pour moi » ou qui n'ont pas d'utilité sociale palpable. Quand je travaillais, ce dysfonctionnement était partiellement masqué ; j'avais des raisons nobles de laisser en plan : les obligations, les échéances professionnelles justifiaient de différer ce qui me concernait en propre. J'étais habile et persévérant à défendre les intérêts des autres, mais quand il s'agissait des miens, c'était « quand j'aurai le temps ». Nobles justifications pour ne pas prendre soin de ma juste valeur. Subtil procédé pour demeurer dans une forme de dévalorisation de soi.
Et puis, ces relents catholiques du sacrifice et de l'oubli de soi....
Aujourd'hui, je paye le prix de ces errements, faute d'avoir été attentif à une certaine époque, aux appels de ma conscience qui m'invitait à modifier le cap.
Vais-je tirer les bons enseignements de tout cela ?
Demain, je commence...
Je suis hésitant, et le temps passe.
Ce sentiment de mal occuper mon espace.
Ma vie à quelque chose de flasque.
Peut-être me manque-t-il quelques frasques.
Une passion qui m'enlace,
un petit rien qui délasse.
Que quelque chose laisse la place
il est temps que je débarrasse
avant d'être à la ramasse.
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Et voilà,
je me mets à écrire ces vers de mirliton. Tout cela parce que, par hasard, mes deux premières phrases rimaient, alors j'ai continué... Et ce petit texte de rien du tout jaillit en quelques instants, alors que j'avais le sentiment d'une inspiration asséchée.
C'est moi en ce moment. Des journées qui se perdent parce que, « je tarde à m'y mettre ». Je me distend et m'éparpille dans l'occupationnel dilettante. Et le soir, je me couche avec plus ou moins le sentiment d'une journée gâchée. Ce n'est pas la première fois que j'évoque cela ici. C'est ma mauvaise pente naturelle. Je retrouve l'enfant rêveur laissé à l'abandon, qui manquait de canalisations de ses énergies vers un but à atteindre. Cet enfant ne manquait pas d'énergies, mais elles se dispersaient au gré des vents. Elles s'évaporaient dans les vapeurs des plaisirs éphémères qui peu à peu s'affadissaient. J'ai du mal à l'occuper valablement cet enfant-là. Du mal, parfois, à me faire coach de moi-même. Je glisse dans une passivité aux apparences actives. Je ne connais pas l'ennui. Les journées s'écoulent trop rapidement. Je ne suis jamais à ne rien faire. Et ce n'est pas pour autant comme je me suis mis à une tâche plénifiante et épanouissante.
C'est parfois désespérant de me regarder ainsi. Ce n'est pas moi. Pas vraiment moi. Lorsque je travaillais, je n'aspirais pas à la retraite, au sens de quitter un travail pénible pour autre chose, puisque j'aimais profondément ce que je faisais. Je me prenais cependant à dire : lorsque je serai libéré des contraintes professionnelles, je pourrai enfin me consacrer pleinement à des activités totalement choisies. Mais voilà, comme il est difficile d'exercer sa liberté avec justesse. Il n'est pas aisé de se contraindre soi-même et de s'en tenir à un programme balisé par ses propres exigences.
Je ne finalise rien. Je barbote d'un endroit à un autre. J'ouvre des chantiers que je laisse en plan. Comme ces gens qui retapent une maison, entreprennent plusieurs pièces en même temps et n'en finissent aucune. Et cela dure parfois des années... Parce que peu à peu, le découragement s'installe avec sa manière insidieuse de phagocyter nos énergies et de les réduire à néant. Le syndrome de la maison inachevée est parfois le déclencheur de divorce... Je ne vais quand même pas divorcer avec moi-même !...

4 Comments:
C'est sublime ce que vous ecrivez.
Ca fait deux jours que je lis vos ecritures c'est magnifique!!!!.
J'ai beaucoup aime.
Merci.
C'est vraiment genial!!!
Je ne trouve pas mes mots,je vais continuer a vous lire.
Merci.
Je crois que c'est le meilleur blogue que je viens de decouvrir.
C'est super
Merci
Je viens de livre tous ce que vous avez ecrit.
Je n'ai rien a dire vous ecrivez bien.
Merci
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